Le Danemark fut le premier pays à annoncer que toutes les entreprises qui pratiquent l'évasion fiscale ne pourront bénéficier d'aucun des programmes d'aide mis en place par le pays pour lutter contre les risques financiers liés à l'épidémie de coronavirus. Un exemple qui a suscité beaucoup de débats dans d'autres chancelleries européennes. Depuis lors, la France et la Pologne ont pris des décisions similaires, et le débat fait rage dans les assemblées belge et italienne.

Le "modèle danois" a de quoi inspirer. Le fait que des multinationales qui pratiquent l'évitement fiscal depuis des années en appellent aujourd'hui à la solidarité du contribuable suscite des résistances qui sont indubitablement légitimes.

Une portée symbolique et limitée

Pourtant dans la pratique, la réglementation danoise laisse de nombreuses questions sans réponses. Elle cible les entreprises qui n'ont pas d'activité réelle dans un paradis fiscal, autrement dit, celles présentes dans ces territoires uniquement pour éviter l'impôt. Mais qu'en est-il des entreprises qui ont une réelle activité économique dans un paradis fiscal ou qui déclarent une poignée de salariés pour donner l'illusion d'exercer une telle activité ? Et ce qui pose encore plus problème, c'est la définition même de ce que constitue un paradis fiscal.

Comme le Danemark, les autres pays européens dans lesquels cette mesure est à l'étude s'appuient sur une liste noire qui distingue les paradis fiscaux - comme les îles Caïmans et les Bermudes - des pays dits "vertueux". Or ces listes sont établies sur base de critères qui varient d'un pays à l'autre. Si on peut saluer le fait que les listes noires belges sont plus rigoureuses que celles de la plupart de nos voisins européens, elles gardent toutes le silence sur les paradis fiscaux qui opèrent au sein même de l'UE.

Les multinationales qui délocalisent leurs bénéfices au Luxembourg, en Irlande ou aux Pays-Bas échapperaient donc à cette annonce et pourraient bénéficier d'un soutien public de l'Etat. Pourtant, ces pays causent le plus de dommages au Trésor belge: la Belgique perd 2,6 milliards d'euros au profit des ces paradis fiscaux chaque année.

La transparence fiscale comme alternative

En conditionnant tout soutien public à une obligation de transparence fiscale, notre gouvernement pourrait enfin savoir si les entreprises paient leur juste part d'impôts ou si elles dissimulent leurs profits dans des paradis fiscaux. Concrètement, les grandes entreprises qui bénéficient d'un soutien gouvernemental devraient être obligées de publier un rapport annuel public, dans lequel elles indiqueraient de manière transparente le montant des impôts qu'elles paient dans chaque pays où elles ont une activité et l'activité économique qu'elles exercent.

Cette mesure de transparence aurait une portée beaucoup plus grande. En publiant certaines informations clés sur leurs activités (chiffre d'affaires, employés, filiales) et les impôts qu'elles payent dans tous les pays où elles opèrent, nous aurions un aperçu de toutes les pratiques fiscales des multinationales, y compris dans les paradis fiscaux européens. Si ces rapports devaient révéler que les entreprises se livrent à une évasion fiscale à grande échelle, il y a fort à parier que le public et les actionnaires exerceraient une pression supplémentaire sur ces entreprises et sur les pouvoirs publics.

Enfin, au lieu de "simplement" punir les entreprises pour leurs activités passées, cette mesure est de nature transformationnelle et encouragerait les entreprises à adopter une approche différente à l'avenir. Elle est réaliste, rapide à mettre en oeuvre et peut conduire à un réel changement.

Cette tribune a été co-écrite par Maaike Vanmeerhaeghe, chargée de plaidoyer en justice fiscale chez Oxfam et Wouter Lips, chercheur postdoctoral en politique internationale à l'Université de Gand.

Le Danemark fut le premier pays à annoncer que toutes les entreprises qui pratiquent l'évasion fiscale ne pourront bénéficier d'aucun des programmes d'aide mis en place par le pays pour lutter contre les risques financiers liés à l'épidémie de coronavirus. Un exemple qui a suscité beaucoup de débats dans d'autres chancelleries européennes. Depuis lors, la France et la Pologne ont pris des décisions similaires, et le débat fait rage dans les assemblées belge et italienne. Le "modèle danois" a de quoi inspirer. Le fait que des multinationales qui pratiquent l'évitement fiscal depuis des années en appellent aujourd'hui à la solidarité du contribuable suscite des résistances qui sont indubitablement légitimes. Une portée symbolique et limitée Pourtant dans la pratique, la réglementation danoise laisse de nombreuses questions sans réponses. Elle cible les entreprises qui n'ont pas d'activité réelle dans un paradis fiscal, autrement dit, celles présentes dans ces territoires uniquement pour éviter l'impôt. Mais qu'en est-il des entreprises qui ont une réelle activité économique dans un paradis fiscal ou qui déclarent une poignée de salariés pour donner l'illusion d'exercer une telle activité ? Et ce qui pose encore plus problème, c'est la définition même de ce que constitue un paradis fiscal. Comme le Danemark, les autres pays européens dans lesquels cette mesure est à l'étude s'appuient sur une liste noire qui distingue les paradis fiscaux - comme les îles Caïmans et les Bermudes - des pays dits "vertueux". Or ces listes sont établies sur base de critères qui varient d'un pays à l'autre. Si on peut saluer le fait que les listes noires belges sont plus rigoureuses que celles de la plupart de nos voisins européens, elles gardent toutes le silence sur les paradis fiscaux qui opèrent au sein même de l'UE. Les multinationales qui délocalisent leurs bénéfices au Luxembourg, en Irlande ou aux Pays-Bas échapperaient donc à cette annonce et pourraient bénéficier d'un soutien public de l'Etat. Pourtant, ces pays causent le plus de dommages au Trésor belge: la Belgique perd 2,6 milliards d'euros au profit des ces paradis fiscaux chaque année. La transparence fiscale comme alternativeEn conditionnant tout soutien public à une obligation de transparence fiscale, notre gouvernement pourrait enfin savoir si les entreprises paient leur juste part d'impôts ou si elles dissimulent leurs profits dans des paradis fiscaux. Concrètement, les grandes entreprises qui bénéficient d'un soutien gouvernemental devraient être obligées de publier un rapport annuel public, dans lequel elles indiqueraient de manière transparente le montant des impôts qu'elles paient dans chaque pays où elles ont une activité et l'activité économique qu'elles exercent. Cette mesure de transparence aurait une portée beaucoup plus grande. En publiant certaines informations clés sur leurs activités (chiffre d'affaires, employés, filiales) et les impôts qu'elles payent dans tous les pays où elles opèrent, nous aurions un aperçu de toutes les pratiques fiscales des multinationales, y compris dans les paradis fiscaux européens. Si ces rapports devaient révéler que les entreprises se livrent à une évasion fiscale à grande échelle, il y a fort à parier que le public et les actionnaires exerceraient une pression supplémentaire sur ces entreprises et sur les pouvoirs publics.Enfin, au lieu de "simplement" punir les entreprises pour leurs activités passées, cette mesure est de nature transformationnelle et encouragerait les entreprises à adopter une approche différente à l'avenir. Elle est réaliste, rapide à mettre en oeuvre et peut conduire à un réel changement. Cette tribune a été co-écrite par Maaike Vanmeerhaeghe, chargée de plaidoyer en justice fiscale chez Oxfam et Wouter Lips, chercheur postdoctoral en politique internationale à l'Université de Gand.