Lieven Annemans (UGent) : « Nos soins de santé manquent de coeur »

Quel est l’avenir du système de santé belge ? Pour tenter de répondre à cette question, le spécialiste de la santé Lieven Annemans a présenté les conclusions de son étude à 150 acteurs du secteur et décideurs politiques, lors d’un débat à Bruxelles. Sur la table, 70 recommandations concrètes pour des soins de santé plus durables et résilients. Entretien.

Quels engagements ont-été pris après cette journée de débats ?

Nous avons réaffirmé des demandes déjà existantes, comme l’importance des médecins généralistes, qui jouent un rôle indispensable dans le système de soins de santé belge. Chaque citoyen doit avoir accès à un médecin généraliste. Ensuite, nous avons demandé d’investir davantage dans les organisations de patients. Elles sont importantes pour informer le patient sur les soins qu’il peut recevoir. Aussi, nous avons poussé pour des soins de santé plus humains, tant du côté des patients que des prestataires de soin. Très important également, et on en parle moins, il faut plus de collaboration entre le fédéral et les entités fédérées. Je vais vous donner un exemple. Si une personne âgée chute et se fracture la hanche, elle dépend du fédéral pour le financement et des entités fédérées pour la prévention. Pour plus d’efficacité, il faudrait un programme de cofinancement liant fédéral et fédéré. C’est possible, on le fait déjà pour le dépistage des cancers par exemple.

Quel est le point de départ de cette étude ? Le fait que notre système de soins de santé est mal en point ? 

Selon la London School of Economics, qui a participé à cette étude, notre pays a un système de soins de santé plutôt performant. Comme nous sommes un petit pays, les soins sont proches des patients. Dans certains pays, les patients doivent attendre plus longtemps avant d’avoir accès à des soins. Evidemment, notre système de soins de santé n’est pas parfait. On peut faire mieux, notamment au niveau de la prévention des maladies et du partage des compétences entre le fédéral et les entités fédérées. Il y a aussi à mon sens un certain « gaspillage » : nous dépensons parfois de l’argent dans des soins ou traitements qui ne sont pas nécessaires. Dans un monde idéal, il faudrait récupérer cet argent pour le réinjecter dans la prévention des maladies.

Il faut plus de cœur pour les patients, mais aussi pour les médecins et infirmiers. Ces derniers donnent énormément, même si leurs conditions de travail ne sont pas géniales.

En quoi les années de pandémie ont impacté les soins de santé en Belgique ? 

On en a retiré du positif. D’abord, une flexibilité des prestataires de soins. Certains sont sortis de leur fonction pour s’entraider. Deuxièmement, on a découvert la télémédecine, qui est une autre alternative. Du point de vue négatif, la crise sanitaire a eu un impact certain sur la santé mentale, qui à mon sens a été sous-estimé. Il faut investir davantage dans la prévention des maladies psychiques, ainsi que dans l’accès à des séances chez le psychologue. On s’est aussi rendu compte que les soins de santé devaient être plus humains. Il faut plus de cœur pour les patients, mais aussi pour les médecins et infirmiers. Ils travaillent énormément et leur qualité de vie sur place n’est pas géniale. Je travaille dans mes recherches sur l’augmentation du bien-être au travail, et c’est important. 

Lors de cette crise sanitaire, les médecins et infirmières ont-ils été ‘oubliés’ ? 

Pendant cette période, c’était un peu “à la guerre comme à la guerre” comme on dit. La crise a accentué les difficultés de travailler dans les soins de santé, et a un peu mis de côté la qualité de vie sur le lieu de travail.

Comment alors améliorer leurs conditions de travail ? Soutenez-vous l’augmentation des salaires des infirmiers, voulue par une partie du monde politique ?

Nous n’en avons pas parlé explicitement lors de cette conférence-débat, mais il est clair qu’un meilleur salaire contribue à la valorisation des métiers des soins de santé. Pour autant, il ne suffit pas de gagner plus pour mieux se sentir au boulot. Il faut aussi prendre en compte les conditions de stress sur le lieu de travail, les ressources disponibles, le soutien des collègues et de la hiérarchie ainsi que la formation. Le bien-être au travail, c’est un tout.

Après cette journée de débats, qu’attendez-vous pour l’avenir des soins de santé belges ? 

Au total, nous avons soumis 70 recommandations au secteur de la santé et aux décideurs politiques. Maintenant, il faudrait que deux rounds de consultation suivent afin de déterminer qui va faire quoi et quelles sont les priorités à court terme. Savoir qui sera responsable de quelle matière est essentiel avant de pouvoir passer à l’action.

Nathan Scheirlinckx

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