Mais c'est peut-être parce que maman et papa ont déjà vu leurs machins respectifs, ce qui n'est pas nécessairement le cas d'une madame et d'un monsieur se croisant au travail, au spectacle ou au restaurant. Peut-être est-ce par crainte de rendre perceptibles, au détour d'un urinoir, des bouts de ce qui normalement devrait rester à l'abri des braguettes que les inventeurs des toilettes genrées ont développé leur idée.
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Mais c'est peut-être parce que maman et papa ont déjà vu leurs machins respectifs, ce qui n'est pas nécessairement le cas d'une madame et d'un monsieur se croisant au travail, au spectacle ou au restaurant. Peut-être est-ce par crainte de rendre perceptibles, au détour d'un urinoir, des bouts de ce qui normalement devrait rester à l'abri des braguettes que les inventeurs des toilettes genrées ont développé leur idée. Du coup, gaffe aux yeux, hein, les spectatrices du Théâtre de Liège. Où l'on urine et défèque, désormais, au sein de pièces d'aisance unisexes, par respect pour ceux qui ne se reconnaissent ni dans le pictogramme à la jupe, ni dans celui au pantalon. Peut-être aussi par égard pour cette partie du spectacle que la composante féminine d'un public prend le risque de louper en partant se soulager lors d'un entracte. Car mieux vaut être un homme pour être pris d'un besoin inopiné. Combien de femmes ont taché leur culotte à force de devoir patienter dans d'interminables files sanitaires ? Certains penseront qu'elles n'ont qu'à moins se remaquiller/papoter/traîner pour pouvoir faire pipi avec davantage de célérité. La vérité - moins fantasmée - est que se dénuder à moitié, s'essuyer (et pas seulement se secouer) puis se rhabiller prend plus de temps que simplement se déboutonner l'entrejambe. Deux à trois fois plus de temps, écrit la journaliste anglaise Caroline Criado Perez dans son ouvrage (non traduit en français pour l'instant) Invisible Women. Aussi parce qu'elles doivent parfois remplacer un tampon, changer une serviette ou vider une coupe menstruelle. Parce qu'elles sont plus souvent accompagnées d'un enfant, qui doit lui aussi assouvir une envie pressante. Parce qu'il y a, statistiquement, plus d'handicapées et d'âgées. Parce qu'enceintes, leurs vessies deviennent plus impatientes. Ça fait pas mal de raisons objectives. Pourtant, aucun architecte n'a jamais eu l'idée de construire des commodités pour femmes plus grandes et mieux fournies en cuvettes. Cinquante- cinquante, parité du mètre carré. Qui se révèle au fond très inégalitaire, selon Caroline Criado Perez, et pas seulement parce que les hommes peuvent, en outre, souvent compter sur des urinoirs complémentaires. Pour l'auteure, il faut voir dans cette histoire très pipi-caca à quel point le monde est fait par les hommes, pour les hommes. Prière de ne pas s'en offusquer, mesdames. Même en remarquant, comme en décembre dernier à la gare de Brest, que les messieurs sont les seuls à pouvoir pissoter debout gratos (pour vous, en revanche, ça fera 20 centimes, en vous remerciant, il faut bien payer le nettoyage alors que les pissoirs, c'est bien connu, ne requièrent aucun entretien). " Une "association féministe" fait enlever les urinoirs des toilettes pour hommes ", avait alors titré le quotidien local Ouest-France, repris tel quel par d'autres médias. Bon, en fait, c'était juste une meuf qui avait remarqué cette inégalité un jour qu'elle prenait le train et qui avait décidé de tweeter en taggant le compte #PépiteSexiste. Celui-ci avait interpellé la SNCF et la société de transport avait décidé de retirer les pissoirs en question en se disant que c'était plus juste... Bien qu'elle aurait pu choisir de rendre l'accès gratuit pour tout le monde et que ça aurait été encore plus juste. Mais bon ! Faudrait pas manquer la moindre occasion de faire passer le féminisme pour une mouvance hystérique castratrice empêcheuse de pisser en rond qui emmerde tout le monde, avec ses combats de chiottes.