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Infertilité: les perturbateurs endocriniens diminuent la qualité du sperme

Zoom sur une catégorie de polluants environnementaux qui ne veulent aucun bien à la fertilité: les perturbateurs endocriniens (PE).

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Je suis invisible, mais présent partout. Je ne suis pas produit par l’organisme, pourtant, je le colonise. Seul, je peux être inoffensif, mais en bande, mes dégâts sont considérables. Je suis, je suis… un perturbateur endocrinien! Soit un polluant interférant avec le système hormonal, jusque dans ses glandes (thyroïde, ovaires, testicules…) et ses cellules productrices d’hormones, pour ensuite être libéré dans le sang. Ses trois spécialités: modifier la production d’hormones, mimer leurs actions ou carrément les bloquer.

«Certains perturbateurs sont connus comme affectant la reproduction. Il s’agit surtout de sub-stances ayant des effets semblables aux œstrogènes ou des effets antiandrogéniques. Les hommes et les femmes sont chacun sensibles à certains d’eux», détaille la professeure Anne-Simone Parent, chargée de cours en pédiatrie, à l’ULiège. D’autant que les sources potentielles de contamination foisonnent: pesticides, herbicides, produits cosmétiques, plastiques… «Beaucoup d’agences de protection de l’environnement et de régulation affirment qu’en dessous de certains taux, les perturbateurs endocriniens ne sont pas dangereux. Mais le problème, c’est que chaque substance est étudiée séparément. Or, ensemble, le résultat est différent, parfois pire», insiste l’experte.

Chez les hommes, l’exposition aux perturbateurs endocriniens est souvent associée à une diminution de la qualité du sperme, et à l’augmentation des cancers du testicule. «Cela conduit à une altération des deux fonctions du testicule qui sont, d’une part, la production de testostérone et, d’autre part, la production des spermatozoïdes, poursuit Anne-Simone Parent. Une production diminuée de testo- stérone entraîne donc une diminution de la qualité du sperme. C’est un cercle vicieux.»

Trop gros, trop peu

Par conséquent, les spermatozoïdes sont moins mobiles, moins gros et, surtout, moins nombreux. Une analyse de plus de deux cents études réalisées à travers le monde révèle ainsi que la quantité de spermatozoïdes a diminué de plus de la moitié au cours des quarante dernières années chez les hommes occidentaux. Entre 1973 et 2011, leur concentration dans une éjaculation aurait même baissé, en moyenne, de 1,4% par an.

A l’origine, l’influence des polluants sur les troubles de la fertilité était surtout étudiée chez les hommes. Depuis peu, l’intérêt scientifique se porte aussi sur les femmes. «Chez elles, le développement de l’ovaire sera affecté puis, plus tard, son fonctionnement, au moment où les follicules se développent et les ovules sont émis.»

La puberté semble également de plus en plus précoce. Ce qui pourrait avoir une répercussion négative sur la fertilité. «Dans les modèles animaux, on constate que des problèmes de puberté sont généralement suivis de problèmes d’ovulation», relaie Anne-Simone Parent.

Plus inquiétant: les troubles de la fertilité provoqués par les perturbateurs endocriniens semblent se transmettre de génération en génération. Un enfant, même non exposé à ces substances chimiques, pourrait connaître des problèmes de reproduction et de puberté: merci les effets épigénétiques. «Donc, même si la substance est retirée de l’environnement, le problème n’est pas résolu, conclut la spécialiste. On aura déjà perdu quelques générations.» Jusqu’à ce qu’il soit trop tard?

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