Il est seul et pas par choix. Ses parents à elle sont décédés. Eux sont célibataires, parents solo, séparés, divorcés. En phase de l'être. Elle fête Hanoucca, lui Aïd el-Kebir. Eux rien du tout. Elle est tatoueuse, esthéticienne, kiné. Il est ergothérapeute, coiffeur, traducteur. Il se dit qu'il devrait enlever la poussière qui s'accumule sur les bouteilles de son bar et reste assis: "A quoi bon?" Il n'a aucune famille, elle est brouillée avec la sienne depuis mille ans. Elle déteste le ski, c'est trop froid. D'ailleurs, elle n'y a jamais mis les pieds. Il dort dans un foyer. Chez elle, il n'y a ni sapin ni cougnou. Encore moins de cadeaux. Il enchaîne les gardes depuis des semaines. Eux ont dû déposer le bilan, pour lui, à moins d'un mir...

Il est seul et pas par choix. Ses parents à elle sont décédés. Eux sont célibataires, parents solo, séparés, divorcés. En phase de l'être. Elle fête Hanoucca, lui Aïd el-Kebir. Eux rien du tout. Elle est tatoueuse, esthéticienne, kiné. Il est ergothérapeute, coiffeur, traducteur. Il se dit qu'il devrait enlever la poussière qui s'accumule sur les bouteilles de son bar et reste assis: "A quoi bon?" Il n'a aucune famille, elle est brouillée avec la sienne depuis mille ans. Elle déteste le ski, c'est trop froid. D'ailleurs, elle n'y a jamais mis les pieds. Il dort dans un foyer. Chez elle, il n'y a ni sapin ni cougnou. Encore moins de cadeaux. Il enchaîne les gardes depuis des semaines. Eux ont dû déposer le bilan, pour lui, à moins d'un miracle, ce sera probablement d'ici à dix jours. Etre en couple, il en rêve. En rêve seulement. Elle, elle installe rituellement des petits santons dans une crèche. Le 25 décembre, c'est l'anniversaire de Jésus quand même! Ceux-là se demandent s'ils auront accès au droit passerelle rétrospectivement, le sien lui a servi à payer des cotisations sociales en retard. Tous ensemble, avec bien d'autres encore, ils forment cette fameuse équipe de 11 millions de Belges. Une équipe à garder motivée autour d'un objectif commun - lutter contre la pandémie de coronavirus en faisant reculer encore le nombre de contaminations pour réduire la pression sur les hôpitaux et le personnel soignant -, en tenant compte et en respectant leur diversité. Onze millions de Belges à garder mobilisés, aussi, en conservant leur confiance. La communication du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke au sujet de la pertinence de fermer les commerces en octobre dernier est à cet égard désastreuse. Commerces "non essentiels" - d'ailleurs rouverts depuis ce 1er décembre. "Le shopping n'est pas un très grand risque en soi, si cela se fait de manière très contrôlée", avait-il ainsi souligné, argumentant que cette décision avait été prise "parce qu'il arrive un moment où il faut prendre une "décision choc", pour obtenir un "effet choc"." Plus encore que de la pertinence des mesures prises, c'est du capital confiance dont on parle ici. Une confiance qu'on ne peut se permettre de perdre à la veille d'une campagne de vaccination - les premiers vaccins devraient être disponibles d'ici la mi-janvier - et de fêtes de fin d'année en version XXS. Au stade actuel et au vu des décisions politiques justifiées par des arguments essentiellement sanitaires, Noël se fêtera en bulle. Exception faite des isolés qui pourront accueillir deux personnes. Pour Nouvel An? Aucune indication pour l'instant. Ceux qui espèrent, malgré tout, un assouplissement gardent les yeux rivés sur la date du 15 décembre avancée comme échéance éventuelle pour la tenue d'un nouveau Comité de concertation. A cette occasion, socialistes et libéraux francophones pourraient plaider en faveur d'une légère extension de la bulle sociale pour le réveillon de Noël. Même si le Premier ministre Alexander De Croo et Frank Vandenbroucke ont déjà opposé une fin de non-recevoir à cet espoir: plus question de changer les règles pour les fêtes! Leur credo absolu étant d'éviter de répéter les erreurs du premier confinement en ouvrant les vannes trop fort, trop vite. Reste à savoir si le citoyen ne les ouvrira pas lui-même, estimant qu'elles sont trop serrées, pour trop longtemps.