Flamand, Wallon, Bruxellois sont leurs prénoms, Belge reste leur nom. Dans l'adversité comme dans la liesse. Face à une Covid-19 qui se joue de la frontière linguistique comme autour d'un ballon rond manié avec le talent que l'on sait par les Diables Rouges. Le pouvoir fédéral mobilise, fédère, encourage à ne pas relâcher les efforts et à résister aux tentations de Noël et du Nouvel An. Il s'est dit que la consigne passerait mieux qu'un sermon si elle est recommandée via un spot diffusé sur les grandes chaînes de télé et les réseaux sociaux. Avec une déclinaison en presse écrite, sous forme d'une annonce tricolore pleine page à coller à la fenêtre.
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Flamand, Wallon, Bruxellois sont leurs prénoms, Belge reste leur nom. Dans l'adversité comme dans la liesse. Face à une Covid-19 qui se joue de la frontière linguistique comme autour d'un ballon rond manié avec le talent que l'on sait par les Diables Rouges. Le pouvoir fédéral mobilise, fédère, encourage à ne pas relâcher les efforts et à résister aux tentations de Noël et du Nouvel An. Il s'est dit que la consigne passerait mieux qu'un sermon si elle est recommandée via un spot diffusé sur les grandes chaînes de télé et les réseaux sociaux. Avec une déclinaison en presse écrite, sous forme d'une annonce tricolore pleine page à coller à la fenêtre. "1 équipe de 11 millions", "1 ploeg van 11 miljoen", dit le slogan de la campagne. Onze millions, le compte est bon. Mais s'affiche comme une insulte à une Belgique censée être en voie d'évaporation. Jan Jambon (N-VA), lui, n'a pas aimé. Le ministre-président flamand juge le minifilm de mauvais goût. Le filon de la métaphore footballistique avec le stade "national" Roi Baudouin en guise de lieu de tournage, le tifo géant coloré en noir-jaune-rouge déployé dans les gradins: ça sent à plein nez l'hymne à la patrie en danger. Le chef du gouvernement flamand l'a donc fait savoir à la télévision: il se sent incommodé par cette touche unitariste qui fleure bon la récupération politique parfaitement déplacée. "Une campagne de communication pour aider les gens à traverser une période difficile: d'accord. Mais concentrons-nous sur le virus et n'en usons pas pour boucler des agendas politiques." Culottée, cette coalition Vivaldi (PS - SP.A - MR - Open VLD - Ecolo - Groen - CD&V) emmenée par Alexander De Croo (Open VLD). Carrément indécente, s'est étranglé le député Theo Francken (N-VA), activiste bien en vue de la twittosphère nationaliste flamande: qu'un gouvernement puisse ainsi abuser de la mort et du chagrin de dizaines de milliers de personnes pour répandre son agenda belgiciste a quelque chose de franchement déplaisant. Certains se disent prêts à se mettre en danger s'il fallait en arriver là. "Plutôt choper le coronavirus que pendre un drapeau tricolore à ma fenêtre", a tweeté le responsable des jeunes N-VA à Vilvorde. Moins téméraire sur le même réseau social, Hendrik Bogaert, le très flamingant député fédéral CD&V, pas ravi du tout de l'avènement d'une Vivaldi à laquelle il a pourtant promis fidélité puisque son parti y siège, voit plutôt dans cet accès de belgitude une manifestation de désespoir: "Il faut être assez désemparé vis-à-vis de son projet (destructeur) de bien-être et des vieilles structures pour avoir besoin d'utiliser le coronavirus afin d'en faire leur promotion." Maudit soit donc ce virus et ses effets secondaires indésirables. Comme cette faculté qu'il a, irritante au plus haut point, de pousser le pouvoir fédéral en pleine lumière et, du même coup, reléguer les Régions dans l'ombre. Manquer de visibilité, voilà le mal dont souffre la Flandre. Cette pandémie lui joue de bien mauvais tours, a concédé Jan Jambon au Tijd, puisque les leviers de sa lutte sont avant tout au niveau fédéral, entre les mains des gouverneurs et des bourgmestres. Double peine à endurer.