Il se peut, sympathique ami lecteur, que vous soyez vous-même un homme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent (1). Et merci de vous attarder sur ces lignes. Certains d'entre vous les attendent avec impatience comme ils couraient, petits, "acheter chaque semaine le dernier Spirou Magazine". Il paraît qu'elles font "réfléchir en souriant" (en toute modestie, évidemment). A ces aimables messages récurrents s'en ajoutent d'autres, moins fréquents et surtout, moins bienveillants. Le dernier en date estimait que "l'égalité entre hommes et femmes est un droit, c'est une évidence, mais mener des combats féministes comparables à ceux du XIXe siècle dessert la cause plus qu'elle ne l'aide! [...] L'excès nuit en tout et tout combat, aussi digne soit-il, il a ses limites qui, lorsqu'elles sont dépassées, remet en cause [sa] crédibilité."
...

Il se peut, sympathique ami lecteur, que vous soyez vous-même un homme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent (1). Et merci de vous attarder sur ces lignes. Certains d'entre vous les attendent avec impatience comme ils couraient, petits, "acheter chaque semaine le dernier Spirou Magazine". Il paraît qu'elles font "réfléchir en souriant" (en toute modestie, évidemment). A ces aimables messages récurrents s'en ajoutent d'autres, moins fréquents et surtout, moins bienveillants. Le dernier en date estimait que "l'égalité entre hommes et femmes est un droit, c'est une évidence, mais mener des combats féministes comparables à ceux du XIXe siècle dessert la cause plus qu'elle ne l'aide! [...] L'excès nuit en tout et tout combat, aussi digne soit-il, il a ses limites qui, lorsqu'elles sont dépassées, remet en cause [sa] crédibilité." D'autres courriers pourraient être cités (comme celui d'un monsieur s'interrogeant sur une éventuelle consommation illicite) mais ils seraient redondants. Les critiques les plus acerbes viennent généralement de proches, d'amis, reprochant "une fixation sur le féminisme qui n'apportera ni le bonheur ni la vérité" (s'en remettre à Dieu, peut-être?) ou, plus souvent, de "mettre tous les hommes dans le même sac", celui du sexisme. "Alors que bon, des mecs bien, il y en a plein! Regarde-moi!" Relax, les gars. Faut pas toujours se sentir attaqués, comme ça. Aucune féministe ne veut vous faire la peau. Sauf peut-être Valerie Solanas, militante radicale américaine oubliée qui entendait "tailler les hommes en pièces". Au premier degré. Elle avait même tenté de flinguer Andy Warhol. Mais elle est morte depuis trente-deux ans, on se détend. Critiquer un système ne signifie pas détester ses composantes. Mais bien tenter de les conscientiser. Une professeure liégeoise d'université, qui toute sa carrière ne s'était jamais intéressée aux questions d'égalité, avait fini par y être sensibilisée à la lecture des travaux de ses étudiantes. "Le patriarcat, comparaît-elle, c'est comme un iceberg. On peut nager toute sa vie à côté sans le voir. Mais une fois qu'on l'a aperçu, impossible de regarder ailleurs." Il se remarque alors au travers d'une annonce nécrologique, d'une toilette publique, d'une barre verticale de vélo, d'une plaque de rue, d'un jeu vidéo, d'un roman policier... Partout, absolument partout (2). Le constater n'est pas vous détester, messieurs. Ce n'est même pas vous en vouloir, héritiers d'un monde au centre duquel vous avez toujours trôné. Pas votre faute. Mais, désormais, faut arrêter d'en profiter. Même inconsciemment. Parce qu'évidemment, vous l'avez compris, les femmes ne sont pas vos inférieures. Reste maintenant à l'appliquer. Quand une collègue vous énerve et que vous la qualifiez d'incapable. Quand un pote vous raconte, rigolard, qu'il a traité une meuf comme une sous-merde et que vous souriez d'un air entendu. Quand vous prenez votre petit garçon sur vos genoux en lui lançant "baises-en le plus possible, fils", alors que vous espérez que votre fille reste vierge jusqu'au mariage. Quand vous confiez le repassage de vos costumes à votre mère parce que, franchement, vous avez autre chose à faire. Quand vous ne mettez jamais un pied au supermarché, jamais une main à la pâte ménagère, jamais le nez au-dessus d'une casserole. Etc., etc. Ouais, ouais. "Qu'est-ce qu'elle peut radoter." Bisous quand même, les mecs bien. (1) Paraphrase de Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte. (2) Lire "Une sacrée paire" de morts, de commodités, de vélos, de rues, de manettes et de victimes littéraires.