Un fétiche absurde
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Un fétiche absurdeJeudi, le quotidien De Morgen parlait déjà d'une impasse totale après le communiqué envoyé par les libéraux et les écologistes exprimant leurs inquiétudes quant aux projets des deux missionnaires royaux, Bart De Wever et Paul Magnette. Alors que pour leur première fois, l'axe PS-N-VA semblait avoir une chance de réussite, les deux partis n'ont pas suffisamment de partenaires pour former un gouvernement, écrit le journal. "Tôt ou tard, la politique belge devra accepter qu'une collaboration entre le PS et la N-VA était un fétiche absurde depuis le début", conclut son éditorialiste.Dans une opinion parue sur Knack, Mathias De Clercq (Open VLD) et Tinne Van der Straeten (Groen) défendent l'attitude de leurs partis et reprochent à la N-VA et au PS de vouloir faire passer une réforme de l'état en stoemelings. "La politique consiste à conclure des accords, mais un accord entre deux partis ne suffit pas à légitimer certaines pistes qui sont maintenant sur la table. 25 % des voix, soit le score de la N-VA et du PS réunis, n'est pas un mandat pour scinder davantage le pays de manière aussi drastique. Un débat social et politique public sérieux sur la réforme de l'État est un minimum" soulignent-ils, avant de conclure un peu plus loin: "C'est compliqué, maar niet onmogelijk. Het is moeilijk, mais pas impossible".Vents contraires Pour le quotidien De Standaard, le château de carte édifié par Bart De Wever et Paul Magnette était trop fragile, et les vents contraires venant des libéraux, trop forts. L'élargissement espéré de la bulle de cinq partis - N-VA, PS, sp.a, CD&V et cdH - à un parti libéral ou écologiste n'aura pas lieu. À moins d'un miracle de l'Assomption le 15 août, ironisait le journal avant l'échec, la bulle éclatera en plein vol.Le quotidien estime que les trois conditions nécessaires à une coalition bourguignonne (ou jaune-violette) n'ont pas été remplies. La N-VA et le PS devaient trouver un terrain d'entente sur la plan institutionnel et social, ce qui était peut-être le cas aujourd'hui, mais les libéraux devaient se déclarer d'accord (ce qui n'était pas le cas). Et soit l'Open VLD, soit le MR devait être prêt à rejoindre à l'opposition (pour éviter une coalition trop à droite pour les socialistes), or les deux partis se déclaraient unis.Dans une opinion amère, Bart Sturtewagen n'hésite pas à qualifier la situation de comédie de boulevard. "La politique de la patrie était déjà un mauvais théâtre. Aujourd'hui, c'est une comédie de boulevard. (...) Le public, privé de culture par le coronavirus, a depuis longtemps quitté le spectacle en secouant la tête", écrit-il.Personne n'est responsable"Quand a-t-il été jugé normal que le système soit délibérément, prémédité, conduit à sa fin, sans aucun plan pour la suite ?", se demande-t-il. Pour lui, le résultat c'est que le pays ne peut être ni géré, ni réformé, ni sauvé. "Même les funérailles ne peuvent pas être organisées. Lorsque la loi ou la constitution ne bloquent pas les issues, les politiciens s'en chargent eux-mêmes. Ils ne sont pas à blâmer, pensent-ils. Ils ne font que jouer qu'avec les cartes qui leur ont été distribuées. Personne n'est responsable." Pour lui, la seule issue est d'organiser de nouvelles élections. "Après tout, il n'est pas totalement exclu que les citoyens soient plus raisonnables et pragmatiques que leurs dirigeants", conclut-il.Interrogé par Knack sur l'échec de la mission de Magnette et De Wever, le politologue Dave Sinardet (Université d'Anvers) estime que le président de la N-VA Bart De Wever a commis une grosse erreur de jugement. "Il pensait qu'il allait persuader l'Open VLD. Peut-être avait-il pour objectif de diviser le parti afin que celui-ci soit prêt à lâcher le MR. Cela n'a pas fonctionné. Le fait qu'il ait commencé à faire pression sur eux a aggravé les relations personnelles. C'était un mauvais pari".