Les eurodéputés se sont prononcés en faveur d'un certificat sanitaire européen pour permettre les voyages au sein de l'UE. Pareille initiative est également envisagée à l'intérieur même du territoire belge. Le Gems (le groupe d'experts chargés de conseiller le politique sur la gestion de la pandémie) travaille actuellement sur cette question de passeport sanitaire et devrait remettre un rapport sur l'état d'avancement du projet d'ici quelques jours.
...

Les eurodéputés se sont prononcés en faveur d'un certificat sanitaire européen pour permettre les voyages au sein de l'UE. Pareille initiative est également envisagée à l'intérieur même du territoire belge. Le Gems (le groupe d'experts chargés de conseiller le politique sur la gestion de la pandémie) travaille actuellement sur cette question de passeport sanitaire et devrait remettre un rapport sur l'état d'avancement du projet d'ici quelques jours.Ce nouveau système, autrement appelé "coronapass", deviendrait alors une sorte de laissez-passer nécessaire, voire obligatoire, pour accéder à différents secteurs et participer à des événements.Un tel système est déjà utilisé au Danemark depuis le 6 avril dernier, comme l'étape indispensable du plan de réouverture progressif du pays. Concrètement, les citoyens téléchargent une application qui collecte leurs informations sanitaires. Dans ce cas-ci, il peut s'agir d'une preuve que le porteur est entièrement vacciné, qu'il a récemment contracté la maladie et qu'il a donc des anticorps ou qu'il a effectué un test négatif depuis moins de 72 heures.Si l'une de ces trois conditions est remplie - vaccin, testing ou immunité -, le citoyen peut alors utiliser son pass pour avoir accès à certains secteurs d'activité, notamment les salons de coiffure, les restaurants, les salles de sport ou encore les parcs d'attractions.Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l'ULB, estime que déployer un pass sanitaire est une "excellente idée de transition, tant que la couverture vaccinale n'est pas plus étendue dans le monde".Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS), invité dimanche 2 mai sur le plateau de RTL-TVI, s'est lui aussi montré ouvert à cette solution pour redonner plus de liberté aux citoyens belges. "Pour ceux qui ont été vaccinés, cela doit se traduire par un changement. On ne peut pas leur dire qu'il faudra attendre que les sceptiques se décident. A partir du moment où toute la population aura eu l'opportunité de se faire vacciner, à ce moment-là, il me semble tout à fait légitime de mettre en place un système de ce type-là", a estimé le ministre-président bruxellois.Également présent sur le plateau, Georges Dallemagne (cdH) s'estlui aussimontré favorable à cet outil."Ce coronapass, c'est un pass pour la liberté. C'est aberrant de ne pas le faire. Il faut arrêter de fonctionner par l'absurde", a conclu le député fédéral, qui est dans l'opposition.Ce laissez-passer permettrait non seulement de rendre une partie de leur liberté à la population, mais également à certains secteurs d'activité, comme la culture ou l'horeca, à l'arrêt depuis le début de la crise sanitaire. "Tant que le virus circule de manière importante, c'est la manière la plus sûre de pouvoir rouvrir et redonner accès à toute une série de secteurs fermés comme avant", a souligné Elie Cogan, professeur émérite à l'ULB et spécialiste en médecine interne au CHIREC - Delta sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche.Un avis que partage le président du secteur de l'horeca Thierry Neyens : "Le secteur est demandeur de pouvoir trouver des solutions qui permettent de rouvrir le plus rapidement possible. Un protocole terrasse a déjà été validé et va être mis en oeuvre. Un futur protocole pour la réouverture de l'intérieur des établissements horeca va également arriver."Le coronapass pourrait dès lors s'avérer intéressant comme solution supplémentaire pour encourager la reprise des cafés et restaurants. "Il faut en prendre le meilleur et le politique devra mettre les moyens (logistique, testing,...). On est demandeur si ça peut accélérer la réouverture, sans qu'il y ait de contrainte administrative pour aller boire un verre."Mais les avis divergent sur ce pass sanitaire. Pour certains, la mise en place de ce système dès maintenant pose plusieurs problèmes, notamment en matière d'éthique. Tant que tout le monde n'a pas eu l'occasion de se faire vacciner, des différences de traitements ne devraient pas intervenir, estime le virologue Marc Van Ranst."Je ne suis pas favorable à ce système tant que toute notre population n'a pas eu l'occasion de se faire vacciner, de se voir proposer le vaccin ou de changer leur décision (si elle est négative). Dès que tout le monde a eu l'opportunité de changer d'avis, on pourra le mettre en place. On doit faire ça en toute solidarité. [...] Les experts du GEMS sont d'accord sur ce point."Outre cette crainte d'injustice, d'autres soulèvent une autre peur importante : celle de voir se créer une forme de hiérarchie dans la société entre ceux qui ont les moyens financiers ou les outils pour avoir ces tests à temps et pouvoir être vaccinés. "Donc, pendant que certains pourront profiter de certains espaces, il y en a d'autres qui vont rester confinés. Je trouve que ça trouble le message sur la vaccination", déplore la psychologue clinicienne, Samira Kholti sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche. "Quand on prend l'exemple du Danemark, qui est champion dans la vaccination, c'est à ce moment-là que le coronapass est instauré. Est-ce que ce pass va arriver en attendant d'être vaccinés ou est-ce que c'est une conséquence de la vaccination ? Il faut ignorer la réalité de certaines familles pour penser qu'un coronapass est simple à mettre en place. C'est fastidieux, contraignant et ça risque d'être décourageant à mettre en place."Le député PTB Germain Mugemangango redoute lui aussi ce futur système. "On crée une hiérarchie entre ceux qui pourraient aller au restaurant, au cinéma ou dans les parcs d'attractions, et ceux qui ne pourraient pas car ils n'auraient pas ce fameux coronapass ".C'est pourquoi le Comité consultatif de bioéthique de Belgique (CBB) a été chargé de rendre un avis sur les repères éthiques essentiels dans la mise en place d'un tel système. "L'un des principes éthiques est le principe de l'égalité. Si tout le monde n'a pas eu l'opportunité d'être vacciné, il n'est pas juste de faire la distinction entre les personnes vaccinées et celles qui ne le sont pas. Il faut avoir de la solidarité", nous explique Paul Cosyns, vice-président du Comité. Il est donc nécessaire d'attendre un taux de minimum 70 voire 80 % de Belges vaccinés avant d'instaurer ce potentiel système de certificat.Pour autant, les autorités l'assurent : il ne s'agira pas d'un passeport vaccinal, mais bien d'un passeport sanitaire. Entendez que l'inoculation d'un vaccin covid ne serait pas l'unique condition pour se munir du futur coronapass. Comme au Danemark, l'attestation devrait également prendre en compte un test sérologique (contrôlant l'immunité acquise) ou un test PCR négatif dans les 72 heures.