Depuis le début de la Covid, on ne les a pas écoutés. C'est le moins qu'on puisse dire. "Il a fallu attendre que des pédopsychiatres sonnent le tocsin dans les médias pour que les politiques commencent à s'en préoccuper", peste Bernard Devos, délégué général aux droits de l'enfant. Et encore. Fin janvier dernier, alors qu'un comité de concertation "jeunesse" est enfin annoncé, il est annulé à la dernière minute. "Un coup au ventre de tous les jeunes", écume Opaline Meunier, présidente des jeunes CDH qui a envoyé illico un communiqué cinglant. C'est vrai qu'au niveau com, difficile de faire pire...
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Depuis le début de la Covid, on ne les a pas écoutés. C'est le moins qu'on puisse dire. "Il a fallu attendre que des pédopsychiatres sonnent le tocsin dans les médias pour que les politiques commencent à s'en préoccuper", peste Bernard Devos, délégué général aux droits de l'enfant. Et encore. Fin janvier dernier, alors qu'un comité de concertation "jeunesse" est enfin annoncé, il est annulé à la dernière minute. "Un coup au ventre de tous les jeunes", écume Opaline Meunier, présidente des jeunes CDH qui a envoyé illico un communiqué cinglant. C'est vrai qu'au niveau com, difficile de faire pire... Surtout que deux semaines avant le "codeco" annulé, le Premier ministre Alexander De Croo (OpenVLD) recevait des mains de son chef de groupe à la Chambre le livre Bouches émissaires : une belle initiative de l'asbl Scan-R qui a rassemblé, via des ateliers d'écriture souvent virtuels, des paroles de jeunes confinés dont nous reproduisons des extraits à travers notre dossier et sur levif.be. "La vraie question est comment les jeunes vont s'inscrire dans la société de demain, avec la crise sanitaire, relève le président de Scan-R, François Németh. Cette question n'a pas été posée par les politiques." Et ne l'est toujours pas. Même dans le fameux plan de relance: "On y discute plus des échafaudages à 60 millions du palais de justice de Bruxelles que de l'emploi des jeunes et de leur accès aux stages", s'étrangle encore Opaline Meunier. Pourtant, ce n'est pas sorcier de comprendre qu'à 16, 20 ou 25 ans, on est frappé de plein fouet par les conséquences de la pandémie. "Même s'il est délicat de parler de génération Covid, la Covid sera un marqueur générationnel pour tous ces jeunes tout à coup privés d'expériences sociales, alors que ces nouvelles rencontres leur permettent de se construire, à l'âge où l'on se questionne le plus", éclaire Geoffrey Pleyers, sociologue à l'ULiège. "Brusquement, ils sont arrêtés dans leur recherche de la vie", confirmait Edgar Morin sur France Culture, le 11 février. Bernard Devos ne comprend pas le manque de vigilance politique par rapport à leur malaise, d'autant que des messages ont émergé du milieu scolaire et de l'aide à la jeunesse. "On sait aussi que la pression du diplôme va se renforcer et que les places sur le marché du travail seront encore plus chères, avertit Geoffrey Pleyers. C'est un stress supplémentaire. Une génération de l'angoisse est en train de grandir." Les perspectives sont inquiétantes. En outre, même s'ils sont tous touchés, les jeunes ne sont pas égaux devant cette crise. La Covid rend les inégalités plus visibles. Et les renforce. "Le confinement peut être difficile à vivre dans une villa 4-façades de Lasnes, mais, a priori, c'est plus compliqué dans une tour d'un quartier précarisé de Bruxelles où il faut partager une chambre avec ses frères et soeurs, observe François Németh. Sans parler de la fracture numérique, au niveau du matériel et de la connexion Internet mais aussi des usages. On le voit chez Scan-R, certains jeunes ne savent pas ouvrir un document Word et n'ont personne chez eux pour les aider." D'où l'importance de ne plus parler de la jeunesse au singulier, pour tenir compte des différentes réalités.Voir la jeunesse dans sa pluralité, c'est aussi moins stigmatisant. Depuis le début du confinement, on a trop souvent accusé "les jeunes" de ne pas respecter les règles. Or, il s'agit d'une minorité, comme chez les adultes. La majorité d'entre eux se sont même montré très solidaires de leurs aînés plus vulnérables. Trop longtemps pointés du doigt durant cette crise, les jeunes ont aujourd'hui besoin de reconnaissance. "On leur doit même des excuses", affirme Bernard Devos. Et si on leur accordait le droit de vote dès 16 ans pour montrer qu'on les prend au sérieux? On peut rêver...