Monsieur le Premier ministre,

Les fêtes de fin d'année me donnent un heureux prétexte pour prendre contact avec vous. Votre fonction est difficile et lourde à porter, je n'en doute pas. C'est pourquoi je vous souhaite de pouvoir prendre les décisions qui seront bénéfiques pour le plus grand nombre des citoyens alignées avec la personne que vous souhaitez être.

J'aimerais profiter de cette occasion pour partager avec vous les réflexions qui murissent depuis de longs mois au regard des crises que nous vivons : sanitaires, économiques, écologiques, sociales... et démocratiques.

Je m'interroge sur la position à prendre face aux défis terrifiants qui se dressent devant nous, les décisions prises qui influencent directement nos vies et nous laissent démunis. Je suis passée par la révolte, le déni, l'espérance d'un monde différent et d'une transition, par la tristesse, la colère, la rage puis enfin la résignation.

A quoi bon ? A quoi bon me battre contre des circonstances plus fortes que moi ? En quoi puisje encore croire ?

Et puis au hasard d'une balade en solitaire ce 25 décembre, je suis rentrée dans l'église de ma petite ville, et y ai découvert un "arbre à intentions". Chaque visiteur pouvait y laisser un merci, une demande, une prière. Il était généreusement fournis de mots d'espoir, des demandes, des remerciements, en anglais, en néerlandais, en français... Tous avec, au final, le même message : "Merci parce que je suis aimée et en bonne santé ! Je souhaite plus d'humanité, de solidarité et d'amour ! Je souhaite qu'on prenne soin de la planète, qu'on prenne soin du vivant, des gens, de notre liberté."

C'est donc, très humblement, que j'ai ressenti la nécessité de vous transmettre ces demandes.

Ces derniers temps, beaucoup d'entre nous ont l'impression que les valeurs d'amour, de respect de la nature, de bienveillance, de douceur, de responsabilité collective face aux défis qui s'adressent à nous, sont mises de côté. Je pense, peut-être naïvement, que ce n'est pas une mauvaise intention de votre part, vous, qui dirigez ce pays, mais un simple oubli à force d'être la tête dans le guidon, ou une obstination à vouloir éradiquer la pandémie sans en mesurer le prix, notamment psychosocial, à payer par vos concitoyens. Depuis le début de la crise, des études ont montré que le nombre de jeunes souffrant d'anxiété / dépression a doublé !

Les discours que nous entendons chaque jour via les médias, portent à croire qu'au nom d'une crise sanitaire et de tous les enjeux, cachés ou non (économiques, lobbying, politiques) qui y attiennent, vous êtes prêts à sacrifier de nombreux Belges, en particulier ceux qui étaient déjà vulnérables ou en situation précaire avant la crise, ceux dont le métier vous échappe, ceux qui sont trop petits, que vous ne voyez pas ou qui ont une opinion différente de la vôtre face à la complexité de ce qui se joue actuellement.

Plutôt que de valoriser le travail des soignants, de trouver des solutions pour améliorer leur condition de travail, vous les menacez de les priver des effectifs qui choisissent de ne pas se faire vacciner. Ces non-vaccinés (dont je ne fais pas partie), depuis le début de cette crise folle, ont été rangés dans la case des idiots et des complotistes, plutôt que d'être vraiment écoutés... alors que ce qu'ils ont à dire n'est peut-être pas complètement dénué de sens ou sans intérêt.

Depuis deux ans, vous avez restreint voire privé le secteur culturel de sa liberté d'action, de son devoir de garantir les droits culturels des citoyens, en allant parfois à l'encontre même de l'avis des précieux experts qui se démènent pour imaginer et proposer des mesures justes, nécessaires et permettant l'adhésion du plus grand nombre.

Vous devez savoir combien chaque acteur, chaque artiste a donné de sa personne pour se réinventer. Ils ont travaillé dur ou se sont serré la ceinture pour garantir la sécurité sanitaire du public. Je parle ici d'un secteur que je connais bien, mais la question se pose aussi pour d'autres secteurs comme l'horeca ou le monde de la nuit.

Si au début de la crise, tout le monde a adhéré aux mesures de fermeture, de confinement, c'est parce que nous étions tous dans la même sidération, nous vivions une situation inédite et le tâtonnement était normal. Nous manquions de recul, d'outils, de connaissances.

Aujourd'hui, alors que le travail reste délicat, incertain, nous y voyons plus clair. Priver des gens de leur travail, de contribuer à la société, quand ce serait pourtant possible avec des protocoles de sécurité adéquats, c'est du gâchis, ou pire, c'est ouvrir la voie aux dérives populistes et violentes.

En cette période de fête, mais aussi de peur face à une nouvelle vague de malades, de déprimés, de résignés et de désobéissance, j'ai donc envie de vous poser la question qui devrait être au coeur de votre engagement politique ainsi que celui de vos collègues : quelle est votre vision pour la Belgique de demain ? Dans quel monde avez-vous envie de vivre ?

Dans un monde où on oppose santé et culture ? Wallons et Flamands ? Pro et anti-vaccins ? Ecologie, bien-être et économie ? Éducation et autonomie ? Liberté et sécurité ? Monde politique et société ? Hommes et femmes ?

J'aimerais croire que lorsque vous aurez à prendre d'autres décisions - et je sais combien il s'agit d'un exercice complexe - vous et vos équipes garderez cette interrogation en tête, en étant ouvert au large champs des possibles qu'il offre.

Quel monde a-t-on envie de façonner ?

Comment veiller au bien-être de tous les citoyens et les faire adhérer à un but collectif sans passer par des mesures gratuitement liberticides ? Et surtout, comment valoriser la multitude des talents (économiques, politiques, scientifiques, éducatifs, logistiques et sanitaires mais aussi philosophiques, sociologiques, spirituels et créatifs) dans la poursuite de ces buts communs : vivre dans un monde guéri, plus humain, qui prend soin du vivant et veille au bien-être de tous.

Les artistes, enseignants, restaurateurs, organisateurs de fêtes, tous ceux dont le métier est de rassembler et qui voient leur travail mis à la poubelle ont peut-être aussi un rôle à jouer : celui d'aider à construire une nouvelle histoire, de nouveaux possibles, d'amener chaque personne à réfléchir et agir en conscience, avec responsabilité et liberté, pour la VIE.

Pour ma part, j'ai décidé d'adopter cette conduite dans les mois à venir, vivre en étant plus solidaire, en faisant ma part, en faisant mon travail de citoyenne, d'artiste et de travailleuse dans le secteur culturel, avec toujours ces valeurs en ligne de mire "l'amour, l'humilité de ne pas tout savoir et le bien-être (personnel, collectif, écologique)... quitte à désobéir si les mesures proposées me semblent abusives et en désaccord avec ces valeurs. Je pense que de plus en plus de Belges, s'ils ne cèdent pas au désespoir et à une rage compréhensible mais destructrice, vont suivre ce chemin, c'est aussi pour cela que je vous écris. Parce que si je ne participe pas aux manifestations d'opposition, c'est parce que je serai occupée aux tâches qui sont les miennes, à faire mon travail et à ce qui me semble faire sens, à utiliser mon pouvoir personnel dans des actions qui contribueront je l'espère, même petitement, à rendre le monde qui m'entoure un peu plus supportable.

Quoique les chemins pour accéder à ces idéaux soient propres à chacun, nous sommes très nombreux à les poursuivre. Et pour éviter des révolutions sanglantes et un détricotage social chaotique, vous vous devez d'être à l'écoute et d'assurer non seulement la sécurité physique de chacun, mais aussi la santé mentale, l'espérance en l'avenir et les droits humains, écologiques et démocratiques de la population dont vous portez la responsabilité.

A défaut d'être écoutée, j'espère au moins que vous aurez entendu ces quelques mots, et qu'ils résonneront au coeur de vos débats en 2022.

Je vous souhaite de belles fêtes et une nouvelle année éclairée,

Hélène Bodart Citoyenne, artiste et travailleuse culturelle

Monsieur le Premier ministre, Les fêtes de fin d'année me donnent un heureux prétexte pour prendre contact avec vous. Votre fonction est difficile et lourde à porter, je n'en doute pas. C'est pourquoi je vous souhaite de pouvoir prendre les décisions qui seront bénéfiques pour le plus grand nombre des citoyens alignées avec la personne que vous souhaitez être. J'aimerais profiter de cette occasion pour partager avec vous les réflexions qui murissent depuis de longs mois au regard des crises que nous vivons : sanitaires, économiques, écologiques, sociales... et démocratiques. Je m'interroge sur la position à prendre face aux défis terrifiants qui se dressent devant nous, les décisions prises qui influencent directement nos vies et nous laissent démunis. Je suis passée par la révolte, le déni, l'espérance d'un monde différent et d'une transition, par la tristesse, la colère, la rage puis enfin la résignation.A quoi bon ? A quoi bon me battre contre des circonstances plus fortes que moi ? En quoi puisje encore croire ? Et puis au hasard d'une balade en solitaire ce 25 décembre, je suis rentrée dans l'église de ma petite ville, et y ai découvert un "arbre à intentions". Chaque visiteur pouvait y laisser un merci, une demande, une prière. Il était généreusement fournis de mots d'espoir, des demandes, des remerciements, en anglais, en néerlandais, en français... Tous avec, au final, le même message : "Merci parce que je suis aimée et en bonne santé ! Je souhaite plus d'humanité, de solidarité et d'amour ! Je souhaite qu'on prenne soin de la planète, qu'on prenne soin du vivant, des gens, de notre liberté."C'est donc, très humblement, que j'ai ressenti la nécessité de vous transmettre ces demandes. Ces derniers temps, beaucoup d'entre nous ont l'impression que les valeurs d'amour, de respect de la nature, de bienveillance, de douceur, de responsabilité collective face aux défis qui s'adressent à nous, sont mises de côté. Je pense, peut-être naïvement, que ce n'est pas une mauvaise intention de votre part, vous, qui dirigez ce pays, mais un simple oubli à force d'être la tête dans le guidon, ou une obstination à vouloir éradiquer la pandémie sans en mesurer le prix, notamment psychosocial, à payer par vos concitoyens. Depuis le début de la crise, des études ont montré que le nombre de jeunes souffrant d'anxiété / dépression a doublé ! Les discours que nous entendons chaque jour via les médias, portent à croire qu'au nom d'une crise sanitaire et de tous les enjeux, cachés ou non (économiques, lobbying, politiques) qui y attiennent, vous êtes prêts à sacrifier de nombreux Belges, en particulier ceux qui étaient déjà vulnérables ou en situation précaire avant la crise, ceux dont le métier vous échappe, ceux qui sont trop petits, que vous ne voyez pas ou qui ont une opinion différente de la vôtre face à la complexité de ce qui se joue actuellement. Plutôt que de valoriser le travail des soignants, de trouver des solutions pour améliorer leur condition de travail, vous les menacez de les priver des effectifs qui choisissent de ne pas se faire vacciner. Ces non-vaccinés (dont je ne fais pas partie), depuis le début de cette crise folle, ont été rangés dans la case des idiots et des complotistes, plutôt que d'être vraiment écoutés... alors que ce qu'ils ont à dire n'est peut-être pas complètement dénué de sens ou sans intérêt. Depuis deux ans, vous avez restreint voire privé le secteur culturel de sa liberté d'action, de son devoir de garantir les droits culturels des citoyens, en allant parfois à l'encontre même de l'avis des précieux experts qui se démènent pour imaginer et proposer des mesures justes, nécessaires et permettant l'adhésion du plus grand nombre. Vous devez savoir combien chaque acteur, chaque artiste a donné de sa personne pour se réinventer. Ils ont travaillé dur ou se sont serré la ceinture pour garantir la sécurité sanitaire du public. Je parle ici d'un secteur que je connais bien, mais la question se pose aussi pour d'autres secteurs comme l'horeca ou le monde de la nuit. Si au début de la crise, tout le monde a adhéré aux mesures de fermeture, de confinement, c'est parce que nous étions tous dans la même sidération, nous vivions une situation inédite et le tâtonnement était normal. Nous manquions de recul, d'outils, de connaissances. Aujourd'hui, alors que le travail reste délicat, incertain, nous y voyons plus clair. Priver des gens de leur travail, de contribuer à la société, quand ce serait pourtant possible avec des protocoles de sécurité adéquats, c'est du gâchis, ou pire, c'est ouvrir la voie aux dérives populistes et violentes. En cette période de fête, mais aussi de peur face à une nouvelle vague de malades, de déprimés, de résignés et de désobéissance, j'ai donc envie de vous poser la question qui devrait être au coeur de votre engagement politique ainsi que celui de vos collègues : quelle est votre vision pour la Belgique de demain ? Dans quel monde avez-vous envie de vivre ? Dans un monde où on oppose santé et culture ? Wallons et Flamands ? Pro et anti-vaccins ? Ecologie, bien-être et économie ? Éducation et autonomie ? Liberté et sécurité ? Monde politique et société ? Hommes et femmes ? J'aimerais croire que lorsque vous aurez à prendre d'autres décisions - et je sais combien il s'agit d'un exercice complexe - vous et vos équipes garderez cette interrogation en tête, en étant ouvert au large champs des possibles qu'il offre. Quel monde a-t-on envie de façonner ? Comment veiller au bien-être de tous les citoyens et les faire adhérer à un but collectif sans passer par des mesures gratuitement liberticides ? Et surtout, comment valoriser la multitude des talents (économiques, politiques, scientifiques, éducatifs, logistiques et sanitaires mais aussi philosophiques, sociologiques, spirituels et créatifs) dans la poursuite de ces buts communs : vivre dans un monde guéri, plus humain, qui prend soin du vivant et veille au bien-être de tous. Les artistes, enseignants, restaurateurs, organisateurs de fêtes, tous ceux dont le métier est de rassembler et qui voient leur travail mis à la poubelle ont peut-être aussi un rôle à jouer : celui d'aider à construire une nouvelle histoire, de nouveaux possibles, d'amener chaque personne à réfléchir et agir en conscience, avec responsabilité et liberté, pour la VIE. Pour ma part, j'ai décidé d'adopter cette conduite dans les mois à venir, vivre en étant plus solidaire, en faisant ma part, en faisant mon travail de citoyenne, d'artiste et de travailleuse dans le secteur culturel, avec toujours ces valeurs en ligne de mire "l'amour, l'humilité de ne pas tout savoir et le bien-être (personnel, collectif, écologique)... quitte à désobéir si les mesures proposées me semblent abusives et en désaccord avec ces valeurs. Je pense que de plus en plus de Belges, s'ils ne cèdent pas au désespoir et à une rage compréhensible mais destructrice, vont suivre ce chemin, c'est aussi pour cela que je vous écris. Parce que si je ne participe pas aux manifestations d'opposition, c'est parce que je serai occupée aux tâches qui sont les miennes, à faire mon travail et à ce qui me semble faire sens, à utiliser mon pouvoir personnel dans des actions qui contribueront je l'espère, même petitement, à rendre le monde qui m'entoure un peu plus supportable.Quoique les chemins pour accéder à ces idéaux soient propres à chacun, nous sommes très nombreux à les poursuivre. Et pour éviter des révolutions sanglantes et un détricotage social chaotique, vous vous devez d'être à l'écoute et d'assurer non seulement la sécurité physique de chacun, mais aussi la santé mentale, l'espérance en l'avenir et les droits humains, écologiques et démocratiques de la population dont vous portez la responsabilité. A défaut d'être écoutée, j'espère au moins que vous aurez entendu ces quelques mots, et qu'ils résonneront au coeur de vos débats en 2022. Je vous souhaite de belles fêtes et une nouvelle année éclairée, Hélène Bodart Citoyenne, artiste et travailleuse culturelle