La deuxième vague de Covid touche de plein fouet les hôpitaux belges. Certains sont au bord de la saturation et souhaiteraient que d'autres établissements prennent en charge certains de leurs patients. Mais il y a un gouffre entre la théorie et la pratique.
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La deuxième vague de Covid touche de plein fouet les hôpitaux belges. Certains sont au bord de la saturation et souhaiteraient que d'autres établissements prennent en charge certains de leurs patients. Mais il y a un gouffre entre la théorie et la pratique. Il existe un plan national de répartition. Ce plan comporte cinq phases, où un pourcentage de lits de soins intensifs doit être réservé aux patients Covid, et des lits supplémentaires dédiés pour les services non intensifs. "Lorsque le pourcentage de lits est atteint, les patients sont transférés vers d'autres hôpitaux", nous indique le SPF Santé publique. C'est d'ailleurs pour cette raison que le comité du Hospital & transport surge capacity a demandé aux hôpitaux généraux et universitaires de passer à la phase 2A d'ici le 2 novembre. Elle a également demandé de reporter les soins normaux non urgents pour le moment. Le but est de soulager la charge de travail des hôpitaux. Mais cela n'empêche pas que certains, déjà au bord de la saturation, ont besoin d'aide. Et les appels à la solidarité des directions hospitalières se multiplient. Si certains trouvent l'interlocuteur et l'aide tant attendus, d'autres hôpitaux se retrouvent en galère, avec un trop-plein de patients à gérer. "C'est l'hôpital-même qui décide s'il veut répartir des patients Covid. A ce moment-là, il contacte le PECC (Patient Evacuation Coordination Center). Le PECC recherche quels hôpitaux ont des lits disponibles, d'abord dans le même réseau, mais aussi dehors si nécessaire", explique le SPF Santé publique. Dans les faits, c'est souvent l'hôpital qui doit s'organiser lui-même au sein de son réseau ou province. Car il n'y a aucune obligation de la part des autorités. "Le patient et son docteur ont le droit de refuser un transfert", nous confirme-t-on au SPF. Et c'est bien là le problème : si le système existe, il est non contraignant. "Il n'y a pas d'autorité qui peut imposer un transfert. C'est un sujet qui nous énerve beaucoup, parce que c'était déjà sur la table lors de la première vague. On a déjà rencontré ces difficultés de transfert, qui ne fonctionnait pas de manière optimale car il se basait sur la bonne volonté des uns et des autres", nous explique Isabelle Loeb, directrice médicale au CHU Saint-Pierre. "Par rapport au printemps, rien n'a changé, malgré les appels à l'aide des hôpitaux.""On a l'impression qu'il n'y a pas une vraie volonté de faire quelque chose. Cela nous inquiète. Pourquoi ne pas désigner un expert au niveau fédéral qui a autorité sur tous les hôpitaux ?", se demande-t-elle. Les hôpitaux se sentent délaissés et demandent deux choses. Premièrement : une transparence sur les chiffres d'occupation des lits par province. Ces chiffres existent car les hôpitaux doivent rentrer chaque jour les données de patients Covid, mais l'information n'est pas rendue disponible. "Cela donnerait une vision claire de la situation dans le pays. Nous dire tous les jours le nombre brut de patients hospitalisés en Belgique... d'accord, mais où ?". Deuxièmement : si ces chiffres sont disponibles, une proposition des transferts de patients de préférence dans les hôpitaux les plus proches où des places sont disponibles. La procédure n'est, elle non plus, pas harmonisée et varie très fortement d'un hôpital à l'autre. Chacun met en place son propre système : parfois c'est la direction, parfois les urgences... Cela se fait beaucoup par des contacts interpersonnels, avec des contacts un peu informels, par des groupes Whatsapp par exemple. Des démarches qui demandent également du temps : "Nous, on n'a pas ce temps. Les patients non plus n'ont pas ce temps. On a parfois des patients pour lesquels on attend plusieurs heures. Ce n'est pas correct vis-à-vis des patients et de sa famille qui ne sait pas s'il va partir à l'autre bout du pays ou dans l'hôpital à côté", nous confirme Isabelle Loeb. Et le constat du CHU Saint-Pierre est loin d'être isolé. "On espérait qu'une solidarité soit imposée et que la régulation des patients en soins intensifs et non soins intensifs soit faite par le fédéral. Ce n'est pas le cas", indique le directeur médical de l'hôpital Saint-Jean à la RTBF. Même son de cloche à l'hôpital Tivoli de La Louvière : "Je téléphone au 112, j'ai un gentil monsieur qui me dit : 'Je crois qu'il y a encore des places à Nivelles ou à Charleroi'. Ça se limite à ça, il n'y a pas plus d'aide." Sur le terrain, on note la volonté que la charge soit divisée sur l'ensemble des hôpitaux disponible, dans tout le pays : "Cela permettrait à tous les hôpitaux d'évoluer à la même vitesse et de permettre à ceux qui sont au bord de la noyade de respirer", nous explique encore Isabelle Loeb. Et cela, pour éviter la saturation à tout prix.La semaine dernière, le CHU Saint-Pierre, parmi d'autres hôpitaux, avait déjà tiré la sonnette d'alarme. Mais cela n'a, pour l'instant, pas porté ses fruits "Il n'y a rien qui a changé, il n'y a rien qui s'annonce. À ce jour, il n'y a toujours aucune autorité qui à pouvoir de décision et d'imposer." Car si la situation continue de se dégrader et qu'il n'y a plus de lits, que va-t-il se passer ? "Personne n'a la réponse."