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Infertilité: en Belgique, un couple sur six est concerné (analyse)

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste au Vif

Société infertile, société vouée à disparaître? Cela pourrait se produire d’ici un siècle et demi à deux siècles, selon un très sérieux rapport français. Pour les parents comme pour les autorités, un changement de cap s’impose.

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Et si le coup de grâce ne venait finalement pas du climat, genre vague de chaleur mortelle, tsunami géant ou intoxication massive aux pesticides. Pas plus que d’une pandémie chinoise. Ni d’un météore, façon dinosaures. Mais des corps. Des entrailles, devenues trop stériles. «Les scénarios les plus pessimistes prévoient une extinction de l’espèce humaine dans un siècle et demi. Deux siècles, pour les plus optimistes.» Samir Hamamah n’est guère prophète. Il est chef du service de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier. Et il est inquiet, comme il le confiait au Point en février dernier.

Inquiet car, déjà, par choix de vie, de plus en plus de couples ne deviennent jamais parents. Et puis, les grandes fratries se font plus rares. En 2020, en Belgique, 113 739 bébés ont vu le jour. Un siècle plus tôt, selon Statbel, ils étaient 163 524. Depuis les années 1960, le nombre de naissances ne cesse de décliner. Tout comme l’ICF, l’indicateur conjoncturel de fécondité, qui s’établissait à 2,64 en 1961, et qui a chuté à 1,60 en 2019. Selon les Nations unies, «le taux de fécondité dans tous les pays européens est aujourd’hui inférieur à celui nécessaire pour parvenir à un seuil de renouvellement de la population à long terme.» D’ici à 2050, la population de 55 pays industrialisés devrait diminuer d’au moins 10%. Et si la population mondiale poursuit sa croissance (de 7,8 milliards aujourd’hui à 9,7 en 2050), ce n’est majoritairement que grâce à l’Afrique.

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Mais ne pas faire d’enfant n’est pas toujours volontaire: les problèmes d’infertilité, eux, suivent plutôt une courbe ascendante. Infertilité? Soit lorsqu’un couple en âge de procréer et ayant des rapports sexuels réguliers est dans l’incapacité d’obtenir une grossesse, après un an si la femme a moins de 35 ans et 6 mois si elle est plus âgée. Selon l’OMS, entre 48 millions de couples et 186 millions de personnes sont concernés. En France, précise le rapport rendu par Samid Hamamah au gouvernement, le taux d’infertilité est estimé à un couple sur quatre.

En Belgique, «pas vraiment de chiffres précis, indique Christine Wyns, cheffe de service de gynécologie-andrologie aux Cliniques universitaires Saint-Luc et professeure à l’UCLouvain. Les registres concernent plutôt les traitements donnés.» Sur cette base, la moyenne européenne est d’un couple sur six. Peu de raisons d’imaginer que le taux belge en soit fort éloigné.

Le taux de fécondité dans tous les pays européens est aujourd’hui inférieur à celui nécessaire pour parvenir à un seuil de renouvellement de la population à long terme.

En Belgique, les traitements sont remboursés depuis 2003. Gros boom, jusqu’en 2009. Augmentation plus lente, ensuite. Pas de panique, alors? Sauf que de nombreux facteurs influencent l’infertilité, et certains n’évoluent pas positivement. «Tout est entre les mains des humains. Cela peut effectivement s’aggraver si la société continue de fonctionner sur les bases actuelles ou les amplifie», considère Christine Wyns.

Si certains facteurs sont environnementaux (pollution, perturbateurs endocriniens… ), d’autres sont davantage liés au comportement. Alcool, tabac, mais aussi priorisation ou non de la maternité. «Jusqu’à quel point fonder une famille peut être postposé? interroge la spécialiste. L’âge de la femme est capital.»

Dans les pays nordiques, où existent des aménagements pour aider les femmes à conjuguer maternité et carrière, la fertilité aurait tendance à moins baisser. La balle est aussi dans le camp des autorités – adaptation du temps de travail, aides pour l’employeur… La société infertile ne s’autodétruira pas si elle en décide autrement.

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