Lire également notre dossier consacré à la crise du coronavirus
...

Elles auront pallié bien des lacunes, dissipé bien des incertitudes. Quand les masques du fédéral tardaient à arriver, elles s'engageaient à en envoyer à leurs administrés, de façon plus ou moins artisanale. Quand le Parlement fédéral se déchirait sur les mesures de déconfinement, la plupart d'entre elles affichaient, sans faux-semblants, une inédite cohésion majorité- opposition face à " l'ennemi commun ". Quand la Première ministre annonçait l'interdiction des événements de masse sans en donner la définition, elles précisaient le " qui ", le " quoi ", le " combien " aux organisateurs, quitte à naviguer, elles aussi, dans le flou. Et tandis que les secteurs affectés par la crise attendaient toujours les indemnités forfaitaires promises par les Régions depuis trois mois, elles entérinaient des suppressions ou reports de taxes avec effet immédiat, tout en élaborant leur propre programme de soutien financier. Du modeste mais du sur-mesure, dans un contexte où une centaine d'euros valent parfois mieux que quelques milliers de " tu l'auras ". Comme l'indiquent les résultats de notre sondage, la gestion de la crise du coronavirus par les communes est globalement perçue plus positivement que celle des autres niveaux de pouvoir. C'est surtout vrai en Flandre (46,6 % de personnes plutôt ou très satisfaites) et en Wallonie (39,7 %), moins en Région bruxelloise (29,8 %), où la proportion de retours positifs envers les communes est même inférieure à celle exprimée envers le fédéral (33,5 %). En revanche, le pourcentage de sondés ni contents, ni mécontents est presque identique dans les trois Régions, oscillant entre 29,2 et 34,4 %. De ce fait, moins de deux Flamands sondés sur dix désapprouvent la gestion communale, trois sur dix en Wallonie et quatre sur dix à Bruxelles. Pas de grande distinction, donc, mais un bulletin positif dans tous les cas, avec mention " bien " ou " passable ". Une meilleure note eût été peu probable. " Comme il est plus facile de s'adresser au bourgmestre qu'à la Première ministre, nous restons aussi le réceptacle de première ligne des frustrations et des colères, résume le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot (CDH). Mais beaucoup de citoyens se sont manifestement rendu compte du rôle important des communes dans cette crise, tant pour décanter les annonces fédérales, par nature de portée générale, que pour prendre des initiatives propres alors qu'elles n'y étaient pas obligées. " Dans une période de doutes, de craintes et de contradictions, le bourgmestre est apparu pour certains comme le bon gestionnaire, l'interlocuteur privilégié et habilité à éclaircir les zones d'ombre. " Nous sommes nombreux à avoir passé des heures et des heures à répondre aux gens, commente Maxime Daye, bourgmestre de Braine-le-Comte (MR) et président de l'Union des villes et communes de Wallonie (UVCW). Les élus locaux ont pu démontrer qu'ils pouvaient non seulement appliquer efficacement les mesures du fédéral, mais aussi les adapter aux caractéristiques d'un territoire et d'une population qu'ils connaissent bien. " Des communes ont notamment consacré beaucoup de temps à corriger les listings erronés pour la distribution de masques au secteur des soins infirmiers à domicile. " C'était un boulot de malade (sic), mais que seul un pouvoir de proximité aurait pu mener à bien ", poursuit Maxime Daye. " Nous nous sommes aussi occupés de publics dont le fédéral n'a jamais parlé ", ajoute Maxime Prévot, citant l'exemple des sans-abri et des victimes de violences intrafamiliales, puisque la plupart des structures d'accueil classiques avaient fermé. Fin avril, la Wallonie a octroyé une enveloppe de 7,3 millions d'euros au bénéfice des communes, afin de financer ou de rembourser leurs dépenses pour l'achat de masques, à raison de deux euros par habitant. Une manière de reconnaître que ces dernières sont finalement apparues comme les plus efficaces, de toutes les couches institutionnelles du pays, pour s'acquitter de cette mission. Paradoxalement, c'est précisément sur la question des masques que les communes ont essuyé le plus de critiques. L'efficacité de leur distribution, qu'elle soit le fait d'une initiative isolée ou supracommunale, s'est révélée inégale, au point de susciter une concurrence involontaire entre les communes sur cet aspect. " A l'instar des Provinces, certaines communautés de communes ont mieux fonctionné que d'autres, notamment à Liège et en Wallonie picarde, analyse Maxime Daye. En revanche, dans la communauté du Centre, il a fallu attendre fin avril pour qu'on se mette autour de la table. " Un autre grief majeur porte sur la sévérité des mesures, jugées disproportionnées par les uns ou trop timides par les autres. Des bourgmestres se sont vu reprocher de ne pas rendre le port du masque obligatoire, alors que les communes n'étaient pas censées édicter des règles plus restrictives que le fédéral, qui s'était limité à le recommander. Dans la même logique, certains élus sont aujourd'hui fortement critiqués pour avoir décidé d'annuler anticipativement d'importants événements sur leur territoire, alors que tous les indicateurs semblent désormais annoncer une sortie de crise plus rapide que prévu. En Région bruxelloise, le plus faible niveau d'adhésion à la gestion communale de la crise peut s'expliquer par la combinaison de trois autres facteurs. Un : le degré d'attachement à chacune des communes de la capitale est probablement moins élevé qu'ailleurs, puisque beaucoup d'habitants se disent Bruxellois avant tout. Deux : la fréquence des contrôles et le montant des amendes durant le confinement ont pu engendrer plus d'hostilité à l'égard des communes et de la Région. Trois : l'action des communes bruxelloises a pu accentuer un sentiment de cacophonie générale. " Les mesures pour faire face à la crise se sont révélées très différentes d'une commune à l'autre, souligne Emilie Van Haute, politologue à l'ULB. Certaines ont, par exemple, mis en place des rues cyclables réservées aux citoyens et d'autres pas. Dans l'environnement d'une grande ville, de telles divergences sont particulièrement visibles et diminuent la lisibilité des mesures. " Même constat en ce qui concerne la gestion des maisons de repos, puisque beaucoup d'entre elles dépendent directement des CPAS ou des communes. " On est de nouveau face à une gestion très atomisée de la problématique, poursuit Emilie Van Haute. C'est pourquoi certains ont plaidé pour la création d'un réseau régional des maisons de repos et de soins. Cette atomisation a aussi révélé des difficultés de gestion. "Comme dans d'autres domaines, les communes devront donc, elles aussi, tirer les leçons de la crise. " Ce sera passionnant de réfléchir à la meilleure manière de travailler ensemble à l'avenir, en fonction des spécificités de chacune, résume Maxime Daye. Ces derniers mois, on a vu une belle solidarité entre les bourgmestres et les formations politiques. J'espère que cela pourra perdurer. "