Cet été, l'Unicef présentait l'évolution effarante des chiffres concernant le travail des enfants, estimé à 160 millions en 2020. En quelques mois, une grande partie des progrès enregistrés depuis 2014 ont été balayés du revers de la main. Il y a quelques semaines, l'Unicef toujours, publiait un rapport faisant écho aux revendications des grèves et des marches pour le climat - dont la dernière édition, ce dimanche à Bruxelles, a rassemblé pas moins de 50.000 personnes. Ce document détaillé révèle à quel point les changements climatiques constituent une menace pour les enfants.

850 millions d'enfants exposés à un risque climatique élevé

L'organisation onusienne a mis au point un indice synthétique de risque climatique pour les enfants (Children's Risk Climate Index, qui combine une soixantaine de paramètres). Le rapport confirme le phénomène d'injustice climatique : les 33 pays dans lesquels les enfants sont les plus vulnérables n'émettent que 9 % des émissions totales de CO2. A titre de comparaison, les dix plus grands émetteurs représentent quant à eux 70 % des émissions! On y apprend également qu'un enfant sur trois dans le monde, soit 850 millions, est déjà exposé à au moins quatre chocs climatiques : vagues de chaleur, cyclones, inondations fluviales ou côtières, pénurie d'eau, maladies vectorielles (comme la malaria ou la dengue), pollution de l'air, pollution par le plomb...

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que les enfants souffriront de plus de 80% des préjudices, accidents et morts prématurées induites par les changements climatiques. Cette vulnérabilité s'explique par leur système de défense immunitaire moins développé et leur dépendance aux adultes. De plus, il s'agit de risques qu'ils affronteront tout au long de leur vie.

Les impacts sur leur santé mentale, bien que moins documentés, sont tout aussi dévastateurs. Il est question de troubles de stress post-traumatiques, de dépressions et d'angoisses, de troubles du sommeil, de déficits cognitifs, de problèmes d'apprentissage, de sentiments de perte d'identité... tout cela pouvant les amener à adopter des comportements agressifs et suicidaires. Les témoignages d'enfants - tout comme des adultes d'ailleurs - exposés à des catastrophes comme celles que vient de traverser le Sud de notre pays sont révélateurs à cet égard.

L'urgence de stopper les subventions aux énergies fossiles

Parmi les mesures pointées par l'Unicef pour inverser cette tendance destructrice pour nos enfants, le déploiement d'un modèle économique et de société débarrassé des énergies fossiles trône en première place. Pourtant, une étude récente du Fonds monétaire international (FMI) indique que, à chaque minute qui passe, l'industrie mondiale des combustibles fossiles engrange pour 11 millions de dollars de subventions octroyées par les pouvoirs publics. Autrement dit, une part significative de l'argent des contribuables est consacrée à miner la santé de la population, à commencer par les enfants! En plus d'accélérer les changements climatiques, ces politiques dégradent les perspectives d'avenir de nos sociétés en hypothéquant l'avenir de leur jeunesse. Qu'attendent les responsables politiques pour mettre fin à ces subventions, quand même une agence comme l'Agence internationale de l'énergie (AIE) fait volte-face et appelle à se dégager des combustibles fossiles?

Des flux commerciaux aberrants

Depuis quelques semaines, la presse fait chaque jour état des pénuries mondiales dont souffrent les industriels et les magasins de jouets, au point que certains s'interrogent sur ce qui pourra être déposé au pied du sapin de Noël. En cause, les chaînes logistiques et de valeurs mondiales fragilisées par la pandémie, les tensions géo-économiques et - comme ce sera de plus en plus souvent le cas - les aléas climatiques. Des aléas climatiques dont la probabilité de survenance est considérablement accrue par le transport de marchandises sur longues distances qui nuit gravement à la biodiversité et au climat, sans parler de la santé humaine, et particulièrement celle des enfants.

Les navires de marchandises et les avions cargos, véritables colonnes vertébrales du fret mondial, brûlent des combustibles particulièrement nocifs pour l'environnement et sont responsables d'émissions massives de gaz à effets de serre. Le carbone noir recouvre la végétation et la calotte glaciaire, accélérant sa fonte. Les dioxydes de soufres contribuent aux pluies acides qui dévastent les forêts. Les NOx et l'ozone font périr les insectes aquatiques qui constituent la base de la pyramide alimentaire. La pollution par l'ozone réduit jusqu'à 60 % les rendements de la culture du blé...

L'Europe, qui représente 16 % du commerce mondial et est le premier partenaire commercial de 74 pays, a le pouvoir d'agir. Nous, Européen.ne.s, portons une responsabilité historique. Nous savons ce que nous avons à faire : revoir notre modèle économique basé sur la combustion d'énergies fossiles et la pertinence de certains flux commerciaux, comme le préconise l'appel des jeunes pour le climat. On évoque régulièrement l'exemple aberrant des crevettes pêchées en Mer du Nord, décortiquées au Maroc, puis renvoyées en Belgique pour être vendues dans les rayons de nos supermarchés. D'autres secteurs et flux méritent d'être passés à la loupe afin d'étudier les solutions pour relocaliser certaines productions et diminuer drastiquement les transports liés à notre consommation.

A quelques jours du sommet de la Biodiversité de Kunming et à quelques semaines de la COP26 de Glasgow, l'Europe doit peser de tout son poids économique. Il n'y a que de la sorte qu'elle pourra bâtir une mondialisation respectueuse de la nature et des droits fondamentaux des enfants et adultes en devenir.

Cet été, l'Unicef présentait l'évolution effarante des chiffres concernant le travail des enfants, estimé à 160 millions en 2020. En quelques mois, une grande partie des progrès enregistrés depuis 2014 ont été balayés du revers de la main. Il y a quelques semaines, l'Unicef toujours, publiait un rapport faisant écho aux revendications des grèves et des marches pour le climat - dont la dernière édition, ce dimanche à Bruxelles, a rassemblé pas moins de 50.000 personnes. Ce document détaillé révèle à quel point les changements climatiques constituent une menace pour les enfants.L'organisation onusienne a mis au point un indice synthétique de risque climatique pour les enfants (Children's Risk Climate Index, qui combine une soixantaine de paramètres). Le rapport confirme le phénomène d'injustice climatique : les 33 pays dans lesquels les enfants sont les plus vulnérables n'émettent que 9 % des émissions totales de CO2. A titre de comparaison, les dix plus grands émetteurs représentent quant à eux 70 % des émissions! On y apprend également qu'un enfant sur trois dans le monde, soit 850 millions, est déjà exposé à au moins quatre chocs climatiques : vagues de chaleur, cyclones, inondations fluviales ou côtières, pénurie d'eau, maladies vectorielles (comme la malaria ou la dengue), pollution de l'air, pollution par le plomb... L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que les enfants souffriront de plus de 80% des préjudices, accidents et morts prématurées induites par les changements climatiques. Cette vulnérabilité s'explique par leur système de défense immunitaire moins développé et leur dépendance aux adultes. De plus, il s'agit de risques qu'ils affronteront tout au long de leur vie.Les impacts sur leur santé mentale, bien que moins documentés, sont tout aussi dévastateurs. Il est question de troubles de stress post-traumatiques, de dépressions et d'angoisses, de troubles du sommeil, de déficits cognitifs, de problèmes d'apprentissage, de sentiments de perte d'identité... tout cela pouvant les amener à adopter des comportements agressifs et suicidaires. Les témoignages d'enfants - tout comme des adultes d'ailleurs - exposés à des catastrophes comme celles que vient de traverser le Sud de notre pays sont révélateurs à cet égard.Parmi les mesures pointées par l'Unicef pour inverser cette tendance destructrice pour nos enfants, le déploiement d'un modèle économique et de société débarrassé des énergies fossiles trône en première place. Pourtant, une étude récente du Fonds monétaire international (FMI) indique que, à chaque minute qui passe, l'industrie mondiale des combustibles fossiles engrange pour 11 millions de dollars de subventions octroyées par les pouvoirs publics. Autrement dit, une part significative de l'argent des contribuables est consacrée à miner la santé de la population, à commencer par les enfants! En plus d'accélérer les changements climatiques, ces politiques dégradent les perspectives d'avenir de nos sociétés en hypothéquant l'avenir de leur jeunesse. Qu'attendent les responsables politiques pour mettre fin à ces subventions, quand même une agence comme l'Agence internationale de l'énergie (AIE) fait volte-face et appelle à se dégager des combustibles fossiles?Depuis quelques semaines, la presse fait chaque jour état des pénuries mondiales dont souffrent les industriels et les magasins de jouets, au point que certains s'interrogent sur ce qui pourra être déposé au pied du sapin de Noël. En cause, les chaînes logistiques et de valeurs mondiales fragilisées par la pandémie, les tensions géo-économiques et - comme ce sera de plus en plus souvent le cas - les aléas climatiques. Des aléas climatiques dont la probabilité de survenance est considérablement accrue par le transport de marchandises sur longues distances qui nuit gravement à la biodiversité et au climat, sans parler de la santé humaine, et particulièrement celle des enfants. Les navires de marchandises et les avions cargos, véritables colonnes vertébrales du fret mondial, brûlent des combustibles particulièrement nocifs pour l'environnement et sont responsables d'émissions massives de gaz à effets de serre. Le carbone noir recouvre la végétation et la calotte glaciaire, accélérant sa fonte. Les dioxydes de soufres contribuent aux pluies acides qui dévastent les forêts. Les NOx et l'ozone font périr les insectes aquatiques qui constituent la base de la pyramide alimentaire. La pollution par l'ozone réduit jusqu'à 60 % les rendements de la culture du blé... L'Europe, qui représente 16 % du commerce mondial et est le premier partenaire commercial de 74 pays, a le pouvoir d'agir. Nous, Européen.ne.s, portons une responsabilité historique. Nous savons ce que nous avons à faire : revoir notre modèle économique basé sur la combustion d'énergies fossiles et la pertinence de certains flux commerciaux, comme le préconise l'appel des jeunes pour le climat. On évoque régulièrement l'exemple aberrant des crevettes pêchées en Mer du Nord, décortiquées au Maroc, puis renvoyées en Belgique pour être vendues dans les rayons de nos supermarchés. D'autres secteurs et flux méritent d'être passés à la loupe afin d'étudier les solutions pour relocaliser certaines productions et diminuer drastiquement les transports liés à notre consommation. A quelques jours du sommet de la Biodiversité de Kunming et à quelques semaines de la COP26 de Glasgow, l'Europe doit peser de tout son poids économique. Il n'y a que de la sorte qu'elle pourra bâtir une mondialisation respectueuse de la nature et des droits fondamentaux des enfants et adultes en devenir.