On pouvait penser que la tension retomberait lentement au sujet de la neutralité dans les services publics et l'interdiction des signes convictionnels C'était sans compter sur une provocation de la part du MR, la semaine dernière, et une riposte fâchée de la commissaire générale du gouvernement à l'Institut pour l'égalité hommes-femmes, Ihsane Haouach, samedi dans la presse.
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On pouvait penser que la tension retomberait lentement au sujet de la neutralité dans les services publics et l'interdiction des signes convictionnels C'était sans compter sur une provocation de la part du MR, la semaine dernière, et une riposte fâchée de la commissaire générale du gouvernement à l'Institut pour l'égalité hommes-femmes, Ihsane Haouach, samedi dans la presse.La fracture entre gauche et droite se renforce au sein de la majorité fédérale, sur des thématiques qui font le lit de la droite nationaliste en Flandre. La grève des sans-papiers et la volonté de l'axe PS-Ecolo de dégager une "solution humaine" ont, elle aussi, contribué à détériorier le climat. Au point qu'un écologiste nous confiait, à la veille du week-end, qu'il valait mieux se taire, désormais, dans l'intérêt des principaux concernés.Le débat sur la neutralité prend, de son côté, une vilaine tournure. Mercredi dernier, lors de la première séance du conseil d'administration de l'Institut pour l'égalité hommes-femmes depuis la nomination controversée de Ihsane Haouach en tant que commissaire du gouvernement fédéral, le représentant du MR a provoqué un incident. Corentin de Salle, directeur au centre d'études du parti, lui a demandé de retirer son voile. Refus outré de la commissaire. Pour le libéral, il s'agissait d'une demande logique, vu la violation larvée du principe de neutralité de l'Etat.Samedi matin, dans les colonnes du Soir, Ihsane Haouach réplique vertement en menaçant de porter plainte en justice. "Je me suis vraiment sentie super-agressée, explique-t-elle. Je m'attendais à un show, mais je ne pensais pas que ça allait être une agression personnelle, que j'allais recevoir un ordre. C'était une attaque personnelle frontale qui avait pour but de m'intimider, de me faire craquer. Clairement, c'était une domination masculine envers une femme, il ne se serait jamais permis ce ton-là avec un homme. Je sentais vraiment une oppression, une tentative de domination. J'ai toujours voulu croire que c'était un débat sur la neutralité. Mercredi, j'ai compris que c'est un débat qui a un fond sexiste et raciste."L'interview donne lieu à des soutiens affichés dans les rangs écologistes, à l'origine de sa nomination. Sa coprésidente, Rajae Maouane, relaie notamment les propos... du virologue Emmanuel André: "Je découvre Ihsane Haouach à travers ce bel entretien. Je suis heureux qu'une personne comme elle s'engage pour défendre les valeurs de notre société. Car je pense qu'elle les défendra bien mieux que ceux qui l'insultent et la stigmatisent."Mais les libéraux n'en restent pas là. Ils répliquent, le ton montre entre son président, Georges-Louis Bouchez, et la commissaire du gouvernement. Après deux jours d'arguments en tous sens, le MR s'arrête sur une autre déclaration de la commissaire, dans la même interview au Soir:" Les principes fondateurs ne sont pas mis en danger par l'apparence mais par la montée des réactions d'extrême droite, disait Ihsane Haouach. La discussion n'est pas: est-ce qu'on remet en cause la séparation de l'Eglise et de l'Etat? C'est: comment la décline-t-on avec un changement démographique?""Cette déclaration de la commissaire du gouvernement à l'institut égalité homme femme est extrêmement dangereuse et illustre son incapacité à faire preuve de la neutralité nécessaire à cette fonction", tranche Bouchez. Le MR, soutenu par DeFI, compte demande des explications à Sarah Schlitz, secrétaire d'Etat Ecolo à l'origine de sa nomination. Les partisans de la neutralité dénoncent en outre le fait que la commissaire joue la victimisation, faute de pouvoir développer des arguments rationnels.Nous en sommes là. Et c'est peu dire que le climat ne s'est pas apaisé au fil de semaines.Theo Francken (N-VA) relève le même passage de l'interview et constate: adapter à la démographie, cela signifie à "l'Islam". Et de souligner que les Frères musulmans ont une nouvelle soeur...Au sujet de l'autre dossier qui fâche, celui de la grève de la faim des sans-papiers à Bruxelles, le week-end a été moins fertile en déclarations politiques. Après le positionnement du PS et d'Ecolo réclamant une "solution humaine" voire une régularisation, contre ce qui a été convenu lors des négociations gouvernementales, on cherche à réduire les tensions.Une source écologiste, bouleversée par la dégradation de la situation humanitaire des grèvistes de la faim, nous expliquait en fin de semaine que toute déclaration supplémentaire risquerait de leur être préjudiciable. Le rapport de forces politiques est tel qu'il faut tenter de calmer le jeu pour trouver des solutions individuelles, hors de toute surenchère médiatique, précisait-il.Cela n'a pas empêché le député défédéral Ecolo Rodrigue Demeuse de remettre un coup de pression e lundi matin sur Bel RTB: "Quand il y a une crise à ce point avec des centaines de personnes qui sont, on peut le dire, en danger de mort, il faut qu'il y ait des solutions politiques, dit-il. C'est effectivement au Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration de trouver des solutions. Il a toutes les cartes en main aujourd'hui." Et de poursuivre : "Il faut qu'il trouve des solutions humaines et qu'il puisse prendre ses responsabilités. On a toujours, dans le passé, trouvé des solutions pour ce type de situation. Il y a eu des grèves de la faim par le passé, que ce soit Maggie De Block, Patrick Dewael ou Melchior Wathelet, des solutions ont pu être trouvées. Il ne faut pas attendre un mort, il faut qu'on puisse trouver des solutions humaines."Le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), a placé les balises à la Chambre, jeudi dernier: "Pas de régularisation collective". Ce n'est pas ce que nous demandons, mais bien des critères clairs de régularisation et une commission indépendante, soulignent Ecolo, le PS, de même que le CDH et DeFI dans l'opposition. Reste-t-il de la place pour une solution?Ce bras de fer au sein du gouvernement, particulièrement vif entre les trois partenaires francophones de la majorité, indispose leurs partenaires flamands. En matière de neutralité, l'Open VLD a pris une position moins tranchée que son partenaire francophone, soulignant en substance que les temps changent. Sur le dossier des sans-papiers, le CD&V et le Premier ministre Alexander De Croo tiennent une ligne ferme en refusant toute entorse à la déclaration de gouvernement.Ces thématiques de l'asile, de l'immigration ou de la neutralité font toutefois le lit de la droite nationaliste en Flandre. Qui surfe dans les sondages. Bart De Wever, président de la N-VA, est revenu ce week-end à la charge avec une volonté de réformer l'Etat en 2024, la seule façon à ses yeux de tenir compte des sensibilités différentes au nord et au sud du pays. Il a relancé l'idée d'un grand accord avec le PS, qui avait pratiquement été conclu durant l'été 2020. En excluant toute main tendue à un Vlaams Belang jugé "trop extrémiste". Pour l'instant?Cette séquence, l'air de rien, dit peut-être beaucoup sur ce que pourrait être la suite de la législature. Tandis que l'on est en droit de s'interroger: les enjeux clés, pour la Vivaldi, ne sont-ils pas le "projet positif pour la Belgique", la relance socio-économique post-Covid ou le réchauffement climatique?