Anne-Sophie Bailly

Affaire Sanda Dia, Reuzegom: un grand absent dans le verdict

Anne-Sophie Bailly Rédactrice en chef

La vérité judiciaire du procès de 18 membres du cercle estudiantin Reuzegom responsables de la mort de Sanda Dia n’a pas apporté l’apaisement espéré.

Deux cents à trois cents heures de travaux d’intérêt général et quatre cents euros d’amende. Depuis le prononcé de la peine dont ont écopé les 18 membres du cercle estudiantin flamand Reuzegom pour homicide involontaire, traitements dégradants et infractions à la législation sur le bien-être animal, l’affaire Sanda Dia, du nom de ce jeune étudiant de la KU Leuven décédé à la suite d’un baptême cruel et violent en décembre 2018, a quitté les prétoires pour gagner la rue. A Anvers, Gand et Louvain d’abord, à Bruxelles ensuite, devant les universités et sur les toits et les murs des gares en Flandre, des manifestations de colère à l’égard d’une «justice trop clémente» ont éclaté. L’opinion publique fustige une «justice de classe» et brandit la différence d’origine sociale entre les baptiseurs – issus d’un milieu aisé – et le «bleu» – d’extraction plus populaire – pour expliquer le verdict.

Impossible de répondre objectivement à toutes les questions que charrie le verdict du procès Reuzegom.

La sentence est-elle trop clémente au regard des peines de 18 à soixante mois de prison demandées par le parquet, est-elle disproportionnée par rapport à la gravité des faits? Le jugement aurait-il été identique si la peau de Sanda Dia avait été blanche et celle des 18 accusés de couleur? La peine aurait-elle été différente si les familles de ces comitards n’avaient pu s’offrir les services des meilleurs avocats du pays? Le temps long qui s’est écoulé entre les faits et la tenue du procès a-t-il joué en faveur des accusés? La colère aurait-elle été moins forte si des peines de prison avaient été prononcées? L’anonymat dont ont bénéficié les Reuzegommers dans la presse est-il conforme au respect de la déontologie journalistique? Dans des cas similaires, où le risque de récidive est quasiment nul, le recours aux travaux d’intérêt général est-il systématique? Pourquoi est-ce la Cour d’appel d’Anvers qui a statué dans ce dossier?

Impossible de répondre objectivement à toutes ces questions. La plupart d’entre elles continuent de faire débat et d’alimenter certaines récupérations politiques. Parfois peu glorieuses, parfois à géométrie variable, parfois dangereuses. Trop souvent populistes.

Ne restent que des suppositions que l’établissement du registre central des décisions judiciaires – attendu en septembre prochain, il rassemblera l’ensemble des jugements et arrêts rendus en Belgique – ou le recensement citoyen qui fleurit sur les réseaux sociaux pourront difficilement objectiver.

Ne restent aussi que des émotions traversant le pays. Qui vont de la frustration à la tristesse, en passant par la colère et l’indignation.

Restent également des certitudes. Que la peine est légère. Que cette vérité judiciaire n’a pas apporté l’apaisement espéré. Qu’il n’y a ni réconciliation ni pardon.

Reste enfin le symbole que Sanda Dia est devenu pour ces étudiants assis sur les marches des campus du nord du pays et qui véhiculent un message: «Ici, il n’y pas de place pour le racisme.» Un mot absent du jugement.

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