Les tiques sont-elles vraiment dangereuses?

Le Vif

Au retour des beaux jours, les tiques aussi s’apprêtent à entrer en action ! Ces petits arachnides peuvent quelquefois être à l’origine de graves problèmes de santé… mais la panique de certains est-elle vraiment à la mesure du danger réel ?

La « saison des tiques » va de mai à octobre et il convient donc d’être plus vigilant quand on va se promener. Selon certains, cette affection provoquée par la bactérie spiralée Borrelia burgdorferi représente une réelle menace pour la santé publique. Sans nier la gravité de ses complications possibles, il convient toutefois de garder la tête froide face aux histoires parfois abracadabrantes qui circulent à propos des tiques et des maladies qu’elles propagent…

Concrètement, l’ampleur du problème reste toutefois difficile à mesurer, notamment parce que l’infection reste parfois asymptomatique, et que les plaintes provoquées peuvent être variées et vagues. En 2018, date des derniers chiffres disponibles, près de 534 cas de maladie de Lyme ont été diagnostiqué. La moyenne depuis plusieurs années est aux alentours de 500.

Morsure, mais pas forcément infection

Certains vont immédiatement réclamer une prescription d’antibiotiques dès qu’ils aperçoivent l’ombre d’une tique. Une telle réaction de panique n’a pourtant pas lieu d’être, comme le conclut le projet néerlandais Tekenradar (littéralement « le radar à tiques »). Ses concepteurs invitent la population à signaler en ligne les morsures de tiques et les éventuels symptômes observés, photos à l’appui, mais aussi à expédier si possible la tique aux organisateurs. En 2012 et 2013 ont ainsi été récoltées près de 5000 tiques, dont 20 % étaient porteuses de la bactérie Borrelia. Un suivi prolongé des participants a toutefois révélé que 2 % « seulement » d’entre eux ont finalement développé une maladie de Lyme. Parmi ces personnes infectées, dans 80 % des cas, l’affection se limitait à l’éruption cutanée caractéristique, des symptômes plus sérieux n’étant donc observés que chez environ 1 patient mordu sur 5. La majorité des plaintes (91 %) se manifestaient endéans les trois mois.

En conclusion, on peut affirmer tout d’abord que nombre de tiques ne sont pas porteuses de la bactérie (mais nous ne disposons pas de données récentes pour la Belgique). Ensuite que la morsure d’une tique infectée ne provoque pas toujours – loin s’en faut – une maladie de Lyme. Après une morsure, 4 personnes sur 1000 seulement développeront des symptômes sévères.

Faire preuve de discipline

Une morsure de tique passe souvent de prime abord inaperçue car la tique est minuscule et injecte un anesthésique. Au bout de quelques heures, la morsure commence toutefois à démanger. Une tique engorgée atteint la taille d’un petit pois.

Le meilleur moyen d’éviter une contamination est de contrôler soigneusement la présence de tiques après chaque promenade dans une région à risque (le jardin ou le parc du quartier peuvent en faire partie !). Demandez éventuellement à votre conjoint de contrôler les endroits que vous ne voyez pas bien vous-même.

Même si vous avez bien été mordu, le risque de contamination reste très limité si vous avez repéré rapidement l’intruse. Un certain temps s’écoule en effet entre le moment où la tique s’accroche à la peau et celui où elle commence à se nourrir du sang de son hôte. Le danger est donc très faible au cours des 24 premières heures. Pensez également à contrôler la présence éventuelle de tiques chez vos animaux de compagnie : si elles ne se sont pas encore accrochées à la peau, il est toujours possible qu’elles se déplacent vers un hôte humain ! À partir du moment où elles ont mordu l’animal, elles ne représentent par contre plus aucun risque pour l’homme.

Éliminer les tiques

Lorsque la tique s’est accrochée, il faut l’arracher… À ce propos, bon nombre d’histoires circulent sur les risques encourus lorsque cette opération n’est pas réalisée dans les règles de l’art. En réalité, nous ignorons quelle est la méthode la plus efficace et la plus sûre pour éliminer les tiques (3) : il n’existe jusqu’ici aucune étude sérieuse à ce sujet. Rien ne prouve ainsi que les pinces spéciales soient plus efficaces qu’une pince ordinaire ! Une simple pince à épiler peut suffire : saisissez la tique au niveau des mandibules (elle n’a pas de tête) et tirez doucement jusqu’à ce qu’elle se détache. Si vous n’avez pas de pince sous la main, un fil (prélevé par exemple sur un vêtement) que vous enroulerez plusieurs fois à la base du parasite pourra également faire l’affaire.

© getty

Le prétendu danger des fragments de mandibules restés dans la plaie n’est pas davantage confirmé par la science. Ils finiront par se détacher avec les cellules mortes auxquelles ils sont accrochés. Lavez simplement le site de la morsure et contrôlez-le quotidiennement. Au moindre signe d’inflammation ou d’érythème migrant (l’éruption circulaire caractéristique qui s’étend de façon progressive), consultez votre médecin, qui évaluera la nécessité d’un traitement par antibiotiques. Il peut également être utile de consigner dans votre dossier médical le lieu et la date de la morsure, car cette information pourrait servir plus tard. Enregistrez également la morsure de tique sur www.tiquesnet.be.

Un excellent porteur

Les tiques sont susceptibles de transmettre, via leur morsure, une foule de pathogènes : Rickettsia, Babesia, Coxiella ou Bartonella et les virus responsables de l’encéphalite à tiques. Les personnes qui cherchent des informations sur internet s’imaginent parfois que chaque tique est porteuse de l’ensemble de ces germes, mais ce n’est évidemment pas le cas. L’encéphalite verno-estivale, par exemple, ne se rencontre pratiquement que dans la « ceinture de l’encéphalite à tiques » (recouvrant l’Autriche, la Suisse, le sud de l’Allemagne, etc.). Il est recommandé aux personnes qui prévoient de faire de la marche ou du camping dans une région à risque de se faire vacciner. L’infection se produit directement lors de la succion du sang. Apparaissent tout d’abord des symptômes grippaux, puis une période sans symptômes, suivie, dans un cas d’infection sur dix, par une encéphalite ou une méningite, qui provoque parfois des dommages irréversibles, voire la mort. Rickettsia, Babesia, Coxiella et Bartonella se rencontrent également en Belgique, mais principalement chez le bétail et les animaux domestiques. Il est exceptionnel qu’une infection soit signalée chez l’homme.

Non, la tique ne va pas vous sauter dessus

La tique est un petit parasite arachnide brun noir, qui vit dans les bois, les hautes herbes et les dunes, et a besoin de sang pour se reproduire. Comme elle ne sait ni sauter ni voler, elle  » attend  » patiemment sur les plantes ou dans l’herbe le passage d’un animal ou d’un être humain. Elle se laisse alors tomber et insère ses pièces buccales dans la peau de sa victime, puis en absorbe le sang pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours.

L’une des idées reçues les plus courantes à propos des tiques est qu’elles seraient capables de sauter sur leur victime depuis un buisson… alors que leurs pattes ne se prêtent absolument pas à ce genre d’exercice. Elles sont capables de ramper, mais pas de sauter ne fût-ce qu’un centimètre ! Et elles ne se laissent pas non plus tomber des arbres !

Pour éviter les tiques en promenade, restez sur les sentiers et portez des vêtements qui couvrent le corps le plus possible.

La maladie de Lyme

Apparaît tout d’abord sur la peau un anneau rouge dont le centre est plus pâle. Après quelques semaines voire quelques mois, les personnes infectées peuvent présenter des symptômes semblables à ceux de la grippe, une fatigue importante, une méningite, une paralysie faciale, des douleurs articulaires et musculaires et des problèmes cardiaques. Ces maux peuvent même devenir chroniques. Lorsque la tique est éliminée dans les 24 heures, le risque de contracter la maladie est quasi nul. À chaque étape, un traitement à base d’antibiotiques est possible.

5 questions sur la maladie de Lyme
Le CHU Saint Pierre répond aux questions les plus fréquemment posées sur la maladie de Lyme.
1) Comment attrape-t-on la maladie de Lyme?
Par la morsure d’une tique infectée par la bactérie Borrelia qui provoque la maladie de Lyme (borréliose).
2) Dans quelles régions en Belgique faut-il faire particulièrement attention?
Dans la province du Brabant Flamand, en Campine et dans les Ardennes.
3) Quels sont les symptômes?
Dans les 3 à 30 jours il se peut qu’à l’endroit de la morsure apparaisse une tache rouge qui grandit de jour en jour, parfois avec un centre plus clair (érythème migrant). A ne pas confondre avec la réaction à la morsure de tique, apparaissant en général dans les 2 jours après la morsure, faisant moins de 5 cm avec des bords mal délimités et ne grandissant pas.
Dans les semaines/mois qui suivent la morsure (<6 mois): maux de tête avec parfois de la fièvre, paralysie. Plus de trois mois après la morsure : douleurs et gonflement articulaire persistant, le plus souvent d’un genou. Plus de 6 mois après la morsure: paralysies, surdité. Ces manifestations peuvent survenir isolément.
En fonction des régions jusque 20% de la population peut avoir un résultat positif pour la borréliose, sans symptômes. Un résultat positif en l’absence de symptômes caractéristiques décrits ci-dessus n’est pas indicatif d’une infection active. Un traitement antibiotique ne sera donc jamais proposé sur base d’une seule sérologie positive.
4) Comment diagnostique-t-on la maladie?
Le diagnostic est basé sur une analyse de sang pour y rechercher des anticorps contre la bactérie (sérologie).
5) Quels sont les traitements à administrer?
Le traitement de prédilection est la Doxycycline, sauf chez la femme enceinte et l’enfant de moins de 8 ans. Dans une minorité de cas, un traitement par la ceftriaxone peut être indiqué. La durée maximale de l’antibiotique (dans certains cas) est de 28 jours. Aucune émergence de résistance aux antibiotiques n’a été décrite chez la Borrelia.

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