Ce mercredi, Le Vif sort un sondage exclusif sur ce que les Belges ont pensé de la gestion de la crise. De sensibles différences apparaissent entre Flamands et francophones. Il y en a qui sont bien sûr inévitables : il est mécanique, puisque ce parti ne compte pas d'électeurs en Belgique francophone, que les Flamands soient plus nombreux à considérer indispensable que la N-VA participe au prochain gouvernement fédéral, ou que les francophones se seraient sentis beaucoup moins rassurés si Bart De Wever était à la tête de l'exécutif fédéral. Dans le même ordre d'idées, le fait que les ministres flamands du gouvernement fédéral soient moins connus ou moins appréciés (voire, pour le cas de Maggie De Block, plus détestée) des francophones que des Flamands découle inévitablement du fait que les ministres fédéraux communiquent davantage avec les médias de leur communauté.
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Ce mercredi, Le Vif sort un sondage exclusif sur ce que les Belges ont pensé de la gestion de la crise. De sensibles différences apparaissent entre Flamands et francophones. Il y en a qui sont bien sûr inévitables : il est mécanique, puisque ce parti ne compte pas d'électeurs en Belgique francophone, que les Flamands soient plus nombreux à considérer indispensable que la N-VA participe au prochain gouvernement fédéral, ou que les francophones se seraient sentis beaucoup moins rassurés si Bart De Wever était à la tête de l'exécutif fédéral. Dans le même ordre d'idées, le fait que les ministres flamands du gouvernement fédéral soient moins connus ou moins appréciés (voire, pour le cas de Maggie De Block, plus détestée) des francophones que des Flamands découle inévitablement du fait que les ministres fédéraux communiquent davantage avec les médias de leur communauté. Mais même si l'on excepte ces inévitables différences, on trouve une frontière linguistique. Les intensités, entre Flamands et francophones, sont presque systématiquement différentes dans le rejet ou dans l'adhésion, lorsqu'il s'agit de commenter une proposition. Ce n'est pas tant que Flamands et francophones divergent, mais plutôt que, globalement, les francophones rejettent davantage, et que les Flamands adhèrent plus. Les seconds sont moins méfiants que les premiers, en particulier vis-à-vis de l'autorité politique. L'action du gouvernement régional flamand est ainsi beaucoup plus soutenue que celle des gouvernements wallon, bruxellois et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.C'est ainsi que les francophones sont plus insatisfaits que les Flamands de la façon dont l'Union européenne et les communes ont pris la crise du coronavirus en charge. Ou que deux fois moins de francophones que de Flamands trouvent qu'll est bien que les politiques aient parfois outrepassé l'avis des experts. Les Flamands sont aussi plus nombreux que les francophones à estimer que les autorités ont adopté d'assez bonnes mesures économiques (36% contre 25%), que les mesures prises pour protéger le revenu des personnes touchées étaient suffisantes (44,8% contre 23,8%), qu'il est bien que "la vie économique soit revenue à la normale avant la vie sociale" (51% contre 32%). Mais ils trouvent moins que le gouvernement a tardé à recommander le port du masque (63% contre 75%). Et, surtout, les Flamands étaient, au moment où ce sondage a été réalisé, beaucoup plus enclins à remettre leurs enfants à l'école : 64% des Flamands le prévoyaient, contre à peine 32% des francophones, montrant, sur ce point précis, une véritable opposition entre un Sud majoritairement hostile, et un Nord majoritairement favorable. "Ces résultats posent des questions plutôt qu'ils ne donnent des réponses", dit Jean-Yves Pranchère, professeur au Centre de Théorie politique de l'ULB, à qui nous avons soumis ces chiffres. > Edito: les interpellations musclées de notre sondage "Les Belges jugent la crise""Les enquêtes européennes récentes (European Values Study et Opinion Way, notamment), montre de manière générale une confiance plus grande dans les institutions, mais aussi entre individus, dans les pays d'Europe du Nord que dans ceux du Sud, où elle est très basse en Italie, en Grèce et au Portugal. Les espaces méditerranéens et francophones semblent plus méfiants", dit-il. Le cas de la Belgique permet toutefois, selon lui, d'évacuer deux espèces d'explication. La première, "d'inspiration néolibérale", lierait méfiance et Etat-providence, "or c'est en Europe du Nord qu'il est le plus développé, donc que ce que certains appellent dépréciativement l'assistanat, est le plus important, comme l'est la confiance". La seconde, "plutôt culturaliste", scinderait les pays de tradition catholique à ceux de tradition protestante. "Or la Belgique est un pays de tradition catholique", explique Jean-Yves Pranchère. Les Flamands, plus confiants, sont du reste plutôt plus catholiques que les francophones. Les explications à mobiliser utilement seraient plutôt, selon le philosophe, à aller chercher dans le registre socio-économique. "Le niveau de vie, entre les régions du pays, est différent, et avoir un niveau de vie élevé accroît la confiance envers le monde extérieur", dit Jean-Yves Pranchère. Et pas seulement au niveau individuel : "Le fait d'appartenir à une région dont le niveau de vie est plus élevé rejaillit dans la configuration de l'environnement. Le simple mot, "région favorisée ou défavorisée" traduit déjà ça... Il est inévitable que cela implique un niveau de méfiance, pas forcément interpersonnelle, mais plutôt par rapport aux décisions prises par l'autorité politique. C'est le contraire qui serait surprenant".