Infertilité
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Infertilité: pourquoi il ne faut pas (trop) compter sur la science (analyse)

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste au Vif

Différentes techniques de procréation médicale assistée (PMA) aident les couples infertiles. Cependant, les chances de réussite dépendent d’une série de facteurs, dont l’âge de la femme. Et les avancées technologiques laissent peu d’espoirs à court terme.

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«Passé l’âge de 40 ans, nous ne pouvons plus faire grand-chose.» Herman Tournaye, chef de service au Brussels IVF, le centre de reproduction humaine de l’UZ Brussel, ne le répétera jamais assez: l’âge, l’âge, l’âge. «Aujourd’hui, les femmes réfléchissent à avoir des enfants à 30 ans, voire au-delà. Les couples pensent que tant que la femme a encore ses règles, tout va bien, et que les médecins peuvent faire des miracles, mais c’est faux», insiste-t-il. «Les femmes croient, à tort, qu’avec la PMA, on résout tous les problèmes. Or, si la qualité ovocytaire est mauvaise, on est coincés», abonde Marine Guisset, gynécologue spécialiste de la fertilité à la Clinique Saint-Jean, à Bruxelles.

C’est également ce qui ressort du rapport sur les causes de l’infertilité remis au gouvernement français en février dernier. «L’ignorance de nombreux couples sur la réalité du déclin de leur fertilité avec l’âge, conjuguée avec une confiance excessive dans la performance des techniques d’assistance médicale à la procréation, se traduisent par une demande d’accompagnement médical de plus en plus tardif, limitant ainsi les taux de succès.»

Le professeur Tournaye peste contre les récits de célébrités âgées et enceintes, relayés dans la presse. «C’est souvent grâce à l’ovule d’une femme plus jeune, mais tout le monde ne le réalise pas.»

En Belgique, la limite d’âge pour les traitements utilisant ses propres ovules est fixée à 45 ans. Passé 43 ans, les patientes n’ont plus droit à un remboursement de la mutuelle. Pour les femmes qui ont des ovules ou des embryons congelés, il est possible de les fertiliser jusqu’à l’âge de 47 ans. Au-delà, le seul moyen de bénéficier d’une technique de PMA, c’est de se rendre en Espagne, où la limite est fixée à 50 ans.

Techniques du futur (lointain)

Malheureusement, pas de technique miracle à l’horizon. «Le XXIe siècle devait être celui des cellules souches, à partir desquelles créer des spermatozoïdes et des ovules. Mais la technologie ne suit pas. Ça doit d’abord fonctionner sur les animaux, ce qui n’est pas encore le cas. Lorsqu’une technologie sera fiable pour les souris, il faudra encore dix ou vingt ans avant d’être disponible pour les humains», note le Pr Tournaye.

«Certaines études scientifiques sur des souris montrent des résultats encourageants, mais nous n’en sommes encore qu’au début, confirme Marine Guisset. Cependant, l’espoir existe qu’on puisse, un jour, améliorer la qualité ovocytaire. Mais prudence: on parle de manipulation génétique. Qui n’aboutira peut-être pas dans les cinquante prochaines années.»

Le rajeunissement des ovaires est une autre technologie de plus en plus prisée. Mais Annick Delvigne, gynécologue et cheffe de service au centre de PMA à la Clinique MontLégia (Liège), tempère: «Cette pratique ne fonctionnera jamais chez une femme de 40 ans, plutôt chez les femmes de 20 ans qui ont des insuffisances ovariennes – des ménopauses précoces – et chez qui on retrouve encore de petites quantités de follicules qui sont dans les ovaires. La grande recherche actuelle est de tenter de réactiver ces follicules résiduelles chez les femmes jeunes. Chez la femme âgée, on réactiverait des vieux ovocytes, ce qui n’est pas spécialement intéressant.»

Social freezing

Autre piste: la congélation des ovules avant l’âge de 35 ans. Après? Trop tard! «Nous avons commencé le social freezing en 2009. Mais il faut se montrer honnête envers les gens: il est improbable qu’une femme qui congèle ses ovules à 40 ans réussisse, un jour, à avoir un enfant.» Puis il ne faudrait pas que la cryopréservation – utile lorsque la femme n’a pas encore trouvé le partenaire adéquat – devienne «une politique de prévention pour les couples faisant passer leur carrière avant la parentalité, prévient Christine Wyns, cheffe du service gynécologie aux Cliniques Saint-Luc, à Bruxelles. D’une part, car la grossesse à un âge avancé comporte des risques, d’autre part, car le succès n’est pas garanti.

Garanti, le succès ne l’est de toute façon jamais, quelle que soit la technique. En 2019, le taux de réussite (au premier transfert d’embryon) pour les patientes de moins de 36 ans s’élevait à 31%. Et il diminue ensuite avec l’âge. «Il existe très peu de domaines de la médecine où les gens acceptent un traitement pour un taux de réussite si faible», observe Annick Delvigne.

Les chances peuvent encore s’amenuiser selon l’hôpital. Si tous peuvent pratiquer ces techniques, tous ne disposent pas de la même expertise. En 2015, le gouvernement avait commencé à rembourser la congélation des ovules pour les patientes atteintes de cancer. «A l’époque, le taux de réussite était de 30 à 35% par cycle de décongélation à l’UZ Brussel, mais inférieur à 8% dans le reste de la Belgique», affirme Herman Tournaye.

Toutefois, même une expertise uniformément au top ne contrerait pas complètement les caprices du corps humain. Chez les souris, ces chanceuses, les FIV réussissent dans 100% des cas

Les trois techniques les plus répandues

L’insémination artificielle

Injection du sperme dans l’utérus (ou le col utérin), pour le rapprocher le plus possible de l’ovocyte au moment de l’ovulation.

La fécondation in vitro (FIV)

Fécondation de deux cellules de reproduction, mâle et femelle, en laboratoire. Puis, en cas de succès, replacement des embryons dans l’utérus.

Le transfert d’embryons congelés

Congélation d’embryons obtenus dans le cadre d’une FIV pour créer une réserve dans laquelle les médecins pourront puiser pour un nouveau transfert ultérieur.

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