Cela fait déjà quelques semaines que l'homme, qui incarne la N-VA comme nul autre, a perdu de sa superbe. Les membres de son parti ne l'ont jamais vu comme ça. L'homme est fatigué et il ne le cache plus. Ainsi, le 3 septembre, lors la rentrée politique de la N-VA, il semblait comme abattu. Il est vrai que, la veille, il avait dû digérer l'Avanti et que Jambon était embourbé dans l'affaire Chovanec.
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Cela fait déjà quelques semaines que l'homme, qui incarne la N-VA comme nul autre, a perdu de sa superbe. Les membres de son parti ne l'ont jamais vu comme ça. L'homme est fatigué et il ne le cache plus. Ainsi, le 3 septembre, lors la rentrée politique de la N-VA, il semblait comme abattu. Il est vrai que, la veille, il avait dû digérer l'Avanti et que Jambon était embourbé dans l'affaire Chovanec. Il n'empêche. Neuf jours plus tard, c'est encore le De Wever des mauvais jours qui se présente au conseil du parti, soit la plus haute instance de la N-VA. De Wever y reproche à son parti sa "paresse" et son "manque d'accessibilité" peut-on lire dans De Standaard.Depuis les élections, et la perte historique de 285.000 voix, De Wever voit bien que son parti n'est plus assez puissant. En tous cas, plus suffisamment pour découper le pays. Coincée entre le système (les partis de la Vivaldi), et l'anti-système déjà squatté par l'extrême droite et l'extrême gauche, la position de la N-VA est effectivement très difficile à tenir. C'est comme si le parti revivait les instants de 2010, ou la N-VA s'était fait jeter des discussions gouvernementales. Avec une différence notable: ils ont perdu leur virginité politique en siphonnant, entre autres, les voix du Vlaams Belang, dit encore le Standaard. Or, Bart et les membres de son parti ne peuvent que constater que grignoter les voix de l'extrême droite, cela ne marche plus. Cet électorat n'est plus dupe. Surtout depuis que, même après le pic électoral de 2014, ils n'ont pu prendre aucune mesure communautaire. La désillusion guette. Au point, qu'en interne, De Wever s'est déjà demandé à voix haute si tout cela n'avait pas été vain. Dans une telle situation, tout autre parti aurait changé de président. Pas la N-VA. Ici, 93% des membres ont encore plébiscité de Wever pour un quatrième mandat, allant même, pour se faire, jusqu'à modifier leurs propres statuts. S'il a été reconduit, c'est aussi parce qu'il n'y a pas de candidat-successeur tout désigné. Francken s'y voyait bien, mais il penche trop à droite pour certains. S'il postulait pour le poste, d'autres candidats se seraient présentés contre lui. Cela aurait pu conduire à une lutte interne et ouvert les hostilités entre le flanc droit du parti, personnifié par l'ancien secrétaire d'État à l'asile et aux migrations, et le flanc plus modéré. Un scénario craint comme la peste par les pontes du parti. La phobie de ces derniers est que la N-VA connaisse le même sort que la Volksunie, précurseur de la N-VA qui a fini en lambeau. Il n'y avait donc qu'une solution : que Bart reste aux manettes. Cela montre, une fois de plus, à quel point le parti et Bart De Wever sont intrinsèquement liés. En 2023, cela fera deux décennies que l'homme est à la tête du parti. En signant pour un quatrième mandat, il a pourtant promis une double opération de renouvellement. La première consiste à assurer la relève. Il s'agira, tout le monde semble s'accorder sur ce point, d'une présidence différente de celle de De Wever (qui restera tout de même le père spirituel du parti). Le parti est à la recherche de quelqu'un de la jeune génération qui ne peut pas trop facilement être mise dans un camp. On n'a, semble-t-il, pas encore trouvé la perle rare selon De Standaard. La seconde va être un recalibrage idéologique. On va repenser la N-VA. On va déterminer qu'elle est son noyau, passer en revue le style du parti, ses thématiques de prédilections ou encore ses personnalités politiques. Tout cela devrait prendre place lors d'un congrès idéologique qui pourrait avoir lieu au printemps. Avec l'idée qu'on aura une N-VA prête pour une nouvelle aire, mais aussi pour le remplaçant de De Wever. "C'est comme si un locataire passait son appartement au suivant", dit De Roover : "vous nettoyez tout en profondeur et rebouchez les trous dans le mur." Le troisième chantier de De Wever va être de déterminer le genre d'opposition que le parti compte mener. Ainsi le président n'a pas trop goûté l'opposition bruyante au parlement, mais ne pourra pas s'empêcher de cracher lui-même sur l'Open VLD lors d'une populaire émission télé. Le parti n'a visiblement pas encore trouvé quelle ligne de conduite il allait adopter, tant sur le style que sur le ton. Quant au fond, pour Bart De Wever, le parti doit trouver un moyen de remonter les électeurs sans les pousser vers le Vlaams Belang. Un exercice périlleux, d'autant plus que deux facteurs compliquent la donne. Le premier est que le parti est au pouvoir en Flandre et que le parti est très mécontent de Jambon. C'est d'autant plus gênant que beaucoup de Flamands ne distinguent pas les différents niveaux de pouvoir. De quoi sérieusement brouiller le message. La deuxième difficulté est qu'il n'existe pas de différences suffisamment fondamentales sur beaucoup de points importants entre son propre accord violet-jaune (qu'il a lui-même publié ce week-end) et la note de Vivaldi. Ou pour le dire autrement, il n'y a là pas de quoi offrir des munitions solides pour mener une opposition virulente. Reste la stratégie à long terme pour une Flandre indépendante, qui ne l'oublions pas, reste l'obsession première du parti. Sur ce point, il semble que la N-VA va laisser jouer le temps dit encore De Standaard. Car, l'accord avec le PS a peut-être échoué, mais les socialistes francophones ont montré qu'ils étaient prêts à démanteler davantage la Belgique. De quoi nourrir quelques espoirs pour l'avenir. Et pourquoi pas dès 2024.