Une foule immense réclame l'indépendance de la Catalogne

11/09/14 à 19:48 - Mise à jour à 19:50

Dans une forêt de drapeaux, des centaines de milliers de Catalans ont manifesté jeudi à Barcelone pour réclamer le droit de se prononcer par un vote sur l'indépendance de leur région, à l'instar de l'Ecosse dans une semaine.

Une foule immense réclame l'indépendance de la Catalogne

/ © Reuters

Contrairement au gouvernement britannique, qui a autorisé le référendum écossais le 18 septembre, le gouvernement espagnol refuse tout référendum régional d'autodétermination. Invoquant la Constitution, il veut empêcher celui que la Catalogne prépare pour le 9 novembre. A l'heure dite, les colonnes de manifestants portant des T-shirts rouges ou jaunes se sont alignés en longues files, sur deux grandes avenues de la seconde ville d'Espagne, pour former une immense oriflamme humaine aux couleurs du drapeau catalan et en forme de V, pour Voter.

Les associations indépendantistes, qui appelaient à "remplir les rues pour remplir les urnes", avaient annoncé avoir rassemblé plus d'un demi-million de volontaires, pour cette "Diada", la "journée nationale" de la Catalogne. Dans des roulements de tambour et au son grêle des grallas, les hautbois catalans traditionnels, les manifestants ont convergé en groupes ou en famille, brandissant les drapeaux catalans ou indépendantistes, frappés d'une étoile blanche sur triangle bleu. Par endroits, les manifestants formaient les pyramides humaines traditionnelles, les "castells", en montant sur les épaules les uns des autres, tandis que montait la clameur : "In, Inde, Independencia".

Lors de la Diada de 2012, une manifestation de plus d'un million de personnes avait contraint le gouvernement régional à promettre une consultation sur le maintien de la Catalogne dans l'Espagne. Après celle de l'année dernière, pendant laquelle les militants avaient formé une chaîne humaine de 400 kilomètres de long, l'exécutif catalan a fixé la date du scrutin au 9 novembre prochain. Cette Diada marque le 300e anniversaire de la prise de Barcelone en 1714 par les troupes du roi Philippe V, qui abolit les lois et les institutions catalanes. Symboliquement, le temps fort de la manifestation a été fixé à 17h14. Le chef du gouvernement catalan, Artur Mas, a averti Madrid qu'il ne pourrait "pas empêcher éternellement la Catalogne de se prononcer sur son avenir", dans une interview à l'AFP dans son bureau au palais gothique de la Generalitat, siège de l'exécutif régional. "Si une nation comme l'Ecosse a le droit de décider de son avenir, pourquoi pas la Catalogne ? ", a-t-il demandé.

Selon lui, le gouvernement espagnol ne doit pas continuer à opposer des arguments constitutionnels au problème politique que pose la Catalogne et cette consultation, non contraignante, est nécessaire pour savoir si les indépendantistes sont majoritaires. Fiers de leur langue et de leur culture, nombre des 7,5 millions de Catalans ne se sentent pas traités comme ils le souhaiteraient par le gouvernement central. Cette région, qui produit un cinquième de la richesse de l'Espagne, n'a pas accepté que le Tribunal constitutionnel la prive de son statut de nation en 2010, en réduisant fortement l'autonomie dont elle jouissait. Artur Mas a expliqué que cette décision avait fait basculer les mentalités en Catalogne en faveur de l'indépendance. Il compte faire adopter dans les prochains jours par le Parlement catalan une loi qui lui permette d'organiser la consultation, mais le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a prévu de saisir immédiatement le Tribunal constitutionnel pour qu'il suspende cette loi. Il serait difficile de faire reconnaître par la communauté internationale les résultats d'un scrutin organisé à l'encontre d'une décision du tribunal, reconnaît Artur Mas, mais il refuse de dire ce qu'il fera dans ce cas-là.

En savoir plus sur:

Nos partenaires