Super Mario World de 1991. Ça ne choquait sans doute personne, à cette époque-là, que le seul personnage féminin porte forcément une robe rose, soit forcément celui qui se fasse enlever et doive être forcément secouru par de vaillants plombiers.
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Super Mario World de 1991. Ça ne choquait sans doute personne, à cette époque-là, que le seul personnage féminin porte forcément une robe rose, soit forcément celui qui se fasse enlever et doive être forcément secouru par de vaillants plombiers. Ça n'étonne toujours nullement, près de trente ans plus tard, que cette princesse Peach reste la plus nulle de tous les conducteurs de Mario Kart. Et la seule fille. Faut dire qu'il est gentillet, ce sexisme-là, comparé à celui d'un Grand Theft Auto (120 millions d'exemplaires vendus dans le monde), où un voleur de voitures peut cogner une prostituée. Ou celui d'un League of Legends où des employées se font insulter, reçoivent des dickpics de leurs collègues et ratent des promotions à cause de leur genre. Ah non, pardon, ça c'était dans la vraie vie. Chez Riot Games, l'éditeur américain de ce jeu qui, en 2019, paya 10 millions de dollars à ses anciennes salariées pour éviter un procès pour discrimination. Par les hommes, pour les hommes. L'écran reflète forcément ceux qui le conçoivent. Très peu de " celles ". Déjà parce les études qui y mènent (informatique, ingénieur...) ne sont pas franchement des modèles paritaires. Les rares qui s'y risquent restent souvent peu, se prenant le plafond de verre en pleine face. Ou l'écart salarial : à poste et à compétences équivalents, les différences de rémunération peuvent atteindre... 50 %. Le monde du jeu vidéo, ce concentré exacerbé d'inégalités. Puis, il leur faut se frotter aux communautés de gamers. Ces groupes de mâles dont certains préféreraient s'amputer des dix doigts plutôt que de jouer avec le premier avatar féminin d' Assassin's Creed, Kassandra. Ces fous du clavier qui furent capables de harceler, pendant plusieurs années, une développeuse américaine, Zoë Quinn, au motif qu'elle aurait eu (selon son ex) une relation " immorale " avec un journaliste spécialisé. Ça méritait bien des menaces de mort et de viol, tiens. Pourquoi se priver de terroriser, ces trolls ne se font jamais condamner. Ou alors à six mois avec sursis, comme ces trois types (identifiés) qui avaient promis le même sort à la journaliste française Nadia Daam (et à sa fille de 12 ans), car elle avait osé critiquer, dans une chronique radio, le niveau de maturité cérébrale " n'excédant pas le stade embryonnaire " des membres du forum 18-25 ans de jeuxvideo.com. " La milf brunette, je lui remplis sa bouche de mon foutre ", morceau choisi des milliers de messages qu'elle avait alors reçus. Ces hommes n'aiment pas les femmes. Pas si elles sont davantage que des faire-valoir amoureux de leurs intrigues virtuelles. Ou de bonasses guerrières qu'ils fantasmeraient bien maniant leur joystick. Ceux-là ne s'adonneront jamais à Horizon Zero Dawn, où l'héroïne, forte et intelligente, n'a même pas le bon goût de porter un minishort et un décolleté. Jeu conçu par cinq Néerlandais.. Comme quoi, quand on veut... Il y en aurait de plus en plus, à vouloir. Surtout dans les studios indépendants. Mélange de volonté de changement et prise de conscience d'un nouveau public féminin à conqu?rir. Ils peuvent cartonner, les jeux expressément conçus pour ces dames. Comme Candy Crush l'était, à la base.