Sur les terrasses, le 8 mai dernier, il y avait un avant-goût d'été, des airs de movida dans une Belgique pluvieuse. Une ivresse collective et dans presque toutes les bouches, ce slogan: "Tous en terrasse!" Trois jours plus tard, un comité de concertation (Codeco) promettait la fin d'un printemps nuageux et, surtout, un été, un vrai, en détaillant les modalités de réouverture pour de multiples secteurs. La belle saison s'ouvrira le 9 juin, avec un déconfinement total de l'Horeca et des salles de cinéma, notamment. Puis, à partir d'août, on pourra, par exemple, réunir 3 000 personnes à l'intérieur, 5 000 en extérieur. En septembre, plus de règles, et ce devrait, enfin, être un retour à la vie d'avant.
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Sur les terrasses, le 8 mai dernier, il y avait un avant-goût d'été, des airs de movida dans une Belgique pluvieuse. Une ivresse collective et dans presque toutes les bouches, ce slogan: "Tous en terrasse!" Trois jours plus tard, un comité de concertation (Codeco) promettait la fin d'un printemps nuageux et, surtout, un été, un vrai, en détaillant les modalités de réouverture pour de multiples secteurs. La belle saison s'ouvrira le 9 juin, avec un déconfinement total de l'Horeca et des salles de cinéma, notamment. Puis, à partir d'août, on pourra, par exemple, réunir 3 000 personnes à l'intérieur, 5 000 en extérieur. En septembre, plus de règles, et ce devrait, enfin, être un retour à la vie d'avant. Ce calendrier par paliers dépend de données sanitaires et de seuils à atteindre en matière de vaccination et d'hospitalisations. Ainsi, l'étape du 9 juin est conditionnée à un maximum de cinq cents patients en soins intensifs et 80% de vaccinés chez les plus de 65 ans et les personnes avec comorbidités. Celle du 1er septembre, à l'injection d'une première dose chez 70% des plus de 18 ans et moins de cinq cents patients en soins intensifs.Il s'agit donc de tenir une position d'équilibriste. Certes, le 11 mai, il y avait de l'excitation, même du côté des experts sanitaires, de la joie parce que la campagne de vaccination avance (entre le 31 juillet et le 15 août, tous les Belges doivent s'être vu proposer la vaccination), parce qu'en même temps le nombre d'hospitalisations, surtout, baisse, parce qu'enfin, il va faire beau. Mais il y a aussi de l'appréhension. Recevoir chez soi quatre personnes différentes chaque jour à partir du 9 juin, c'est "audacieux", selon Yves Van Laethem, infectiologue au CHU Saint-Pierre et porte-parole interfédéral. De la vigilance, parce que le "plan des libertés" s'échelonne sur quatre mois et quatre mois, dans une pandémie, c'est long. Un variant, en particulier, pourrait venir tout gâcher. La stratégie mise d'ailleurs sur la vaccination tandis que l'hésitation vaccinale, entre autres vis-à-vis de l' AstraZeneca, ralentit la cadence de la campagne. "Jusqu'ici, on a réalisé le plus facile: vacciner celles et ceux qui sont les plus exposés. Mais plus on va avancer dans les tranches d'âge, plus cela va se corser, notamment auprès des plus jeunes", prévient Yves Van Laethem. D'autant que la campagne de vaccination n'avance pas partout comme il faudrait. Enfin, la méthode demeure celle du stop and go, alors que des experts réclament une autre vision. Pas question de pécher par triomphalisme, comme cela a pu être le cas par le passé, notamment lorsque la Première ministre, Sophie Wilmès, avait jugé possible une bulle de 15 personnes, qu'on pouvait changer chaque semaine. Avant que les faits ne lui donnent tort quelques semaines plus tard. Au 9 juin, "une grande partie de la population n'est toujours pas ou pas suffisamment protégée", insiste Erika Vlieghe, présidente du groupe d'experts chargé de conseiller les gouvernements (Gems), en disant se méfier en particulier des variants, considérés comme "inquiétants" car leur "propagation pourrait entraîner une dissémination plus rapide du virus, une augmentation de l'incidence des formes graves de la maladie et/ou l'échec des vaccins". Pour ces experts, ouvrir vite et coup sur coup fait craindre également un relâchement des mesures barrières. C'est pourquoi, durant l'été, il faudra encore porter le masque, même à l'extérieur, et garder la distance physique. Mais que pourra-t-on faire vraiment? Des barbecues, des apéros en terrasse, des restos, aller au théâtre, au cinéma... Sans doute. Certaines étapes prévoient notamment la mise en place d'un "pass sanitaire", rebaptisé Covid safe ticket. A partir du 13 août, il sera ainsi obligatoire pour assister aux événements rassemblant plus de 5 000 personnes. Concrètement, une attestation de vaccination ou un test PCR négatif serait demandé à l'entrée et contrôlé par les agents de sécurité. Il sera même possible de se faire tester sur place. Il ne vise, en réalité, pas grand monde et ne concerne qu'une poignée d'événements majeurs. Rien à voir, a priori, avec le Danemark, par exemple, où un passeport sanitaire est exigé, dès l'âge de 15 ans, pour entrer chez le coiffeur, dans les bars, cafés, restaurants, musées, cinémas ou stades. En Belgique, l'exécutif semble, pour l'instant, avoir renoncé à imposer l'outil pour les usages de la vie quotidienne. Les exemples israélien et allemand ont douché les "anti-pass". Au sein de l'Etat hébreu, le "passeport vert", en théorie obligatoire, est, en pratique, rarement exigé par les patrons des restaurants. Outre-Rhin, les clients ont, eux, bien souvent renoncé à leur shopping pour s'épargner un test PCR ou antigénique, exigé dans certains Länder. Résultat: les commerçants, dépités, râlent. Du moins, pour l'instant. Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, favorable lui au "coronapass", attend encore, dans les jours prochains, un avis du Gems et surtout un rapport du commissaire corona. Pedro Facon doit répondre à une série de questions concrètes concernant une possible liberté retrouvée dont pourraient jouir les vaccinés. Le comité consultatif de bioéthique a lui déjà son avis, qui recommande des conditions: interdire le "coronapass" pour l'accès à l'hôpital, à l'école, dans un commerce alimentaire, qu'il soit encadré par une loi, strictement limité dans le temps... "Compte tenu de toutes les conditions que nous posons à l'utilisation du pass, on voit bien que sa faisabilité pour d'autres activités que les voyages devient difficile", résume Florence Caeymaex, qui préside le comité consultatif de bioéthique. En revanche, le comité prône plus de libertés pour les vaccinés, par exemple dans leur sphère privée. Le document demande également qu'ils soient dispensés de mesures de dépistage et de quarantaine lors de voyages et de contact à haut risque. Mais les débats pourraient resurgir et l'idée d'un tel outil n'est pas définitivement enterrée. Car tant qu'il s'agit de rouvrir certains lieux de culture, commerces et terrasses, le risque de contamination demeure très minime, particulièrement à l'extérieur. Mais lorsqu'il s'agira de rouvrir plus largement, et si ces réouvertures se traduisent par une frénésie digne "des années folles", à même de faire rebondir l'économie mais aussi de faire repartir l'épidémie à la hausse, alors la nécessité d'un pass sanitaire se posera à nouveau. Déjà, plusieurs experts et politiques font le forcing. Ainsi Conner Rousseau, président de Vooruit (ex-SP.A) plaide pour conditionner l'accès des participants aux camps de jeunesse cet été à un test Covid négatif. Actuellement, le test n'est que recommandé. Selon lui, le dépistage devrait également être envisagé pour les mariages et les festivals. Son collègue Rudy Vervoort (PS) se dit sur la même longueur d'onde. "Pour ceux qui ont été vaccinés, cela doit se traduire par un changement. On ne peut pas leur dire qu'il faudra attendre que les sceptiques se décident. A partir du moment où toute la population aura eu l'opportunité de se faire vacciner, à ce moment-là, il me semble tout à fait légitime de mettre en place un système de ce type-là", estime le ministre-président bruxellois lors d'une intervention télévisée. En somme, cet été, prévoyez à tout le moins un budget tests en Belgique, mais aussi à l'étranger. Parce que, même si plusieurs acteurs mettent la pression pour les rendre gratuits (de Test Achats au comité consultatif de bioéthique, en passant par les écologistes), la question n'est pas tranchée au sein des décideurs politiques. Ce n'est en tout cas pas une priorité aux yeux de Frank Vandenbroucke, qui estime que "si on a les moyens de voyager ou d'aller à un grand événement, on a les moyens de payer un test (NDLR: un test "confort" coûte 50 euros par personne)". De leur côté, les professionnels du tourisme en sont convaincus, les Belges n'ont qu'une envie: traverser la frontière avec les enfants à l'arrière, descendre des bières en terrasse, commander un menu trois services. On promet un "été de la revanche", c'est-à-dire une consommation touristique à plein. C'est l'hypothèse optimiste. Ainsi, le niveau de réservation est en baisse d'environ 65% par rapport à 2019. Pour l'heure, ceux qui partent en vacances ont plutôt tendance à hésiter. Les certitudes sont rares. Le certificat sanitaire de la Commission européenne, qui doit faciliter les déplacements au sein des Vingt-Sept, sera prêt, au mieux, au cours de la deuxième quinzaine de juin. Sur le document figurera vos données de vaccination, les résultats négatifs d'un test PCR ou une attestation déclarant que vous possédez des anticorps à la suite d'une infection à la Covid-19. Et c'est un certificat, pas un passeport. Le projet laisse en tout cas les Etats membres, au nom de l'urgence sanitaire, maîtres de leurs frontières. Les Vingt-Sept ont néanmoins jugé utile de reformuler une disposition du texte qui prévoyait que tout Etat imposant des restrictions (quarantaine ou tests, par exemple) aux détenteurs de ces certificats devrait s'en expliquer auprès de la Commission. Ils ont tenu à souligner que " l'utilisation du certificat vert numérique dans le but d'une levée des restrictions (NDLR: internes) doit rester de la responsabilité des Etats membres." Tous les désaccords entre la Commission, le Conseil et le Parlement européen ne sont pas clos: doit-il être contraignant pour les Etats? En cas de non respect du texte par un pays, peut-il être attaqué devant la Cour de justice de l'Union? Si les vaccins sont gratuits en Europe, les tests ne devraient-ils pas l'être également? Etre vacciné exempte-t-il d'un test pour voyager? Les Etats peuvent-ils reconnaître d'autres vaccins que ceux validés par l' Agence européenne du médicament? Une nuance importante pour la Hongrie, qui acheté des vaccins russes et chinois, et pour des pays qui ne peuvent se passer de touristes potentiels. Ainsi, la Grèce a déjà fait savoir qu'elle accepterait, dans son certificat, le vaccin russe. Car, pour l'heure, les pays européens font leur "passeport sanitaire" chacun dans leur coin pour sauver leur saison. Résultat: cela demeure compliqué d'organiser cet "été de la revanche". Y aura-t-il des quarantaines au retour en Belgique, sur le lieu de séjour? Peut-on annuler? Se faire rembourser? A l'étranger, la plupart des pays demandent la preuve d'un test PCR négatif pour entrer sur le territoire. Et là aussi, chacun impose ses règles. L'Espagne exige un formulaire et un test PCR négatif datant de 72 heures avant le départ, dès l'âge de 6 ans. Pour se rendre au Portugal, dès l'âge de 2 ans, les touristes doivent présenter un test PCR négatif. La Grèce exige une vaccination complète (réalisée depuis au moins 14 jours) ou un test PCR réalisé dans les 72 heures, à partir de l'âge de 5 ans. Certains pays demandent que ces tests soient rédigés en anglais ou dans leur langue nationale. Sans oublier que des mesures sanitaires spécifiques peuvent s'appliquer par région. Il reste des discussions scientifiques. Ainsi, des experts considèrent qu'un délai de 72 heures est contraire à ce que recommande la virologie, soit 48 heures, tout comme ils se disent contrariés par la mise sur un pied d'égalité de la vaccination et du test PCR. Enfin, quand on aura tous bonne mine, qu'on sera reposé, il faudra mettre en oeuvre une autre stratégie, qui ne se base pas uniquement sur la vaccination et qui devrait idéalement (et obligatoirement) être ficelée au cours de cet été. Du sur-mesure, ce que les experts appellent une "stratégie granulaire": évaluer le risque de chaque lieu et de son activité, son protocole, ses équipements. En cas de rebond épidémique, au cas par cas, un endroit, selon ces critères, fermerait ou resterait ouvert avec un taux d'occupation de 50%, par exemple. Ce qui évite de condamner des secteurs entiers.