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Ne pas réussir à avoir un enfant: «Au premier échec, je me suis sentie misérable» (témoignages)

A la solitude se greffe parfois la honte: pourquoi ne pas parvenir à faire quelque chose qui semble si naturel aux autres? Ne pas réussir à avoir un enfant, un problème qui peut, bien malgré soi, virer à l’obsession. Témoignages.

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Une obsession. Une spirale. Un engrenage. Un parcours ponctué de déceptions, poussant à toujours aller au-delà des limites. Pour parvenir à son unique but: serrer enfin un bébé – son bébé – dans les bras. Au début, les essais sont enthousiastes. Puis les mois passent, et toujours rien. Un problème? Gynécologue. Bilan de fertilité. Premiers examens intrusifs. Tout romantisme a disparu: un bébé comme simple fruit de l’amour n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Jusque-là, pour beaucoup, cela semblait une évidence: s’ils voulaient des enfants, ils en auraient! Premières analyses, les résultats tombent comme un couperet. Rien ne sera si simple. Sa faute à elle? A lui? A personne? Les réponses se révèlent rarement claires. Le ressenti et la douleur varient selon les histoires. Mais toutes partagent des points communs.

Au début, je prenais congé au moment des résultats, car je savais que je risquais de finir en lambeaux. Après, j’allais simplement pleurer dans les toilettes du boulot.

La solitude, d’abord. Aussi attentionné que soit l’entourage, les déceptions suivant chaque échec se vivent intimement. Solitude lors de l’échographie dévoilant le nombre d’ovocytes. Solitude au bout du fil, à l’annonce des résultats. Solitude volontaire, parfois. Le couple se cache, même de ses parents dans certains cas. «La première fois, je me suis écroulée. Un torrent incontrôlable de larmes. Je me sentais comme une pauvre chose misérable, se souvient Catherine (1). Au début, je prenais congé au moment des résultats, car je savais que je risquais de finir en lambeaux. Après, j’allais simplement pleurer dans les toilettes du boulot.»

Ne pas réussir à avoir un enfant: une baffe

Ce sera dur. Les médecins l’annoncent d’emblée. «Au départ, on reçoit toutes sortes d’informations. Par exemple, qu’un embryon fécondé n’a que 30% de chances de finir en grossesse. Mais on oublie, ou on fait comme si. On espère trop. Naïvement, on se dit que pour nous, ça fonctionnera», confie Lilli (1). «Je m’étais tellement focalisée sur la réimplantation des embryons que je ne m’étais pas du tout préparée au fait qu’il n’y aurait peut-être rien à réimplanter», se souvient-elle encore. C’était évident: la première étape se passerait sans encombre. Juste un coup de pouce! «Après deux semaines d’injections d’hormones, on m’annonce que ça n’a servi à rien. Trou noir. J’avais pourtant respecté le protocole à la lettre. Il m’a fallu deux semaines pour retrouver le moral et le courage.»

Courage, aussi, en s’entendant dire que les «embryons sont bof», lorsque le biologiste laisse tomber une indispensable fiole, à force d’entendre «trop tard, trop grosse, trop anxieuse»… Courage, enfin, de se tourner vers des techniques moins classiques. Massages, acupuncture, méditation, chaman… Sait-on jamais.

Cher bébé

«Une fois qu’on commence, on va jusqu’au bout. Je le voulais tellement…», partage encore Lucie. Tant pis pour le portefeuille: une fois les six essais remboursés dépassés, chaque tentative coûte entre 5 et 10 000 euros. Don d’ovocytes en Espagne? Jusqu’à 20 000 euros. Les FIV remboursées nécessitent aussi de sortir 600 euros de sa propre poche, par tentative.

«A chaque échec, retour à l’hôpital pour évoquer les pistes encore possibles. Cela redonnait du courage et nous faisait envisager des choses qu’on imaginait impossibles», poursuit Lucie. Simple simulation hormonale, puis insémination, puis fécondation in vitro et ponctions d’ovocytes fort peu agréables, puis, en dernier recours, don d’ovocytes… A chaque coup au moral, une nouvelle option de repli. Et des techniques toujours plus intrusives. «Si on m’avait dit d’emblée que j’allais devoir passer par des FIV, j’aurais peut-être refusé », admet Lucie. « Mais j’ai quand même fini par en faire sept, dont deux avec dons d’ovocytes.»

Très mobilisant physiquement, mais surtout psychologiquement

Sophie, elle, était juste prête à faire des inséminations. «Trop de copines galéraient avec les FIV. J’en suis maintenant à ma deuxième FIV et je ne me vois pas arrêter. Le don d’ovocytes me semble inenvisageable, mais en vérité, je pourrais changer d’avis. Tant que je suis actrice du processus et qu’il est possible de rebondir, je pense être prête à continuer.» Pourtant, «faire un parcours de grossesse médicalement assistée est très mobilisant physiquement, mais surtout psychologiquement, poursuit-elle. Les traitements sont lourds, mais aussi chronophages. Il faut s’absenter souvent, parfois plusieurs matins de suite, le stress devient vite permanent. Gérer son temps, ses émotions, aller travailler malgré tout…»

Si on m’avait dit d’emblée que j’allais devoir passer par des FIV, j’aurais peut-être refusé. Mais j’ai quand même fini par en faire sept.

Pendant ce temps-là, les amis, eux, parviennent à en avoir, des enfants. «Longtemps, j’ai eu beaucoup de mal avec celles qui tombaient enceintes. Certaines l’ont compris, d’autres moins. Mais je ne pouvais rien y faire: pourquoi elles et pas moi?», se remémore Lilli. Pour qui travailler avec des bébés n’a rien arrangé. «A l’hôpital, je voyais des femmes qui s’en foutaient, de leur enfant. Ou à qui on le retirait, parce qu’elles étaient incapables de s’en occuper. J’ai été envahie par un énorme sentiment d’injustice. La tristesse intérieure était telle que j’ai dû avoir une aide psychologique.»

«Le soir venu, on veut juste la paix»

Dans le couple, le risque de rupture n’ est jamais loin. «Cela joue sur la libido, admet Catherine. Les relations sexuelles imposées par un planning établi… Et puis, on passe tellement de temps allongée sur une table à se faire « trifouiller » que la zone n’a plus rien d’érogène. Le soir venu, on veut juste la paix», explique-t-elle. «Il m’est arrivé d’envisager aller voir ailleurs, confie Emilie. Mais on revient vite à la raison. Si j’avais choisi mon conjoint comme futur père de mon enfant, ce n’était pas un hasard. On ne peut pas tout envoyer valser sans se remettre en question, c’est trop facile.» Le poids des problèmes d’infertilité et des traitements pèse presque exclusivement sur les femmes. Durant le processus, l’homme devra, au pire, remplir un petit flacon de sperme. Peu glamour, mais surtout douloureux pour l’ego. Ce qui n’empêche pas la tristesse, la déception. Mais, moins blessés dans leur chair, ils auraient tendance à se projeter plus rapidement vers l’avenir.

Parfois, rien ne fonctionne. L’ échec concernerait entre 10 et 20% des couples. Persévérer si longtemps permet peut-être d’éprouver le moins de regrets possible. Et pour ceux qui finissent par devenir parents, les sacrifices et les larmes sont balayés dès qu’ils serrent dans leurs bras la merveille tant désirée.

(1) A la demande de certaines intervenantes, les prénoms ont parfois été modifiés.

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