Chronique

Pierre Havaux

Vent du Nord par Pierre Havaux: Frontnacht, le festival flamand qui a failli faire danser l’extrême droite (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

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La musique adoucit les mœurs, à ce qu’il paraît. Le collège communal d’Ypres en a finalement décidé autrement. Frontnacht, nouveau volet musical de l’IJzerwake, ce fruit d’une dissidence, en 2003, avec un pèlerinage annuel flamingant de l’Yser en perte d’affluence et au discours jugé trop timoré, n’aura finalement pas lieu le 27 août à Steenstrate. On n’y poussera donc pas la chansonnette dans un répertoire bien senti au milieu de la fine fleur de la branche radicale du nationalisme flamand, Vlaams Belang en tête, et on n’y puisera pas des raisons d’espérer dans l’avènement d’une Flandre indépendante bien bien droitière. Il s’en est toutefois fallu de peu…

Une affiche qui fleurait bon des affinités avec la mouvance radicalement de droite.

L’ ambiance en mode «Frontnacht» aurait été assurément fort éloignée de celle des Ardentes, de Couleur Café ou des Francofolies. Devait s’y produire un échantillon pas mal représentatif de la scène musicale «identitaire» venu de Flandre et d’ailleurs. Initialement au programme: de l’hardcore mélodique italien nommé Bronson, Sacha Korn et Phil van Flak pour le «made in Germany», un apport néerlandais par Flatlander, les Flamands Storm & Drang et DJ Dré pour faire tourner les platines. Une affiche qui fleurait bon des affinités avec la mouvance radicalement de droite.

Les milieux antifascistes s’en étaient émus après avoir consulté les CV des artistes invités, parcouru leurs paroles, scruté leurs sympathies, reconstitué leurs parcours. Il s’en dégageait l’un ou l’autre indice d’une sensibilité pour la cause des Hammerskins, mouvement de suprémacistes blancs du Texas qui a aussi posé ses valises en Europe. Etaient aussi répertoriés quelques incidents, refoulements ou interdictions de se produire en Allemagne ou en Suisse. Bref, sous les décibels de la scène de Frontnacht, on s’attendait à des chansons à texte aux accents militaristes et à des messages néonazillons à faire passer.

Foutaises, fantasmes d’obscurs sites Web inféodés à l’extrême gauche, avides de dénigrer une fête de la musique identitaire parfaitement inoffensive où le néofascisme n’aurait pas sa place, juraient les organisateurs. N’y seraient entonnés que des odes à la patrie ou quelque hymne à l’amour d’une nation. Les esprits chagrins ont pourtant été relayés par l’opposition locale Groen qui a d’emblée tenté de faire interdire sur le territoire d’Ypres ce rassemblement ressenti comme une insulte au passé de ville martyre de 14-18, une gifle à l’image d’une «ville de paix».

Oui mais voilà, il y a de ces présences qui peuvent embarrasser mais ne peuvent se refuser. Ainsi l’Ocam, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace, ne voyait pas d’objection de nature juridique à la tenue de Frontnacht. Le feu était passé au vert. «Nous ne sommes pas heureux à 100% de pareille organisation mais nous ne pouvons faire autrement que de l’autoriser», résumait voici encore quelques jours l’échevin yprois en charge de l’événementiel qui gardait toutefois sous le coude l’attestation écrite remise par les organisateurs qu’en aucun cas Frontnacht ne serait cet événement fascisant que l’on suspectait. Manifestement, la Ville d’Ypres a fini par entendre… raison.

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