Document de 1.200 pages fruit d'acrimonieuses négociations, le texte, brandi par le Premier ministre britannique Boris Johnson comme un "petit cadeau" dans son message vidéo de Noël, doit s'appliquer dès le 31 décembre à 23h00. Il prendra alors le relais d'un demi-siècle d'intégration européenne du Royaume-Uni, un bouleversement majeur même s'il permet d'éviter la brusque apparition de coûteuses barrières commerciales et la fermeture des eaux britanniques aux pêcheurs des pays de l'UE.

Noël ou pas, le négociateur européen Michel Barnier a présenté dès vendredi l'accord aux ambassadeurs des 27, qui lui ont réservé un accueil "assez sobre", a raconté à l'AFP un diplomate européen. "Il n'y a pas eu de grande joie, car un divorce n'est pas une très bonne nouvelle", a-t-il expliqué.

Une nouvelle réunion est prévue lundi pour lancer la signature du projet par les Etats membres. Ils devront également décider d'une application provisoire car le Parlement européen ne pourra le ratifier que début 2021.

Côté britannique, les députés sont appelés à rentrer de vacances pour débattre du texte dès mercredi. Son adoption fait peu de doutes, même l'opposition travailliste comptant le soutenir.

Accès inédit au marché européen

Si le Royaume-Uni est sorti de l'Union européenne le 31 janvier, il continue jusqu'à la fin de l'année d'appliquer ses règles.

L'accord constitue une victoire pour Boris Johnson. Au fil de cette année transitoire, censée préparer l'après-Brexit, sa popularité a été mise à mal par une gestion erratique de la pandémie de Covid-19 (plus de 70.000 morts au Royaume-Uni).

Les milliers de poids lourds coincés et les craintes de pénuries de produits frais, en raison de la pagaille provoquée par la fermeture ces derniers jours des frontières d'une cinquantaine de pays, notamment des ports français, a donné pour certains un aperçu du chaos qui attendait les Britanniques en cas d'échec des négociations commerciales avec Bruxelles.

Avec ce traité commercial, l'UE offre à son ancien Etat membre un accès inédit, sans droits de douane ni quotas, à son immense marché de 450 millions de consommateurs. Cette ouverture sera assortie de strictes conditions : les entreprises d'outre-Manche devront respecter un certain nombre de règles en matière d'environnement, de droit du travail et de fiscalité pour éviter tout dumping. Des garanties existent aussi en matière d'aides d'Etat.

Concernant la pêche, sujet difficile jusqu'aux dernières heures, l'accord prévoit une période de transition jusqu'en juin 2026, à l'issue de laquelle les pêcheurs européens auront progressivement renoncé à 25% de leurs prises.

Des représentants des pêcheurs européens n'ont pas caché leur déception face à ce compromis, mais pour Jean-Luc Hall, directeur général du Comité national des pêches maritimes français, c'est malgré tout un "soulagement car le risque de 'no deal' était très important et aurait été une catastrophe pour les pêcheurs français". Côté britannique, le directeur de la fédération des pêcheurs, Barrie Deas, a dit à l'agence PA sa "colère": "Clairement, Boris Johnson voulait un accord commercial global et était prêt à sacrifier la pêche".

Turing contre Erasmus

"Le choc économique que va subir le Royaume-Uni ne doit pas être sous-estimé", prévient un diplomate européen. Pour le secteur des services financiers, très important pour l'économie britannique, "la réalité du Brexit dans la durée sera de suivre les règles de l'UE ou s'isoler".

L'accord n'empêche en outre pas l'introduction de contrôles douaniers et des procédures administratives chronophages pour les entreprises habituées à échanger sans freins.

Finie également la libre circulation permettant aux Européens de venir travailler à Londres ou à des Britanniques de passer autant de temps qu'ils le souhaitent dans leur résidence secondaire dans l'UE. Londres sort du programme d'échanges pour étudiants Erasmus, remplacé par le programme Alan Turing, du nom du célèbre mathématicien britannique.

Un chamboulement encore plein d'inconnues pour les agricultueurs

A part quelques beuglements, le silence règne sur l'exploitation de David Exwood, éleveur dans le sud-est de l'Angleterre. Ce calme apparent masque les vives tensions qui traversent le secteur agricole, de très près concerné par le grand chamboulement du Brexit. "L'important avec le Brexit, c'est vraiment de limiter les dégâts", explique David Exwood, propriétaire d'un millier d'hectares vallonnés et de vaches sussex, à la robe brune caractéristique. "Il porte atteinte à notre réputation comme pays, à notre économie. Maintenant, je dois juste essayer d'empêcher qu'il nuise à mon activité."

Depuis que les Britanniques ont voté à 52% pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne lors du référendum de juin 2016, les agriculteurs britanniques s'interrogent sur leur avenir. Mais jusqu'à ces tous derniers jours, ils étaient laissés dans le flou sur l'instauration éventuelle dès le 1er janvier de droits de douane à l'exportation ou sur les changements en matière de subventions agricoles, qui relevaient jusqu'ici de la Politique agricole commune (PAC) européenne. Une partie de la réponse leur a été fournie jeudi avec la signature d'un accord de libre-échange sans quota ni droit de douanes entre Londres et Bruxelles, qui jusqu'à la fin ont brandi la menace d'un échec.

Parallèlement, les Européens ont donné le feu vert sanitaire aux importations des produits d'origine animale du Royaume-Uni (plus de 5 milliards d'euros annuels), désormais soumises à un certificat vétérinaire. Avec ses 600 têtes de bétail et 800 hectares de cultures arables, David Exwood était relativement moins exposé au risque d'un échec des négociations avec Bruxelles. Son boeuf est vendu au Royaume-Uni. Les éleveurs de moutons, par exemple, sont moins bien lotis, exportant presque un tiers de leur viande vers l'Union européenne. Jusqu'au bout, ils ont craint que leur marché ne se volatilise du jour au lendemain à la fin de l'année.

Mais l'accord conclu jeudi ne résout pas toutes les questions, selon David Exwood. "Nous nous sommes préparés autant que possible", explique-t-il. "Nous sommes au courant pour la paperasse, les coûts supplémentaires, les retards dans les ports. Mais ce sont les choses que nous ignorons qui nous feront probablement le plus de mal." Au-delà des nouvelles formalités commerciales, les agriculteurs doivent aussi se familiariser avec la nouvelle politique de subventions définie par le gouvernement britannique et qui constitue, selon Londres, le changement le plus profond pour le secteur en 50 ans.

Finies, les subventions attribuées de manière proportionnelle à la taille de l'exploitation ou du cheptel: elles seront réduites de moitié d'ici à 2024 puis supprimées en 2028. Les versements iront aux agriculteurs respectueux de l'environnement en préservant l'habitat naturel, en veillant au bien-être de leurs animaux ou en réduisant leur usage de pesticides. C'était "vraiment la bonne" décision à prendre, estime Richard Benwell, un ancien conseiller du gouvernemental en matière d'environnement et directeur général de la coalition d'associations environnementales Wildlife and Countryside Link.

Elle devrait entraîner, selon lui, une réduction de la taille des cheptels de bétail en Angleterre, ainsi que la plantation de plus d'arbres et de haies sur les terres cultivées après le Brexit. "Au lieu d'intensifier la production dans les zones agricoles, nous intégrons mieux la nature dans l'environnement agricole", résume-t-il. Mais dans le secteur, certains ont du mal à y voir clair, au-delà de ces déclarations d'intention. "Nous ignorons en quoi consistent ces projets. En gros, on dit aux exploitations de changer et se préparer à un nouveau régime, mais nous ignorons en quoi ce nouveau régime consiste", souligne Claire Robinson, de l'Union nationale des agriculteurs (NFU). "Ce sont des intentions bienveillantes, quand ils disent qu'ils vous soutiendront pour faire du bien à l'environnement, mais en fait, on ne sait toujours pas si c'est viable", ajoute-t-elle. Dans sa ferme, David Exwood abonde. "On ne sait toujours pas vraiment ce qu'est la politique du gouvernement. Ils nous ont donné une indication, mais pas de feuille de route", déplore-t-il.

Accueil mitigé

Boris Johnson a promis un avenir radieux aux Britanniques avec la liberté retrouvée et des accords commerciaux tous azimuts avec les grandes puissances. A part quelques traités avec le Japon ou Singapour, cette perspective tarde à se matérialiser, comme le vaste accord promis par le président américain Donald Trump, sur le départ.

Le Conseil de sécurité nationale, organe de l'exécutif qui joue un rôle clé dans la conduite de la politique étrangère américaine, a tweeté vendredi que "les Etats-Unis se tiennent prêts à oeuvrer au renforcement des relations transatlantiques" avec à la fois Londres et l'UE.

Pour le quotidien The Times, l'accord constitue "une source de soulagement plus que de célébration". Bien qu'il s'agisse "d'un succès remarquable", "c'est loin d'être la fin de l'histoire pour M. Johnson.

"Avoir évité le scénario du pire est un piteux succès. M. Johnson ne mérite aucun crédit pour éviter une calamité qui menaçait de si près parce qu'il s'y dirigeait avec enthousiasme", avertit de son côté The Guardian.

Document de 1.200 pages fruit d'acrimonieuses négociations, le texte, brandi par le Premier ministre britannique Boris Johnson comme un "petit cadeau" dans son message vidéo de Noël, doit s'appliquer dès le 31 décembre à 23h00. Il prendra alors le relais d'un demi-siècle d'intégration européenne du Royaume-Uni, un bouleversement majeur même s'il permet d'éviter la brusque apparition de coûteuses barrières commerciales et la fermeture des eaux britanniques aux pêcheurs des pays de l'UE.Noël ou pas, le négociateur européen Michel Barnier a présenté dès vendredi l'accord aux ambassadeurs des 27, qui lui ont réservé un accueil "assez sobre", a raconté à l'AFP un diplomate européen. "Il n'y a pas eu de grande joie, car un divorce n'est pas une très bonne nouvelle", a-t-il expliqué.Une nouvelle réunion est prévue lundi pour lancer la signature du projet par les Etats membres. Ils devront également décider d'une application provisoire car le Parlement européen ne pourra le ratifier que début 2021.Côté britannique, les députés sont appelés à rentrer de vacances pour débattre du texte dès mercredi. Son adoption fait peu de doutes, même l'opposition travailliste comptant le soutenir.Accès inédit au marché européenSi le Royaume-Uni est sorti de l'Union européenne le 31 janvier, il continue jusqu'à la fin de l'année d'appliquer ses règles.L'accord constitue une victoire pour Boris Johnson. Au fil de cette année transitoire, censée préparer l'après-Brexit, sa popularité a été mise à mal par une gestion erratique de la pandémie de Covid-19 (plus de 70.000 morts au Royaume-Uni).Les milliers de poids lourds coincés et les craintes de pénuries de produits frais, en raison de la pagaille provoquée par la fermeture ces derniers jours des frontières d'une cinquantaine de pays, notamment des ports français, a donné pour certains un aperçu du chaos qui attendait les Britanniques en cas d'échec des négociations commerciales avec Bruxelles.Avec ce traité commercial, l'UE offre à son ancien Etat membre un accès inédit, sans droits de douane ni quotas, à son immense marché de 450 millions de consommateurs. Cette ouverture sera assortie de strictes conditions : les entreprises d'outre-Manche devront respecter un certain nombre de règles en matière d'environnement, de droit du travail et de fiscalité pour éviter tout dumping. Des garanties existent aussi en matière d'aides d'Etat.Concernant la pêche, sujet difficile jusqu'aux dernières heures, l'accord prévoit une période de transition jusqu'en juin 2026, à l'issue de laquelle les pêcheurs européens auront progressivement renoncé à 25% de leurs prises. Des représentants des pêcheurs européens n'ont pas caché leur déception face à ce compromis, mais pour Jean-Luc Hall, directeur général du Comité national des pêches maritimes français, c'est malgré tout un "soulagement car le risque de 'no deal' était très important et aurait été une catastrophe pour les pêcheurs français". Côté britannique, le directeur de la fédération des pêcheurs, Barrie Deas, a dit à l'agence PA sa "colère": "Clairement, Boris Johnson voulait un accord commercial global et était prêt à sacrifier la pêche".Turing contre Erasmus"Le choc économique que va subir le Royaume-Uni ne doit pas être sous-estimé", prévient un diplomate européen. Pour le secteur des services financiers, très important pour l'économie britannique, "la réalité du Brexit dans la durée sera de suivre les règles de l'UE ou s'isoler".L'accord n'empêche en outre pas l'introduction de contrôles douaniers et des procédures administratives chronophages pour les entreprises habituées à échanger sans freins.Finie également la libre circulation permettant aux Européens de venir travailler à Londres ou à des Britanniques de passer autant de temps qu'ils le souhaitent dans leur résidence secondaire dans l'UE. Londres sort du programme d'échanges pour étudiants Erasmus, remplacé par le programme Alan Turing, du nom du célèbre mathématicien britannique.Un chamboulement encore plein d'inconnues pour les agricultueursA part quelques beuglements, le silence règne sur l'exploitation de David Exwood, éleveur dans le sud-est de l'Angleterre. Ce calme apparent masque les vives tensions qui traversent le secteur agricole, de très près concerné par le grand chamboulement du Brexit. "L'important avec le Brexit, c'est vraiment de limiter les dégâts", explique David Exwood, propriétaire d'un millier d'hectares vallonnés et de vaches sussex, à la robe brune caractéristique. "Il porte atteinte à notre réputation comme pays, à notre économie. Maintenant, je dois juste essayer d'empêcher qu'il nuise à mon activité."Depuis que les Britanniques ont voté à 52% pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne lors du référendum de juin 2016, les agriculteurs britanniques s'interrogent sur leur avenir. Mais jusqu'à ces tous derniers jours, ils étaient laissés dans le flou sur l'instauration éventuelle dès le 1er janvier de droits de douane à l'exportation ou sur les changements en matière de subventions agricoles, qui relevaient jusqu'ici de la Politique agricole commune (PAC) européenne. Une partie de la réponse leur a été fournie jeudi avec la signature d'un accord de libre-échange sans quota ni droit de douanes entre Londres et Bruxelles, qui jusqu'à la fin ont brandi la menace d'un échec. Parallèlement, les Européens ont donné le feu vert sanitaire aux importations des produits d'origine animale du Royaume-Uni (plus de 5 milliards d'euros annuels), désormais soumises à un certificat vétérinaire. Avec ses 600 têtes de bétail et 800 hectares de cultures arables, David Exwood était relativement moins exposé au risque d'un échec des négociations avec Bruxelles. Son boeuf est vendu au Royaume-Uni. Les éleveurs de moutons, par exemple, sont moins bien lotis, exportant presque un tiers de leur viande vers l'Union européenne. Jusqu'au bout, ils ont craint que leur marché ne se volatilise du jour au lendemain à la fin de l'année.Mais l'accord conclu jeudi ne résout pas toutes les questions, selon David Exwood. "Nous nous sommes préparés autant que possible", explique-t-il. "Nous sommes au courant pour la paperasse, les coûts supplémentaires, les retards dans les ports. Mais ce sont les choses que nous ignorons qui nous feront probablement le plus de mal." Au-delà des nouvelles formalités commerciales, les agriculteurs doivent aussi se familiariser avec la nouvelle politique de subventions définie par le gouvernement britannique et qui constitue, selon Londres, le changement le plus profond pour le secteur en 50 ans. Finies, les subventions attribuées de manière proportionnelle à la taille de l'exploitation ou du cheptel: elles seront réduites de moitié d'ici à 2024 puis supprimées en 2028. Les versements iront aux agriculteurs respectueux de l'environnement en préservant l'habitat naturel, en veillant au bien-être de leurs animaux ou en réduisant leur usage de pesticides. C'était "vraiment la bonne" décision à prendre, estime Richard Benwell, un ancien conseiller du gouvernemental en matière d'environnement et directeur général de la coalition d'associations environnementales Wildlife and Countryside Link.Elle devrait entraîner, selon lui, une réduction de la taille des cheptels de bétail en Angleterre, ainsi que la plantation de plus d'arbres et de haies sur les terres cultivées après le Brexit. "Au lieu d'intensifier la production dans les zones agricoles, nous intégrons mieux la nature dans l'environnement agricole", résume-t-il. Mais dans le secteur, certains ont du mal à y voir clair, au-delà de ces déclarations d'intention. "Nous ignorons en quoi consistent ces projets. En gros, on dit aux exploitations de changer et se préparer à un nouveau régime, mais nous ignorons en quoi ce nouveau régime consiste", souligne Claire Robinson, de l'Union nationale des agriculteurs (NFU). "Ce sont des intentions bienveillantes, quand ils disent qu'ils vous soutiendront pour faire du bien à l'environnement, mais en fait, on ne sait toujours pas si c'est viable", ajoute-t-elle. Dans sa ferme, David Exwood abonde. "On ne sait toujours pas vraiment ce qu'est la politique du gouvernement. Ils nous ont donné une indication, mais pas de feuille de route", déplore-t-il.Accueil mitigé Boris Johnson a promis un avenir radieux aux Britanniques avec la liberté retrouvée et des accords commerciaux tous azimuts avec les grandes puissances. A part quelques traités avec le Japon ou Singapour, cette perspective tarde à se matérialiser, comme le vaste accord promis par le président américain Donald Trump, sur le départ.Le Conseil de sécurité nationale, organe de l'exécutif qui joue un rôle clé dans la conduite de la politique étrangère américaine, a tweeté vendredi que "les Etats-Unis se tiennent prêts à oeuvrer au renforcement des relations transatlantiques" avec à la fois Londres et l'UE.Pour le quotidien The Times, l'accord constitue "une source de soulagement plus que de célébration". Bien qu'il s'agisse "d'un succès remarquable", "c'est loin d'être la fin de l'histoire pour M. Johnson."Avoir évité le scénario du pire est un piteux succès. M. Johnson ne mérite aucun crédit pour éviter une calamité qui menaçait de si près parce qu'il s'y dirigeait avec enthousiasme", avertit de son côté The Guardian.