La grève de la faim des sans-papiers à Bruxelles, avec près de 500 personnes vivant dans une situation sanitaire qui se dégrade depuis le 23 mai, provoque des tensions au sein de la majorité fédérale.
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La grève de la faim des sans-papiers à Bruxelles, avec près de 500 personnes vivant dans une situation sanitaire qui se dégrade depuis le 23 mai, provoque des tensions au sein de la majorité fédérale. Ecolo et le PS demandent une "solution humaine", certains n'hésitant pas à plaider en faveur d'une régularisation, à la lisière de la déclaration gouvernementale. Le secrétaire d'Etat en charge du dossier, Sammy Mahdi (CD&V), reste sur une ligne ferme, tandis que le MR ne cache pas son irritation en rappelant les termes de l'accord de majorité, qui ne pévoit pas de régularisation collective.Le sujet faisait l'objet d'une série de questions d'actualité lors la séance plénière de la Chambre, ce jeudi après-midi. C'est l'opposition qui monte au créneau, aucune interpellation ne venant des rangs de la majorité.François De Smet (DeFI): "Ils sont 456 à avoir intenté une grève de la faim. Bien sûr, le moyen est extrême. Mais cela témoigne du profond désarroi que vivent ces femmes et ces hommes." Qui pouvaient espérer une réorientation de la politique après quatre années très strictes de la Suédoise. "Les sans-papiers sont les oubliés de la Vivaldi", lance le président de DeFI."Personne ne demande d'une régularisation collective", dit François De Smet, mais bien une plus grande transparence et d'autres critères pour régulariser. "Persistez-vous dans cette voie où des gens considérés come des invisibles?", demande-t-il. Une pétition signée par 26 000 personnes réclame une telle solution.Même appel de Vanessa Matz (CDH): "Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'Etat, cela se passe à quelques centaines de mètres d'ici, nous en revenons il y a quelques minutes, bouleversés." La situation est dramatique, avec quinze hospitalisations par jour, témoigne-t-elle. Ces gens sont intégrés, ils ont des familles: "c'est indécent que vous ne puissiez leur apporter une réponse". "Nous ne voulons pas non plus une régularisation collective, dit la députée CDH, nous voulons des critères clairs et une commission de régularisation indépendante."Nabil Boukili (PTB) souligne que ces sans-papiers "font partie de l'économie, mais ne bénéficient d'aucun droit". "On fait appel à eux quand on en a besoin. ces personnes sont surexploitées, souligne-t-il. Cette situation s'est aggravée avec la crise sanitaire." Un large front s'est constitué pour les soutenir et demander des critères de régularisation clairs, appuie le PTB. Qui nie le fait que son parti soit derrière cette grève..Dans un tout autre registre, Dries Van Langenhove (Vlaams Belang) s'en prend aux "partis de la gauche, dont certains font partie de votre gouvernement, qui les incitent à faire une grève de la faim en leur faisant miroiter une régularisation collective". L'extrême droite appelle à mettre fin à la grève de la faim et à préparer le renvoi de ces candidats à l'asile. "Le problème se situe dans la politique de retour", souligne aussi Jean-Marie De Decker (Indépendant), qui salue l'attitude de Sammy Mahdi (CD&V), secrétaire d'Etat à l'Asile, mais dénonce les "pyromanes d'Ecolo et du PS".Theo Francken (N-VA), ancien secrétaire d'Etat, évoque une situation "qui touche sur le plan humain". Il apporte son soutien à son successeur, Sammy Mahdi. "Notre groupe comprend et vous soutient, dit le député nationaliste. Mais c'est plutôt une question au Premier ministre: le problème figure au sein même de votre majorité. Vous alimentez ce faux espoir.""Une grève de la faim constitue toujours un drame humain, répond Alexander De Croo (Open VLD). Nous appelons à la fin de cette grève." Il réjoint Theo Francken: c'est une épreuve. Mais ce ne peut pas être une façon de peser sur les choix politiques."Aussi dramatique que soit une telle grève, cela ne peut déterminer notre politique, dit le Premier ministre. qui renvoie à l'accord de gouvernement. "Le gouvernement joue clairement l'approche individuelle, dit-il. La seule manière dont on peut voir la vulérabilité de ces personnes, c'est en travaillant dossier par dossier. Vous ne pouvez pas le faire en formulant des critères. Il ne peut pas être question d'un traitement collectif du dossier."L'Office des étrangers et le secrétaire d'Etat sont en charge du dossier, insiste-t-il."J'ai entendu ce que vous dites, Monsieur De Smet, sur le fait de ne pas être aveugle, répond le secrétaire d'Etat Sammy Mahdi. Nous le faisons depuis des semaines en menant le dialogue avec ces personnes. Je m'inquiète aussi de la situation actuelle, bien sûr. Je crains les conséquences médicales." Lui aussi affirme que cela ne peut peser sur les choix politiques. "Les réponses ad hoc ne sont pas les bonnes, nous avons besoin d'une solution structurelle, pas d'une régularisation collective. C'est mon devoir de ne pas donner de faux espoirs." Il appelle aussi tout le monde à ne pas jeter de l'huile sur le feu.Entre les lignes, c'est un message qui vaut, aussi, au sein de sa majorité.