Comment cela se passe-t-il en ce moment dans votre service ?

Les cas augmentent de plus en plus. Quasiment la moitié des lits de soins intensifs sont déjà occupés par des cas de covid. On va vers la même situation qu'en mars-avril où le service a dû être divisé en deux pour créer une partie covid et une partie "propre". On y sera obligés parce que sinon le risque deviendra trop élevé de contaminer les autres patients des soins intensifs.
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Les cas augmentent de plus en plus. Quasiment la moitié des lits de soins intensifs sont déjà occupés par des cas de covid. On va vers la même situation qu'en mars-avril où le service a dû être divisé en deux pour créer une partie covid et une partie "propre". On y sera obligés parce que sinon le risque deviendra trop élevé de contaminer les autres patients des soins intensifs.Oui. Et si besoin, on peut déborder sur d'autres services. Cela a été prévu après la première vague. Des travaux ont été réalisés pour nous permettre d'augmenter notre capacité d'accueil, sans être obligés de fermer complètement d'autres services. (Nb. Lors de la première vague, certains médicaments essentiels ont été en pénurie)Pour ce qui est des masques, des gants et des tabliers, nous avons tout ce qu'il nous faut. Des stocks ont été constitués et nous ne manquons de rien. Pour les médicaments, il faudra voir au fur et à mesure. Je ne sais pas si des stocks ont été constitués. Certains membres du personnel soignant sont malades. Cette seconde vague va être beaucoup plus compliquée parce qu'au printemps les autres services de l'hôpital étaient fermés et on avait l'aide du personnel soignant. Cette fois-ci, ce n'est pas le cas. Dans les soins intensifs, nous avons de gros problèmes d'effectifs depuis longtemps. Après la première vague, pendant l'été, ça a été compliqué aussi. Nous avons travaillé à trois par unité au lieu de quatre afin que tout le monde puisse prendre ses congés. Mais du coup, c'était fatigant. On doit vraiment jongler tout le temps avec le manque de personnel. Mais la pénurie de personnel n'existe pas que chez les soignants. Les laboratoires qui font les tests manquent aussi de main-d'oeuvre.Les derniers patients ont quitté le service fin mai. Mais les autres services ont recommencé à fonctionner dans la foulée, donc cela a augmenté notre travail. Les soins intensifs, de toute façon, c'est très rarement calme. Ensuite en juillet, on a traité quelques patients qui venaient d'un foyer très localisé. Puis ça s'est à nouveau calmé avant de reprendre fin août. Non. C'est toujours le même profil de patients. Oui. Aujourd'hui, le leitmotiv est d'essayer d'éviter l'intubation. Avant on les intubait tout de suite. Mais cela a d'autres conséquences en plus des problèmes pulmonaires liés au covid. Surtout chez des patients qui ont déjà une santé fragile. Certains arrivent à s'en sortir sans l'intubation, mais on est quand même obligés d'en passer par là pour d'autres. Et quand c'est le cas, il faut cinq à six semaines au patient pour sortir du coma. S'il en sort.C'est difficile à dire. On arrive à mieux gérer les personnes qu'on n'intube pas. Mais c'est vrai aussi que les personnes de plus de 75 ans s'épuisent plus vite. On a toujours l'espoir de les sauver, mais parfois ils se dégradent d'un coup, sans aucun signe avant-coureur. Tout le monde est fatigué. À vrai dire, on est épuisés. C'est dur de se dire que l'on va revivre la même chose. En mars, on avait peur parce qu'on ne savait pas à quoi s'attendre. Aujourd'hui, on sait ce qui nous attend et c'est encore pire.Oui. Il y a une bonne ambiance dans l'équipe. On se soutient beaucoup. On essaie de décompresser pendant les pauses. On rit ensemble.Oui. On peut dire qu'on ressent de la colère concernant la manière dont les politiques ont géré, mais aussi sur la manière dont la population prend les choses à la légère. On ne veut plus d'applaudissements. C'était facile de nous applaudir pendant deux mois et puis de ne pas respecter les gestes barrière ou de remettre en cause l'usage du masque.De plus en plus de gens ont un comportement à risque. Si les gens gardaient leur masque et leurs distances, on n'en serait pas là aujourd'hui. Après la première vague, beaucoup de personnes se sont dit que c'était terminé. Ils ont recommencé à se faire la bise, ils n'ont plus porté leur masque au travail, etc. On voit le résultat aujourd'hui. C'est dur pour le moral. On vient de perdre un patient qu'on a soigné pendant six semaines. On finit par se dire : "à quoi bon ?" On se bat encore et encore. Et puis nous y revoilà.