Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: s’en prendre aux handicapés, c’est toujours trop injuste

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Des handicapés, en Flandre, pourraient voir leur aide financière rabotée en vertu d’un changement des règles d’attribution.

Trompeuses ou pas, les apparences sont réunies pour faire de cette affaire de réduction des aides aux handicapés, une vraie fausse note gouvernementale. Circonstance politiquement aggravante, elle plonge, en Flandre, des milliers de personnes atteintes d’un handicap dans une situation financière on ne peut plus délicate. Jusqu’à 10 000 euros de manque à gagner par an, le tribut paraît bien lourd à payer pour des promesses de soutien financier subitement non honorées.

Sale affaire, portée devant le Conseil d’Etat par une asbl de défense des droits de ces personnes vulnérables, en attente d’une enveloppe à même de les aider à gérer leurs problèmes de santé et de mobilité mais promise à être significativement rabotée en vertu d’un changement des règles d’attribution. Rien n’est encore tranché par la juridiction, mais dans son avis, l’auditeur décèle «une réduction significative du niveau de protection» des handicapés sans y trouver de justification valable.

S’en prendre au portefeuille de personnes en souffrance en les privant de quoi soulager leur quotidien: pas bien, carrément vilain. A fortiori quand la justification avancée par le gouvernement flamand d’avoir ainsi voulu «clarifier», «optimiser», «actualiser» l’affectation des moyens pour rendre cette répartition plus juste, revient à économiser quatre millions d’euros chaque année.

Voilà qui est du plus mauvais effet à un an d’une échéance électorale.

Voilà qui est du plus mauvais effet sur l’image d’un gouvernement N-VA – CD&V – Open VLD occupé simultanément à se faire allumer pour sa manie de dépenser sans trop savoir compter des millions en missions de consultance diverses et variées. Pour peu que la presse aille aux nouvelles comme elle s’en fait un devoir, s’immisce dans le vécu de victimes afin de le rendre palpable et donne ainsi à voir la difficulté de s’alimenter, de se soigner ou de se déplacer correctement faute des moyens escomptés, la charge peut se révéler potentiellement dévastatrice à un an d’une échéance électorale.

Un fâcheux précédent revient en mémoire. Il remonte à 2021, aux Pays-Bas, lorsque le gouvernement Rutte III ne s’était pas remis du scandale de milliers de familles privées d’allocations familiales, victimes d’un profilage ethnique qui les taxait injustement de fraudeurs, les avait contraintes à rembourser d’importantes sommes et avait conduit plus d’un ménage dans la misère.

Mais que plaider pour sa défense face à ce qui passe pour inacceptable? A Hilde Crevits (CD&V), ministre du Bien-être et de la Famille, revient le triste privilège d’incarner une rigueur budgétaire à visage inhumain. Elle a choisi de faire face, d’assumer, annonce qu’elle défendra bec et ongles devant le Conseil d’Etat le cap fixé. Elle s’est employée à convaincre une opposition parlementaire évidemment sur la balle que le modèle adopté, par une sophistication de la méthode de calcul, mène bel et bien à plus d’égalité dans la distribution des moyens en fonction des besoins réels. Et que s’il y a certes des perdants, ceux qui se font entendre en ce moment, il y a aussi des gagnants, ceux qui se manifestent auprès de la ministre pour lui confier, au travers de «réactions incroyablement belles», leur reconnaissance de la réforme accomplie.

La cause est juste, elle ne mérite pas «le momentum ainsi créé», se désole Hilde Crevits, soucieuse de vérité. «Que l’on ne vienne pas raconter que rien n’est fait en Flandre. Ce gouvernement investit cette année 2,4 milliards en faveur des personnes en situation de handicap.» Qui dit mieux? Sûrement pas le voisin wallon qui «ne propose rien d’équivalent en assistance financière individualisée». Il y a toujours plus à plaindre.

Pierre Havaux est journaliste au Vif.

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