Un an après l'arrivée d'un premier cas de coronavirus sur le sol belge, l'adhésion aux mesures de lutte contre le virus est à son plus bas historique. En juillet, un relâchement de la population s'était déjà fait ressentir. Aujourd'hui, le ras-le-bol est encore plus important. Des enquêtes universitaires le prouvent. La motivation des Belges face aux mesures sanitaires était estimée à 63% le 15 janvier, juste après les fêtes. Après le comité de concertation du 19 janvier qui a interdit les voyages à l'étranger, seulement 41% de la population adhéraient encore aux mesures.
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Un an après l'arrivée d'un premier cas de coronavirus sur le sol belge, l'adhésion aux mesures de lutte contre le virus est à son plus bas historique. En juillet, un relâchement de la population s'était déjà fait ressentir. Aujourd'hui, le ras-le-bol est encore plus important. Des enquêtes universitaires le prouvent. La motivation des Belges face aux mesures sanitaires était estimée à 63% le 15 janvier, juste après les fêtes. Après le comité de concertation du 19 janvier qui a interdit les voyages à l'étranger, seulement 41% de la population adhéraient encore aux mesures. L'adhésion aux mesures est un cocktail complexe qui dépend du contexte et du vécu de chacun. Et avec l'arrivée des beaux jours, de nombreux Belges ne respectent plus les mesures édictées par le gouvernement. La preuve encore ce mercredi, dans le Parc de la Boverie à Liège où de nombreuses personnes se sont réunies au soleil, souvent sans distanciation physique ni masque. Même chose à Gand et à Leuven. Le week-end dernier, c'est le Bois de la Cambre à Bruxelles qui était pris d'assaut. L'apparition des variants du Covid19 a compliqué la donne, accentuant la démoralisation générale alors qu'on pensait être dans la dernière ligne droite d'un marathon avec l'arrivée du printemps et la mise en place de la vaccination de masse. La population a besoin de perspectives. L'autre raison majeure de ce ras-le-bol vient de la communication politique chaotique. Pendant un an, les responsables politiques ont tout essayé, de l'approche plus souple à la plus rigide. Certains se demandent si les seuils dictés pour des assouplissements ne sont pas trop stricts et irréalisables à court terme. L'autre paramètre, c'est la cacophonie entre les politiques et les experts. Chacun y va de sa petite recommandation, entre ceux qu'on appelle les "alarmistes" et ceux plus rassurants sur la situation épidémique. Les experts du GEMS dans leur rapport insistent sur le fait de soigner la communication politique pour susciter l'adhésion. Les psychologues au sein du GEMS estiment que les politiques communiquent mal et à de mauvais moments. La population a l'impression qu'on ne lui explique pas assez les choses. Il n'y a pas de transparence dans les rapports des experts qui ne sont pas consultables par le grand public. Plus de pédagogie et de didactique sont nécessaires."La littérature montre que les citoyens ont plus tendance à accepter une décision, même défavorable, si la manière dont les décisions sont prises est considérée comme juste. Apporter plus de transparence peut, par conséquent, contribuer à rendre la décision plus acceptable et légitime aux yeux de la population. In fine, il est plus facile de comprendre pourquoi un gouvernement fait des choix spécifiques et d'adhérer à ses décisions lorsque l'ensemble des éléments présents dans la balance sont disponibles aux yeux de l'ensemble de la population", estime David Talukder, chercheur-doctorant à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) dans une récente carte blanche sur notre site.S'ajoute à la confrontation experts-politiques, la guéguerre entre chefs de partis politiques qui en viennent à se désolidariser des décisions gouvernementales. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, celui du PS, Paul Magnette, y ont mis leur petit grain de sel dernièrement en insistant sur la réouverture des métiers de contact. Cette semaine, c'est Jean-Marc Nollet, le co-président d'Ecolo qui a lâché une bombe sur les ondes de la RTBF, créant une véritable onde de choc. Jean-Marc Nollet, a avoué ne pas avoir respecté la bulle sociale limitée à une personne, en plus du foyer. "Je suis un humain", disait-il. Face aux réactions, il a ajouté : "Pas d'hypocrisie". En précisant que quand les règles n'étaient plus supportables, il convenait d'en changer. Une telle déclaration peut avoir des effets contre-productifs dans l'opinion publique avec cette conclusion "si même un homme politique ne respecte pas les règles qu'il édicte, pourquoi devrais-je le faire et être puni pour son non-respect ? Isabelle Roskam, psychologue à l'UCLouvain, pointe de son côté la difficulté à faire respecter des règles pas toujours claires et cohérentes à des jeunes épris de liberté. Pour elle, il y a clairement trop de règles. "On dit toujours aux parents quand ils rencontrent des difficultés éducatives avec leurs enfants, qu'il ne faut pas donner trop de règles parce que l'enfant ne s'y retrouve plus." 5 est le maximum, selon la psychologue. Au-delà de ce chiffre, les règles édictées risquent en effet de se contredire. Et individuellement, nous ne sommes pas capables de gérer un nombre trop important de règles. Parents et enfants se retrouvent alors complices de cette transgression. Une autre donnée importante entre en jeu: "Pour qu'une règle soit applicable, il faut qu'elle soit réaliste et que sa finalité soit claire." Isabelle Roskam commente une situation proche de l'absurde: "Aujourd'hui, avec l'évolution de la crise, on a des règles qui s'ajoutent les unes aux autres mais sans qu'on modifie les anciennes règles. On ne sait plus très bien laquelle on doit respecter. Les parents et les ados sont perdus. Il y en a tellement qu'à un moment donné, on est obligé d'en transgresser pour sauvegarder sa santé mentale." Elle prend pour exemple la règle d'une seule activité par enfant : choisir entre le mouvement de jeunesse ou une activité sportive mais sans prévenir l'un et l'autre qu'on continue quand même les deux activités extra-scolaires.D'autres actions symboliques ou plus concrètes viennent titiller les citoyens. Ainsi, La Ligue des droits humains et son homologue flamand ont décidé d'attaquer en justice l'État belge pour avoir "porté atteinte aux droits des citoyens". Est remise en cause la légalité de la gestion de la crise sanitaire et les arrêtés ministériels du gouvernement. Une certaine forme de désobéissance civile s'organise aussi avec des manifestations symboliques pour soutenir la culture ou, avec l'action "trace ton cercle" dans différentes villes belges, qui demande à ce que les jeunes retrouvent plus de liberté. Pour certains observateurs, les médias ont, eux aussi, leur part de responsabilité dans le climat ambiant plus laxiste. Critiqués pour leurs côtés trop anxiogènes et catastrophistes en début de pandémie, ils ont changé petit à petit leur façon de communiquer. Ils ont adouci le ton et laissent dorénavant davantage entendre d'autres voix dissonantes.