Maggie De Block humiliée, Sophie Wilmès confortée, les experts plébiscités. C'est ce qui ressort de notre sondage exclusif Le Vif/L'Express-Knack-LN24 sur la manière dont les Belges jugent la gestion de la crise du coronavirus par le monde politique et les experts. Des résultats débattus ce mercredi soir sur LN24.

Parmi les intervenants, Nicolas De Decker, journaliste du Vif/L'Express, Céline Nieuwenhuys, membre du Gees, Yves Van Laethem, infectiologue et porte-parole interfédéral Covid-19, Caroline Sagesser, politologue au Crisp et Johan Condijts, directeur de l'information sur LN24.

Des rôles différents

Les experts sortent gagnants de notre sondage exclusif. Une conclusion qui ne surprend pas l'infectiologue Yves Van Laethem. "Ce qu'on disait était une certaine vérité scientifique. La population s'est peut-être plus revue dans quelque chose de clair que dans les divergences politiques. La popularité des experts est quelque chose qu'on a senti venir, qu'on a senti monter aux cours des semaines. L'expert est là pour expliciter, où et quand il le faut, quelle est la situation et de proposer au citoyen différentes pistes. L'expert n'est pas là pour être sanctifié et il ne faut pas mélanger expert et politique, ce n'est pas la même chose. L'un n'est pas là pour remplacer l'autre." Un constat que partage Céline Nieuwenhuys, experte du Gees: "Les experts donnent une série de conseils et c'est le politique qui tranche. On a pu se rendre compte que certaines mesures que nous proposions n'étaient pas toujours adéquates. Heureusement que l'avis des experts ne s'imposait pas aux politiques. Heureusement que c'est le politique, avec son regard, qui a continué à trancher."

Des experts plus ancrés dans le réel

"C'était important d'avoir ces personnes qui étaient moins soumises au pressions", évoque l'experte du Gees. "En tout cas, des personnes qui n'étaient pas redevables à un électorat. L'expérience d'avoir autour de la table des personnes qui sont amenés à proposer des solutions pour des problématiques très complexes, qui ne sont pas soumis à l'électorat et qui en plus ont des formations et des sensibilités très différentes, est très intéressante. Et elle pourrait inspirer. La teneur et la hauteur des débats était intéressante et je ne suis pas certaine qu'elle l'était autant au niveau des politiques. Tous les experts sont ancrés au niveau professionnel. On a tous un métier et nous n'étions pas payés pour cette mission. On était ancré dans la vie réelle via notre profession. Ce qui n'est parfois plus du tout le cas des politiques qui sont totalement désincarnés de la vie réelle. Et parfois plus sensibles aux pressions, aux lobbies, que les experts."

Les politiques, réceptacles de la colère

Dans le sondage, l'action du politique dans son ensemble est particulièrement mal jugé. Avec un point d'orgue pour Maggie De Block, accablée par notre sondage auquel elle a réagi ce mercredi. "Elle dit elle-même que son parti ne lui demandera sans doute plus d'être ministre. Cela veut dire qu'elle se rend compte de cette baisse de popularité mais aussi qu'un certain nombre d'erreurs ont été commises pendant la crise. Cela n'a donc rien de surprenant que ce soit une personnalité que les Belges ne veulent plus voir jouer un rôle à l'avenir" explique la politologue Caroline Sagesser.

Exception faite de Sophie Wilmès. "C'est une personnalité politique neuve" explique Johan Condijts, directeur de l'information de LN24. "Le fait qu'elle ait été mise sur le devant de la scène tardivement fait qu'elle est considérée comme quelqu'un de nouveau et peut-être de moins politique."

Une méfiance envers les politiques qui s'accentue chez les sondés francophones. "Un constat qui n'est pas surprenant et qui s'inscrit dans la durée" selon la politologue Caroline Sagesser. "Il y a quand même une clarté institutionnelle côté flamand, on a un gouvernement flamand. Cela permet une meilleure qualité du lien entre le gouvernement et le citoyen. "Quand on a plusieurs gouvernements, on a plutôt tendance à ne pas les aimer parce qu'on ne sait pas ce qu'ils font" rajoute Nicolas De Decker.

Une communication désastreuse

Selon l'infectiologue Yves Van Laethem, "les communications tous les trois à sept jours pour donner des avis fort divergents sans qu'on sache pourquoi cela a changé" pose problème. Un problème de méthode de travail "trop légère" est pointé par Céline Nieuwenhuys, experte du Gees. "Comment on discute, qui prend les décisions, quel temps on prend, comment est-ce qu'on anticipe les points importants de l'ordre du jour pour ne pas être pris par les priorités des uns et des autres. Il fallait aller vite mais pour moi tout allait beaucoup trop vite. Je n'ai pas l'impression que ce soit des conditions idéales pour que le gouvernement puisse digérer l'information et puisse en faire une communication claire, réfléchie et posée. J'ai trouvé ça sauvage par moment. Je pense qu'anticiper une méthode de travail ou un rythme de communication plus posé aurait peut-être aidé. Cela n'a pas rendu les choses faciles ni pour les experts, ni pour le gouvernement." "Il aurait fallu une communication beaucoup plus directe sur les jeunes et les enfants mais aussi avoir une communication plus empathique et plus d'actions envers les personnes sous le seuil de pauvreté" souligne l'experte.

Le manque d'équilibre entre l'économique et d'autres pans de la société est également évoqué par l'experte du Gees. "Il y a l'économie mais il y a aussi l'éducation par exemple. Cet équilibre a manqué dans l'intérêt politique au cours de ces mois."

Retour aux urnes

Nicolas De Decker, journaliste au Vif, pointe une grosse surprise dans les réponses des sondés: leur volonté de retourner aux urnes. Aussi bien du côté francophone que du côté néerlandophone. "Un constat qui n'est pas en accord avec ce qu'on entend dans le monde politique depuis plusieurs mois." De nouvelles élections, une conclusion que pointe également la politologue du Crisp Caroline Sagesser. "Aujourd'hui les enjeux sont extrêmement différents des enjeux d'hier. C'est un moment bien choisi pour retourner aux urnes. Ca semblerait une démarche logique et légitime. Une réforme de l'Etat risque également de revenir sur la table avec une volonté de changer la façon dont on travaille."

"Jusqu'ici cette crise a renforcé chacun dans ses opinions, dans ses priorités." Pour ce qui est de savoir si la Belgique de demain sera différente de celle d'avant la crise, la politologue se dit cynique. "Je ne pense pas que la crise ait été assez meurtrière que pour imposer à la société un électrochoc qui aurait fait changé son logiciel de réflexion."

> Le retour à l'école, plus grosse différence entre Flamands et francophones: analyse

Maggie De Block humiliée, Sophie Wilmès confortée, les experts plébiscités. C'est ce qui ressort de notre sondage exclusif Le Vif/L'Express-Knack-LN24 sur la manière dont les Belges jugent la gestion de la crise du coronavirus par le monde politique et les experts. Des résultats débattus ce mercredi soir sur LN24. Parmi les intervenants, Nicolas De Decker, journaliste du Vif/L'Express, Céline Nieuwenhuys, membre du Gees, Yves Van Laethem, infectiologue et porte-parole interfédéral Covid-19, Caroline Sagesser, politologue au Crisp et Johan Condijts, directeur de l'information sur LN24.Les experts sortent gagnants de notre sondage exclusif. Une conclusion qui ne surprend pas l'infectiologue Yves Van Laethem. "Ce qu'on disait était une certaine vérité scientifique. La population s'est peut-être plus revue dans quelque chose de clair que dans les divergences politiques. La popularité des experts est quelque chose qu'on a senti venir, qu'on a senti monter aux cours des semaines. L'expert est là pour expliciter, où et quand il le faut, quelle est la situation et de proposer au citoyen différentes pistes. L'expert n'est pas là pour être sanctifié et il ne faut pas mélanger expert et politique, ce n'est pas la même chose. L'un n'est pas là pour remplacer l'autre." Un constat que partage Céline Nieuwenhuys, experte du Gees: "Les experts donnent une série de conseils et c'est le politique qui tranche. On a pu se rendre compte que certaines mesures que nous proposions n'étaient pas toujours adéquates. Heureusement que l'avis des experts ne s'imposait pas aux politiques. Heureusement que c'est le politique, avec son regard, qui a continué à trancher.""C'était important d'avoir ces personnes qui étaient moins soumises au pressions", évoque l'experte du Gees. "En tout cas, des personnes qui n'étaient pas redevables à un électorat. L'expérience d'avoir autour de la table des personnes qui sont amenés à proposer des solutions pour des problématiques très complexes, qui ne sont pas soumis à l'électorat et qui en plus ont des formations et des sensibilités très différentes, est très intéressante. Et elle pourrait inspirer. La teneur et la hauteur des débats était intéressante et je ne suis pas certaine qu'elle l'était autant au niveau des politiques. Tous les experts sont ancrés au niveau professionnel. On a tous un métier et nous n'étions pas payés pour cette mission. On était ancré dans la vie réelle via notre profession. Ce qui n'est parfois plus du tout le cas des politiques qui sont totalement désincarnés de la vie réelle. Et parfois plus sensibles aux pressions, aux lobbies, que les experts."Dans le sondage, l'action du politique dans son ensemble est particulièrement mal jugé. Avec un point d'orgue pour Maggie De Block, accablée par notre sondage auquel elle a réagi ce mercredi. "Elle dit elle-même que son parti ne lui demandera sans doute plus d'être ministre. Cela veut dire qu'elle se rend compte de cette baisse de popularité mais aussi qu'un certain nombre d'erreurs ont été commises pendant la crise. Cela n'a donc rien de surprenant que ce soit une personnalité que les Belges ne veulent plus voir jouer un rôle à l'avenir" explique la politologue Caroline Sagesser.Exception faite de Sophie Wilmès. "C'est une personnalité politique neuve" explique Johan Condijts, directeur de l'information de LN24. "Le fait qu'elle ait été mise sur le devant de la scène tardivement fait qu'elle est considérée comme quelqu'un de nouveau et peut-être de moins politique."Une méfiance envers les politiques qui s'accentue chez les sondés francophones. "Un constat qui n'est pas surprenant et qui s'inscrit dans la durée" selon la politologue Caroline Sagesser. "Il y a quand même une clarté institutionnelle côté flamand, on a un gouvernement flamand. Cela permet une meilleure qualité du lien entre le gouvernement et le citoyen. "Quand on a plusieurs gouvernements, on a plutôt tendance à ne pas les aimer parce qu'on ne sait pas ce qu'ils font" rajoute Nicolas De Decker.Selon l'infectiologue Yves Van Laethem, "les communications tous les trois à sept jours pour donner des avis fort divergents sans qu'on sache pourquoi cela a changé" pose problème. Un problème de méthode de travail "trop légère" est pointé par Céline Nieuwenhuys, experte du Gees. "Comment on discute, qui prend les décisions, quel temps on prend, comment est-ce qu'on anticipe les points importants de l'ordre du jour pour ne pas être pris par les priorités des uns et des autres. Il fallait aller vite mais pour moi tout allait beaucoup trop vite. Je n'ai pas l'impression que ce soit des conditions idéales pour que le gouvernement puisse digérer l'information et puisse en faire une communication claire, réfléchie et posée. J'ai trouvé ça sauvage par moment. Je pense qu'anticiper une méthode de travail ou un rythme de communication plus posé aurait peut-être aidé. Cela n'a pas rendu les choses faciles ni pour les experts, ni pour le gouvernement." "Il aurait fallu une communication beaucoup plus directe sur les jeunes et les enfants mais aussi avoir une communication plus empathique et plus d'actions envers les personnes sous le seuil de pauvreté" souligne l'experte.Le manque d'équilibre entre l'économique et d'autres pans de la société est également évoqué par l'experte du Gees. "Il y a l'économie mais il y a aussi l'éducation par exemple. Cet équilibre a manqué dans l'intérêt politique au cours de ces mois."Nicolas De Decker, journaliste au Vif, pointe une grosse surprise dans les réponses des sondés: leur volonté de retourner aux urnes. Aussi bien du côté francophone que du côté néerlandophone. "Un constat qui n'est pas en accord avec ce qu'on entend dans le monde politique depuis plusieurs mois." De nouvelles élections, une conclusion que pointe également la politologue du Crisp Caroline Sagesser. "Aujourd'hui les enjeux sont extrêmement différents des enjeux d'hier. C'est un moment bien choisi pour retourner aux urnes. Ca semblerait une démarche logique et légitime. Une réforme de l'Etat risque également de revenir sur la table avec une volonté de changer la façon dont on travaille.""Jusqu'ici cette crise a renforcé chacun dans ses opinions, dans ses priorités." Pour ce qui est de savoir si la Belgique de demain sera différente de celle d'avant la crise, la politologue se dit cynique. "Je ne pense pas que la crise ait été assez meurtrière que pour imposer à la société un électrochoc qui aurait fait changé son logiciel de réflexion."> Le retour à l'école, plus grosse différence entre Flamands et francophones: analyse