21/11/11 à 07:19 - Mise à jour à 07:19

La crise stratifiée

LA CRISE PERSISTANTE AU SEIN DE LA zone euro déteint de plus en plus sur la Belgique. La Grèce, le Portugal et l'Irlande subissent cette crise de plein fouet, mais l'Espagne et, depuis peu, l'Italie entrent, elles aussi, dans la zone de tous les dangers.

Certes, les nouveaux gouvernements grec et italien laissent présager des jours meilleurs, mais il reste quand même à craindre que cet espoir naissant ne soit pas suivi d'effet, de manière substantielle. Les chefs de gouvernement arrivent sur la scène et puis s'en vont. Alors que le nombre gigantesque de mesures à prendre reste inchangé.

Quoi qu'il en soit, la Belgique s'approche de la mélasse dans laquelle piétine déjà l'Italie. Un état de fait qui incite les investisseurs, inquiets du manque de détermination de nos dirigeants, à vendre des emprunts d'Etat, avec, à la clé, des charges d'intérêts en hausse et des budgets complètement ébranlés. D'où l'importance capitale de dresser un budget solide et cohérent pour 2012, accompagné, de préférence et à tout le moins, d'un début de mesures structurelles vigoureuses permettant de poursuivre les efforts d'assainissement après 2012, afin de restaurer la compétitivité internationale de nos entreprises et de stimuler la croissance économique et l'emploi, d'une manière tout à fait saine.

Voilà une tâche presque impossible. La possibilité de voir la Belgique aussi passer dans l'£il du cyclone financier devient de plus en plus réelle. Encore faut-il dire que la présente crise n'est pas un phénomène univoque. Elle est composée de plusieurs couches. La couche inférieure est formée par les défaillances inhérentes à la construction de l'euro. Celles-ci étaient présentes dès l'origine et rien, absolument rien, n'a été fait pour y parer. Ces manquements sont de deux ordres, à savoir l'absence d'une union politique digne de ce nom, d'une part, et de marchés de travail suffisamment flexibles, de l'autre. Si ces deux questions ne sont pas résolues, toute union monétaire est vouée, tôt ou tard, à aller dans le mur. Irrémédiablement.

La couche supérieure de la crise de l'euro concerne les problèmes des finances publiques. Si des pays comme la Grèce sont confrontés à des difficultés tout à fait intenables au niveau de leur budget et de leur endettement, il n'en est pas moins vrai que presque tous les autres pays de la zone euro s'acheminent vers des situations insupportables à terme. A cet égard, les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque des règlements internationaux (BRI) au sujet de l'évolution, à politique inchangée, des dettes souveraines de la zone euro sont très instructives. En 2040, les taux d'endettement (les dettes publiques traduites en pourcentage du PIB) varieront de 300 à 700 %. Une perspective parfaitement insoutenable. Signalons en passant que la France se trouve systématiquement en queue de peloton.

La grande et, hélas, croissante méfiance des marchés financiers vis-à-vis des obligations d'Etat émises par les pays de la zone euro est due à l'absence de mesures à la fois urgentes et énergiques devant écarter l'escalade des dettes souveraines. Aussi longtemps que les pouvoirs publics ne parviennent pas à prendre des mesures fiables, l'agitation et, donc, la crise continueront à semer le trouble dans la zone euro. D'autant plus que les projets pour corriger profondément les défectuosités structurelles de l'union monétaire dorment toujours dans les cartons.

Johan Van Overtveldt est l'auteur de The End of the Euro (Publisher B2), traduit en plusieurs langues, dont le chinois et le néerlandais (Acco).

Johan Van Overtveldt, rédacteur en chef de Knack et de Trends

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