L'échec de la mission des préformateurs royaux, Bart De Wever (N-VA) et Paul Magnette (PS), survenue ce vendredi après une réunion "glaciale" avec les libéraux, ouvre une nouvelle période d'incertitude dans le pays. C'est la fin d'une séquence compliquée, qui n'aidera pas les Belges à s'y retrouver dans les méandres de leur politique nationale.
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L'échec de la mission des préformateurs royaux, Bart De Wever (N-VA) et Paul Magnette (PS), survenue ce vendredi après une réunion "glaciale" avec les libéraux, ouvre une nouvelle période d'incertitude dans le pays. C'est la fin d'une séquence compliquée, qui n'aidera pas les Belges à s'y retrouver dans les méandres de leur politique nationale.Voici toutefois plusieurs enseignements à tirer de cette nouvelle crise, qui survient alors que le pays redoute un rebond de l'épidémie de coronavirus et, surtout, alors que les conséquences socio-économiques vont se faire durement ressentir. Voici, aussi, les pistes pour la suite des opérations. Toutes contiennent, faut-il le dire, de sérieuses incertitudes. La Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes, tout ou partie des sociaux-chrétiens) tient la corde.Au-delà de toute opinion sur le fait de savoir si l'on aime les nationalistes flamands ou les socialistes francophones, l'échec du dialogue entre Bart De Wever (N-VA) et Paul Magnette (PS) est grave. A cette nuance près, qui est importante: ce ne sont pas les deux hommes, ni leurs partis qui ont tiré la prise, mais bien l'absence de soutien extérieur à leur initiative.Pourquoi cet échec est-il grave? Parce que ces deux partis sont les deux principaux partis des deux principales communautés du pays, qui dominent d'ailleurs leurs exécutifs régionaux. En d'autres termes, ce sont les piliers du paysage politique de la Belgique tel qu'il est sorti des urnes en mai 2019. L'un et l'autre jouent un rôle majeur, si pas décisif, dans ce qui se passe en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. Ce n'est pas pour rien que le CD&V reste résolument proche des nationalistes en Flandre.En outre, le dialogue institutionnel ouvert dans leurs discussions s'impose pour garantir l'efficacité et la stabilité du pays à terme. Cela ne signifie pas que les bases du menu institutionnel telles qu'elles étaient posées étaient judicieuses: trop complexes et symboliques, a priori, avec leurs bricolages de cogestion de certaines matières entre fédéral et Régions ou avec leurs attaques contre la périphérie bruxelloise. Une réforme de l'Etat n'est toutefois pas prioritaire, dans un premier temps, au regard de la gestion de la crise sanitaire et de ses conséquences.L'explosion du dialogue N-VA / PS, suite à un communiqué commune libéraux-écologistes et à la nouvelle rivalité De Wever - Bouchez, aura des conséquences sur le climat communautaire de ce pays. Même s'il n'est pas encore exclu, à ce stade, que l'on y revienne un jour.L'échec de la mission N-VA / PS est en outre ubuesque parce qu'il donne l'impression que plus aucun responsable politique n'est en mesure de mener un dialogue constructif dans ce pays. Depuis les élections de mai 2019, les intérêts partisans dominent, niant l'intérêt général. Mis à part la parenthèse exceptionnelle de la gestion de la crise du coronavirus, l'impression prévaut que chaque président de parti cherche avanr tout à voir échouer l'autre dans sa quête de solutions.Maxime Prévot, président du CDH, ne dit pas autre chose dans sa réaction à l'échec de vendredi: "De tentative en tentative de former un gouvernement, savonner les planches serait-il devenu un sport national?". Cela ne signifie pas que les solutions sont faciles. Le politologue Jean-Benoit Pilet disait, au soir-même des élections de 2019, que toute coalition nécessiterait qu'au moins un des partis se fasse potentiellement hara-kiri sur le plan électoral. En attendant, c'est l'ensemble de la classe politique qui se discrédite aux yeux de la population, au risque de faire le lit des extrêmes.La situation était complexe, elle risque de l'être davantage encore ces prochains jours, alors que l'horloge tourne d'ici la mi-septembre, quand la confiance pourrait être retirée au gouvernement Wilmès. Des liens de confiance ont été brisés, une nouvelle fois, et des rivalités personnelles se sont enracinées. Il faudra prendre du temps pour panser les plaies, y compris égotiques pour ceux dont on a fait exploser la mission.Cela dit, des lignes ont bougé et permetteront peut-être d'aboutir à une solution. Tout d'abord, le dialogue N-VA / PS a montré ce que les francophones ne souhaitaient pas. En toile de fond, les libéraux et les écologistes ont renoué leurs liens, apparemment de façon constructive. Le CDH reste prêt à participer à une solution et DéFi a rappelé qu'il était disponible. Tout cela n'est pas rien... vu d'un point de vue francophone.La piste d'une Vivaldi est celle que l'on cite le plus souvent ces dernières heures: socialistes, libéraux, écologistes et sociaux-chrétiens. Elle avait déjà été tentée au moment où libéraux francophones et sociaux-chrétiens flamands avaient la main, en début d'année. Si le CD&V peine à se défaire du lien avec la N-VA, il reste toujours la piste de la "coalition 77" (disposant de 77 sièges à la Chambre) prônée par DéFi - socialistes, libéraux, écologistes, avec le CDH et/ou DéFi. Dans ces deux cas de figure, d'ailleurs, il n'y aurait pas de majorité en Flandre. La piste Arizona (majorité alliant N-VA et MR, sans le PS) semble morte, pour l'heure, vu l'état des relations De Wever- Bouchez.Une initiative pourrait apparemment être confiée par le palais, en début de semaine prochaine, peut-être aux écologistes, qui n'ont jamais été mis en elle en dépit de leur victoire électorale, et aux libéraux flamands. Mais le roi Philippe pourrait consulter d'abord, pour apaiser le climat et "montrer son agacement" (selon Le Soir). Voire, pourrait-il aller jusqu'à décider de... refuser la démission du duo De Wever - Magnette, pour forcer le destin?"Le MR veut un gouvernement fédéral avec une majorité parlementaire rapidement, a tweeté vendredi Georges-Louis Bouchez. L'urgence économique et sociale sont les priorités. Nous devons être aux côtés de ceux qui souffrent de la crise. Pour cela, il faut faire des compromis et les notes doivent évoluer. Pas les invectives." Encore faut-il voir qui est à même de l'entendre, singulièrement au nord du pays.Sinon? Il restera des élections. Mais on n'en est toujours pas là.