Mal aimée car non désirée, mal advenue car mal conçue, la coalition Vivaldi était déjà cabossée avant d'arriver. Elle se prépare pourtant à régner quatre ans sur la Belgique. Sans séparatistes flamands mais avec des gens qui ne voulaient pas faire sans les séparatistes flamands, avec des gens qui voulaient faire sans les séparatistes flamands, et des gens qui ont tenté de le faire avec les séparatistes flamands.
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Mal aimée car non désirée, mal advenue car mal conçue, la coalition Vivaldi était déjà cabossée avant d'arriver. Elle se prépare pourtant à régner quatre ans sur la Belgique. Sans séparatistes flamands mais avec des gens qui ne voulaient pas faire sans les séparatistes flamands, avec des gens qui voulaient faire sans les séparatistes flamands, et des gens qui ont tenté de le faire avec les séparatistes flamands. Sans séparatistes flamands mais avec des Flamands et des Wallons, avec des gens de gauche et des gens de droite, avec des socialistes et des libéraux, avec des écologistes et des sociaux-chrétiens, avec sept partis et 87 députés. C'est un nouveau gouvernement exceptionnellement déséquilibré que va connaître la Belgique, après les quatre années déjà terribles du gouvernement Michel. La suédoise avait choisi d'associer la N-VA au pouvoir, pour mettre en oeuvre un programme de droite et pour la distraire de ses aspirations séparatistes. Les élections qui s'ensuivirent, en mai 2019, haussèrent le vote nationaliste flamand, N-VA et Vlaams Belang cumulés, à un seuil historique : siègent aujourd'hui à la Chambre des représentants de Belgique 43 députés séparatistes. La Vivaldi, elle, appliquera un programme à la ligne brisée pour éviter à leurs aspirations de triompher. Elle est responsable devant l'histoire au moins autant que devant les électeurs. Le suffrage de 2024 mettra comme jamais la Belgique en jeu et son unité en péril. D'elle, de ses sept partis si opposés, de leurs sept présidents si inexpérimentés, de ses quinze ministres si dépareillés, de son opposition si puissante, dépend un pays pas encore bicentenaire. Ni budgétaire, ni parlementaire, son évaluation sera anniversaire : Vivaldi aura réussi si, en 2030, la Belgique peut encore fêter 200 ans debout. Alors, elle ne sera plus jugée sur ses piteux dix-huit mois de gestation. Ni sur les maladresses, les malfaçons et les malédictions des présidents de parti qui l'ont conçue parfois sans la vouloir. Jusqu'au bout du bout a prévalu cette impression qu'ils s'entêtaient à enfoncer des pièces carrées dans des trous ronds. Ça avait été long. Aussi loin que l'on remonte dans sa conception et dans sa gestation, il y avait des pièces trop carrées enfoncées dans des trous tout ronds. Au soir du 28 septembre encore, au palais d'Egmont, alors que chacun s'attendait à y passer la nuit, les négociateurs des cinq autres partis étaient libérés par les deux coformateurs, Alexander De Croo (Open VLD) et Paul Magnette (PS). Le libéral flamand et le socialiste wallon devaient s'accorder sur une trajectoire budgétaire sans doute intenable, mais nécessaire, qu'il fallait ensuite, le lendemain, soumettre en plénière. Avant ça, il avait fallu à Egbert Lachaert (Open VLD) et Conner Rousseau (SP.A) passer outre Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V), qui ne voulaient pas voir Alexander De Croo et Paul Magnette désignés par le roi. Ils le firent et le libéral wallon et le social-chrétien flamand écrasèrent. Avant ça encore, il avait fallu calmer Georges-Louis Bouchez, qui exaspérait ses homologues en refusant, avec un émouvant systématisme, de concéder quoi que ce fût, et qui donnait 100 % de chances à Sophie Wilmès de rester Première ministre alors qu'elle n'en avait plus aucune. Avant ça encore, il avait fallu calmer Joachim Coens, qui n'était prêt à détacher son parti de la N-VA qu'au prix de garanties en vue d'une future réforme de l'Etat et de l'arrêt brutal du processus législatif de libéralisation de l'avortement. Et encore ça, ne l'avait pas vraiment calmé. Avant ça encore, il avait fallu qu'en août la N-VA ne veuille pas négocier avec Georges-Louis Bouchez et qu'Egbert Lachaert ne veuille pas négocier sans Georges-Louis Bouchez, alors que depuis deux ans au moins les libéraux ensemble disaient que leur priorité absolue était de poursuivre le travail de la suédoise avec la N-VA. Avant ça encore, il avait fallu rassembler écologistes et libéraux pour démolir un projet d'accord de gouvernement négocié par Paul Magnette et Bart De Wever sous les bienveillants auspices du Palais royal. En mai encore, Georges-Louis Bouchez avait raconté préférer voir Ben Weyts (N-VA) plutôt que Caroline Désir (PS) au ministère francophone de l'Enseignement. En juillet, même, il lançait, avec Egbert Lachaert et Joachim Coens, une mission "Arizona" censée forcer Paul Magnette a enfin devoir négocier avec la N-VA afin de ne pas devoir a) gouverner sans la N-VA et b) gouverner avec les verts. Avant ça encore, il avait fallu convaincre Alexander De Croo, qui s'y était, comme Egbert Lachaert, opposé en novembre 2019, qu'il était inévitable que leur parti dût lâcher la N-VA. Avant ça encore, il avait fallu faire échouer Conner Rousseau et Paul Magnette, et ce ne fut pas trop difficile car ils proposaient à un gouvernement socialiste - libéral - social-chrétien qui ne disposait pas de la majorité à la Chambre des représentants, ce qui fait qu'ils ne trouvèrent pas de majorité à la Chambre des représentants pour soutenir leur initiative. Avant ça encore, il avait fallu laisser la N-VA refuser de voter la confiance au gouvernement temporaire de Sophie Wilmès, limité à six mois et soutenu par neuf autres partis démocratiques tout en l'associant à ses travaux, et il avait fallu la laisser quitter la dernière séance du kern auquel elle était associée sans lui en tenir rigueur. Avant ça encore, il avait fallu empêcher Paul Magnette de constituer un gouvernement d'urgence avec la N-VA juste au moment où le Conseil national de sécurité décidait de confiner la Belgique : son parti s'y opposa si fermement qu'il ne put le convaincre de faire ce qu'il avait promis qu'il ne ferait jamais. Il avait fallu que tous se dédisent plusieurs fois, le PS qui avait juré de ne jamais aller au gouvernement avec la N-VA, et le CD&V, l'Open VLD et même le MR, qui avaient juré de ne jamais aller au gouvernement sans la N-VA. Il avait fallu que les verts, qui étaient les seuls à n'avoir jamais changé de ligne, la tinssent ferme, et que les autres se résolussent à, discrètement, la coller eux aussi. Et avant ça encore, il y avait fallu le coronavirus et ses dix mille morts, et il avait fallu des élections présidentielles qui avaient remplacé les présidents d'absolument tous les partis de l'actuelle Vivaldi, Meyrem Almaci (Groen) exceptée. Il avait fallu entre eux des insultes carrées et des malédictions rondes, des trahisons obliques et des menaces tangentes. Ça avait été dur depuis le début, ça le serait encore pour longtemps, mais enfin ça y était. Ainsi est née la Vivaldi. Personne ne l'aime. Elle est mal préparée et malvenue. Son casting s'est noué dans une frénétique précipitation. Et son programme, qui aurait pu se boucler paisiblement si les uns et les autres avaient reconnu plus tôt qu'elle était la seule piste praticable, a été terminé dans l'urgence alors que chacun savait depuis longtemps sur quoi les autres buteraient. Encadré par cette remarquable symétrie qui fait trouver ses projets beaucoup trop à droite au PTB, et beaucoup trop à gauche à la N-VA et au Vlaams Belang, l'accord de gouvernement de la Vivaldi est porté, par la force gravitationnelle de l'heptapartite, vers le centre. Les dernières heures avant l'accord entre Alexander De Croo et Paul Magnette se sont prolongées, au fil de dures bilatérales au palais d'Egmont, autour d'une dissension pécuniaire, les socialistes poussant aux dépenses sociales et à une fiscalité plus redistributrice, les libéraux les repoussant. Des étincelles entre ces deux coformateurs, la lumière ne pouvait briller que vers le milieu. Les écologistes et même le CD&V (son aile démocrate-chrétienne, Beweging.net, était un partisan discret mais opiniâtre d'un exécutif sans la N-VA) ont pu aider Paul Magnette à peser plus que les 28 sièges de la famille socialiste. Mais les libéraux avaient le dernier mot, si bien que beaucoup des grandes revendications socialistes durent être abandonnées tandis que pas mal des ambitions libérales ne purent même pas être énoncées. C'est ainsi que pour situer politiquement le programme socio-économique de cette Vivaldi, sans doute vaut-il mieux commencer par lister ce qu'il ne contient pas que d'énumérer ce qu'il recèle. Car ce qui arrange ainsi très bien le PTB, c'est que l'exigence de campagne socialiste de replacer l'âge légal de la retraite à 65 ans a été promptement abandonnée. Tant Paul Magnette qu'Elio Di Rupo, pourtant, en avaient fait une condition pour jamais remonter au gouvernement fédéral. A peine nommé préformateur royal, en novembre 2019, et tout juste élu président du PS, Paul Magnette s'empressa de discrètement baisser ce drapeau. La hausse du salaire minimum à 14 euros de l'heure, qui nécessite une modification de la loi sur la compétitivité de 1996, ne figure pas plus dans l'accord des quatre saisons : une circulaire interprétative rendra un peu de latitude aux interlocuteurs sociaux, patrons et syndicats, pour négocier des augmentations barémiques. Mais rien ne dit que le banc syndical pourra imposer sa volonté, et beaucoup dit qu'il ne le pourra pas. L'imprécision de la formulation stipulant, dans l'accord, que "le gouvernement demandera une contribution équitable aux individus qui ont la plus grande capacité contributive", sans que soit établie une méthode pour y parvenir, sinon qu'une "proposition sera introduite lors du prochain contrôle budgétaire" fait elle aussi déjà les délices du PTB, qui la traite comme ce qu'elle sera : un slogan. Un slogan qui arrange également très bien la N-VA, puisqu'elle pourra, postulant que sur les épaules les plus larges reposent des têtes qui parlent néerlandais, établir que ce gouvernement veut financer le hamac des pauvres Wallons avec l'argent des riches Flamands. Le parti dont " le Voka est le vrai patron ", selon la formule de Bart De Wever, soulignera également une absence pesante pour les libéraux dans la feuille de route de la législature : on ne trouvera pas de réductions significatives de la fiscalité, sur le travail en particulier, quand bien même le nouveau gouvernement s'engage à réfléchir à une nouvelle réforme fiscale, budgétairement neutre, qui devrait "réduire la charge sur le travail". Les bleus en avaient pourtant, après le tax-shift et la réduction de l'impôt des sociétés, fait l'axe principal de leurs campagnes. Le MR plaidait même pour un choc fiscal à dix milliards d'euros de baisses d'impôts : " On va rendre au minimum 1 000 euros de salaire annuel net aux citoyens ", s'engageait, en avril 2019, Charles Michel. Dans le gouvernement qui succède au sien, et auquel participe son parti, il n'y en aura que pour quelques centaines de millions d'euros, consacrés à alléger la déclaration des PME et des indépendants qui investiraient. L'accord du gouvernement Vivaldi ne contient pas non plus le désaveu formel des politiques menées par la suédoise. Il ne revient pas non plus sur les plus emblématiques de ses réformes, et c'est déjà une victoire pour les trois formations qui y participèrent, MR, Open VLD et CD&V. Mais celles-ci, et en particulier les libérales, ont dû concéder, en échange de cette immunité, des dépenses qui, d'ores et déjà, établissent que le ministre dont le bilan sera, en 2024, le plus critiqué, sera celui du Budget. Ce sont ces nouvelles dépenses que les socialistes opposeront aux invectives du PTB et aux objurgations de la FGTB. La pension minimale après une carrière complète sera en effet bien élevée à 1 500 euros net, et cela coûtera cher à la cassette publique - on parle de trois milliards d'euros par an à la fin de la législature. Les allocations les plus basses seront hissées au niveau du seuil de pauvreté - on parle d'un peu plus d'un milliard d'euros par an à la fin de la législature, quand bien même on en parlait déjà dans la déclaration de politique générale du gouvernement Michel. La dotation d'équilibre de la sécurité sociale, puisée dans le budget fédéral lorsque celui de l'ONSS présente, comme de plus en plus souvent, un déficit, redeviendra automatique - on parle de plusieurs milliards par an tout au long de la législature. Ce sont, du point de vue socialiste, trois importantes avancées, que les libéraux n'ont pu contrer : lorsqu'elle négociait avec le seul PS, la N-VA les avait déjà acceptées, et les écologistes les ont toujours soutenues. La fixation de la norme de croissance du budget des soins de santé à 2,5 % annuels également, qui, pour correspondre aux besoins estimés par le Bureau du Plan, n'en était pas moins en théorie descendue à 1,5 % sous le gouvernement fédéral précédent. Mais ce ne seront pas, du point de vue du PTB, de fort disruptives conquêtes. Celui-ci pourra même s'attribuer la consolidation du fonds " blouses blanches ", voté par une majorité alternative à la fin 2019 et pérennisé depuis ce printemps terrible où les travailleurs de la santé étaient applaudis depuis nos balcons tandis que certains d'entre eux tournaient le dos à une Première ministre arrivant en visite officielle dans un hôpital bruxellois. Le refinancement et les réinvestissements promis dans des services publics régaliens qui en crient besoin depuis des années, verront plusieurs centaines de millions d'euros annuels abonder les budgets de la justice et de la police, mais entre ce qui aura été fait mais n'aura pas été suffisant et ce qui aura été fait parce que le PTB l'a réclamé, Raoul Hedebouw se dit qu'il passera encore quatre belles années dans l'opposition fédérale.Issus d'un compromis noué entre socialistes et libéraux principalement, ces dispositifs socio-économiques qui compensent sans révolutionner inclinent bien vers le centre. Ils correspondent plutôt au programme du CD&V qu'à celui des verts, mais aucune de ces deux familles ne pourra en tirer vraiment un bénéfice politique. C'est pourquoi le CD&V, qui dut être rétribué pour avoir si longtemps résisté à l'écartement de la N-VA, ne pouvait qu'obtenir le cynique encommissionnement des discussions sur la libéralisation de l'interruption volontaire de grossesse, qui ne sera effective que quand les sept partis de la majorité seront tous d'accord, c'est-à-dire jamais. Le chapitre institutionnel, qui ne proclame aucun tabou tout en s'engageant à préparer une profonde réforme de l'Etat pour la prochaine législature, et, surtout, le fait qu'un ministre social-chrétien soit chargé de le traduire concrètement en actes, est censé refaire du CD&V l'authentique défenseur des intérêts flamands, contre des séparatistes qui, eux, seraient réduits par leur intransigeance à de vaines gesticulations. Les verts, eux, ne sont soumis à aucune concurrence sur leurs thématiques de prédilection : il n'y aura pas dans l'opposition de formations plus écologistes que la leur, alors que socialistes, libéraux et sociaux-chrétiens souffriront d'entendre quatre ans durant des opposants plus à gauche, plus à droite ou plus flamands qu'eux. Ce confort relatif a mis Ecolo et Groen à l'aise dans la négociation. Ils ont pu s'appuyer, selon les circonstances, sur les bleus qu'ils ont sauvés lorsque la N-VA n'en voulait plus, ou sur les rouges qu'ils ont sauvés lorsque la N-VA en voulait. Après quelques semaines de ces triangulations, Jean-Marc Nollet, Rajae Maouane et Meyrem Almaci peuvent ainsi : - se vanter d'avoir monté les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à 55 % d'ici à 2030 ; - se rengorger d'avoir maintenu un engagement à fermer, fût-ce au prix de la construction de nouvelles centrales au gaz, les centrales nucléaires dès 2025 formulé lors de leur précédente participation à un gouvernement fédéral, en 2003, alors que la note conjointe de Bart De Wever et Paul Magnette prévoyait la prolongation de réacteurs ; - fanfaronner d'avoir dégagé des budgets supplémentaires pour le transport ferroviaire ; - se glorifier d'avoir empêché l'enfermement de mineurs dans des centres fermés, dont les nouvelles places ne seront à l'avenir plus occupées que par des étrangers irréguliers ayant " occasionné des nuisances ". A ces égards, sans concurrence en dehors et dotés de quelques solides compétences en dedans, l'écologiste est la mieux lotie des quatre familles de la Vivaldi. Mais entre ce qui n'a pas été budgété et ce qui sera difficilement financé, Bart De Wever et Tom Van Grieken (Vlaams Belang), eux, se plaisent à déjà rendre la Vivaldi responsable de tous les péchés de Flandre. " Nous les briserons depuis l'opposition ", a dit le premier, avant de plaindre des libéraux flamands, ses " amis bleus forcés de se mettre à genoux, d'ouvrir la bouche et d'avaler tout ce qu'il faudra ". Les Jeunes N-VA distribuent des préservatifs "Fuck Vivaldi", parce que, disent-ils, "la Flandre va se faire baiser quatre ans, alors, au moins, qu'elle se protège". Et le second a rassemblé, dimanche 27 septembre, cinq mille voitures hissant le drapeau flamingant au parking C du Heysel. Ces cinq mille automobilistes en colère avaient #nietmijnregering pour slogan. L'opposition nationaliste flamande à la Vivaldi ne sera donc pas seulement historiquement nombreuse, avec ses 43 sièges à la Chambre. Elle sera aussi historiquement violente. Sa violence sera alimentée par la surenchère à laquelle N-VA et Vlaams Belang ont déjà commencé à se livrer. Elle n'apaisera probablement pas une société aux colères incandescentes, ivre d'antipolitisme et encline à la haine. Les sondages pointent aujourd'hui déjà un Vlaams Belang à 28 %, et un bloc nationaliste, Vlaams Belang et N-VA, à tout près des 50 %. Les deux plus grands partis de Flandre ont quatre ans pour mettre leurs énormes moyens au service de la cause, contre ce gouvernement minoritaire en Flandre. Et donc, mais sans le dire, pour l'indépendance de la Flandre. Il n'empêche que cette radicalisation est, peut-être, une forme d'aubaine pour les partis de la Vivaldi. Une chance imposée par la nécessité : celle de se présenter en rempart contre l'aventure. La N-VA était parvenue, en 2010, 2014 et 2019, à propager un récit convaincant, mêlant intransigeance crâneuse et certitudes gestionnaires. En mai 2019 encore, pour trois électeurs crâneurs partis au Vlaams Belang, elle en avait récupéré un, gestionnaire, venu de l'Open VLD ou du CD&V, ce qui avait atténué sa défaite. Quatre ans de compétition avec le Vlaams Belang sur une ligne radicale pourraient lui faire perdre à la fois ses gestionnaires et ses crâneurs. Bart De Wever craint ce scénario. Il devrait se représenter à l'élection à la présidence de son parti, en octobre, pour éviter que Theo Francken ne le fasse, et fasse basculer le parti dans une radicalité qui pourrait effrayer le Flamand moyen. C'est ce Flamand moyen, de droite mais pas trop, en colère mais pas trop, opposé à la Belgique mais pas trop, que l'Open VLD et le CD&V doivent tenter de convaincre. Ils ont chacun des atouts pour cela, dans la distribution de la Vivaldi. Le CD&V parce qu'il aura obtenu des avancées institutionnelles, traduites par un renforcement des compétences de la Région flamande, pour autant qu'une prochaine réforme de l'Etat le permette. L'Open VLD parce qu'il se sera repositionné, comme au début des années 2000, comme le porte-voix des cadres, des indépendants et des entrepreneurs de Flandre. Les deux parce qu'ils auront osé refuser de s'engager dans une aventure indépendantiste dont on entendra beaucoup parler d'ici à 2024. Pas parce que la N-VA ou le Vlaams Belang en feront grande publicité, mais parce que le CD&V comme l'Open VLD devront les forcer à l'assumer. C'est ce qui les a menés à participer à cette coalition qui, mine de rien, doit sauver un pays pas encore bicentenaire. Pas parce qu'ils en ont envie mais parce qu'ils pourraient, peut-être, y trouver un intérêt.