On ne combat pas un mythe avec des faits, mais avec des histoires. "La Wallonie est dans un état pire que la Grèce", a dit Bart De Wever en proposant de l'aider à aider les milliers de sinistrés coupables de rien et victimes de tout, sans autre contrepartie que de devoir mettre en oeuvre des réformes que la Flandre germaine ne s'est jamais imposée et que la Wallonie méridionale s'inflige déjà tout en étant taxée de dilettantisme méditerranéen. La Wallonie serait comme la Grèce, et la Flandre comme la troïka.
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On ne combat pas un mythe avec des faits, mais avec des histoires. "La Wallonie est dans un état pire que la Grèce", a dit Bart De Wever en proposant de l'aider à aider les milliers de sinistrés coupables de rien et victimes de tout, sans autre contrepartie que de devoir mettre en oeuvre des réformes que la Flandre germaine ne s'est jamais imposée et que la Wallonie méridionale s'inflige déjà tout en étant taxée de dilettantisme méditerranéen. La Wallonie serait comme la Grèce, et la Flandre comme la troïka. Qu'importe si, pour toute l'année 2020, comme c'est expliqué à longueur de rapports et de statistiques officielles sur le site de l'Onem, la si rigoureuse Région flamande a radié 12 chômeurs tandis que la Wallonie trop laxiste en a radié 1187, et qu'importe si l'industrieuse Flandre en a exclu 16 pendant que cette Région wallonne si réputée pour sa culture de l'oisiveté en excluait 637. Et puis, qu'importe si les réformes imposées par la troïka à la Grèce l'ont menée à la ruine plutôt qu'à la prospérité. On ne combat pas un mythe avec des faits, et surtout pas quand il y en a deux, celui d'une Flandre prospère grâce à son bâton et celui d'une Wallonie pauvre à cause de sa carotte. Les deux n'ont plus besoin d'être vrais pour être crus, et là d'ailleurs se trouve le principal ressort de leur efficacité. Leur histoire a tellement été racontée qu'il n'est que fort peu apparu que les inondations qui ont submergé la Wallonie avaient moins à voir avec la structure de son marché du travail et la productivité de ses fonctionnaires qu'avec la pluie. Elle a été si bien introduite dans toutes les cervelles du pays qu'au sud même, on ne peut plus qu'admirer le nord pour ce qu'il n'a même pas fait, et que l'on se sent responsable de la colère du ciel. Au sud, on souffre d'un complexe colonial sans colonisateur. La Belgique flamande, alors, serait celle de Tintin, et la Wallonie son Congo. Si bien que lorsque le collègue Jan Jambon, avec la vénéneuse cautèle qui caractérisait les troqueurs de verroteries du Nouveau Monde, viendrait proposer un prêt flamand à ses pauvres petits amis wallons, pareils aux Congolais d'Hergé, ceux-ci ne furent pas loin d'y voir le témoignage d'une humiliante générosité. Comment leur refuser qu'ils nous aidassent, nous allons prendre le temps de l'analyse, répondit le chef coutumier socialiste, Elio Di Rupo, qui paniquait, parce qu'en effet c'était humiliant. Le grand ministre-président des Grecs de Belgique avait dû lire Tintin au Congo, et il se montra très heureux d'avoir obtenu chez des partenaires moins dérangeants l'argent dont sa région avait besoin. C'est toute l'histoire du prêt d'1,2 milliard à la Wallonie par le gouvernement fédéral, qui implique de subir l'humiliation des faits pour éviter l'humiliation du mythe. En fait, il n'avait pas obtenu cet argent, car ce prêt coûtera tout à la Wallonie et rien au fédéral. Et en fait, les conditions du prêt proposé par les nationalistes flamands qui veulent prouver que la Belgique ne fonctionne pas n'étaient pas moins infamantes que celles du prêt offert par un gouvernement fédéral qui veut prouver que la Belgique fonctionne. Mais qu'importent les faits quand c'est une histoire qu'il faut raconter.