Genoeg is genoeg. Trop is te veel. Ils ne savent plus comment rappeler à l'ordre l'usine chimique 3M, sise à Zwijndrecht, en région anversoise. Voilà des mois que la saga de ses rejets de PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) empoisonne le quotidien de ses voisins et indispose les autorités flamandes au chevet d'une population inquiète. C'est que l'embrouille environnementale et sanitaire vire franchement à une affaire de sang contaminé depuis qu'une analyse sanguine réalisée par l'Agence flamande pour les soins et la santé auprès de huit cents riverains de la fabrique vient de livrer son verdict: 91% de cas examinés entachés d'une présence excessive de PFOS dans le sang, dont ...

Genoeg is genoeg. Trop is te veel. Ils ne savent plus comment rappeler à l'ordre l'usine chimique 3M, sise à Zwijndrecht, en région anversoise. Voilà des mois que la saga de ses rejets de PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) empoisonne le quotidien de ses voisins et indispose les autorités flamandes au chevet d'une population inquiète. C'est que l'embrouille environnementale et sanitaire vire franchement à une affaire de sang contaminé depuis qu'une analyse sanguine réalisée par l'Agence flamande pour les soins et la santé auprès de huit cents riverains de la fabrique vient de livrer son verdict: 91% de cas examinés entachés d'une présence excessive de PFOS dans le sang, dont la moitié exposés à terme à de sérieux pépins de santé. Gros malaise. Faut pas rigoler avec ces composés perfluorés toxiques classés perturbateurs endocriniens. Seulement voilà, 3M donne jusqu'ici la furieuse impression de ne nullement partager la peur ambiante qui enfle jusqu'à la colère aux abords de ses installations. L'entreprise joue plutôt l'obstruction aux démarches insistantes de l'inspection flamande de l'environnement, jusqu'à contester en appel l'imposition de normes de rejet plus strictes par l'autorité provinciale. Bref, elle se moque royalement du monde, y compris de la commission d'enquête parlementaire ouverte à son sujet et de la madame Environnement au sein du gouvernement flamand, Zuhal Demir (N-VA). Laquelle, pressée de tous côtés de faire quelque chose, s'est montrée très en colère en choisissant de passer au stade de l'ultimatum. L'entreprise a reçu deux jours pour prouver "noir sur blanc" qu'elle n'expose pas les riverains à des risques supplémentaires en raison de ce qu'elle envoie dans l'air comme substances chimiques. Sinon? Sinon, ce serait la mise à l'arrêt partielle et temporaire de ses processus de production. Et ce fut chose faite, le 29 octobre, au grand dam de la firme qui juge "déraisonnable" la mesure prise à l'égard d'un "non-coupable", qui brandit le péril sur l'emploi, crie à l'entrave à activité industrielle vitale et s'en va au Conseil d'Etat se plaindre de son infortune. En tout guidée par son souci de sauver le climat, entrepreneurial s'entend. Y en avait marre, à la fin. "La patience a des limites, c'est à présent l'heure de vérité", martelait la ministre Demir soumise à un feu roulant de questions au parlement flamand. Cette heure de vérité, c'est aussi un peu la sienne. Car l'adversaire est de taille et le forcer à endosser le costume de pollueur-payeur s'annonce tout sauf une formalité. "Soyons clair: nous avons affaire à une multinationale américaine, l'entreprise n'est malheureusement pas menée par le CEO flamand, les décisions sont réellement prises aux Etats-Unis", concède la ministre, qui se fait fort d'arracher bien plus que l'obole de 125 millions d'euros mise sur la table par le géant US - chiffre d'affaire annuel: 28 milliards d'euros - pour financer une remise au propre des lieux pollués. Au moins peut-elle compter sur les encouragements de son parti qui l'exhorte à tenir bon, à ne rien lâcher, à se montrer à la hauteur du surnom gagné sous sa coiffe de députée fédérale puis de secrétaire d'Etat dans la suédoise: "Zuhal moeial", "Zuhal la fouineuse".