Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens : les concours de miss, ces foires sexistes rétrogrades

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Et au milieu de toutes ces juments trônait un étalon. Un beau, un blanc, le genre de canasson sur lequel un prince charmant poserait son séant. Apparemment, faire remuer des jeunes filles la bouche en cœur et la robe légère sur un plateau de télévision n’était pas encore assez cliché. En décembre dernier, le comité Miss France avait donc fait dans l’animalier. Et tous les défenseurs de nos amis à quatre pattes avaient crié au scandale. Un cheval sur un plateau télé! Vous n’avez pas honte, TF1?

Dommage que ces offusqués ne s’émeuvent pas si bruyamment du sort de ces pauvres dindes, obligées de battre des cils en caquetant des banalités du genre «Je vis un rêve éveillé» (déclaration de l’élue 2023, la Guadeloupéenne Indira Ampiot, le soir de son sacre. Souhaite-elle également la paix dans le monde?). Evidemment, toutes les participantes consentent à se laisser enfermer pour une année dans une cage dorée. C’est sans doute ça, le plus navrant: le niveau d’éducation des filles augmente d’année en année, mais tellement de jeunes continuent à aspirer au couronnement de leur seule beauté (génération féminisme et égalité, ouais, ouais).

C’est pas grave d’être belle. C’est plus grave de continuer d’organiser ces concours aussi rétrogrades que sexistes, et ainsi d’entretenir l’idée que la «réussite» féminine passe d’abord par le corps. Et pas n’importe lequel: 1,70 mètre minimum, pas de critère de poids mais bon, dur dur de trouver une miss à la garde-robe remplie de vêtements taille 40. Ouf, depuis 2022, plus de restriction d’âge (avant c’était 24 ans max, trop de cellulite et de rides au-delà, sans doute) ni d’exclusion pour cause de transexualité, de maternité ou de maritalité (suite aux pressions, dont l’action en justice d’Osez le féminisme). Une reine de beauté portant une alliance, ça devait moins faire bander dans les chaumières. Coucou le mythe de la virginité. Mais puisque ça ne semble déranger personne que de vieux mâles halètent en matant des gamines de 18 ans en maillot de bain échancré… Et quelle horde! Plus de sept millions de téléspectateurs.

C’est pas grave d’être belle. C’est plus grave de continuer à organiser ces concours aussi rétrogrades que sexistes.

Ce serait moins grave si toute cette chair, ces paillettes et ces bikinis lançaient réellement des carrières. Si ces participantes se servaient sciemment de l’événement pour entamer ensuite une brillante trajectoire, autre que celle de porte-manteau professionnel. Un peu comme (ce que revendiquent les féministes prosexe) des prostituées qui diraient: «Bah, la société est patriarcale et ça va pas changer demain. En attendant, que ceux qui veulent vider leur portefeuille et le reste viennent me voir, j’utilise leur faiblesse pour bâtir ma grandeur financière.» Se servir de ses atouts pour gravir les échelons d’une société qui donne si peu facilement aux femmes.

Mais, dans leur immense majorité, les miss se succèdent et s’effacent, sauf peut-être de leur compte Instagram où elles pourront continuer à utiliser leur corps pour écouler des contenus sponsorisés. L’ ambition sociale ultime, désormais, non?

Il faudrait moins conchier le concours Miss France s’il existait une variante masculine suscitant un égal engouement. Mais les mecs sans nécessairement beaucoup d’éducation, issus de n’importe quel milieu, ils ont le foot, eux, pour espérer s’élever au sein de cette magnifique société. Soit une compétence, un talent, une aptitude. Ce que la beauté n’a jamais été.

Athlète de mémoire

La Belge Céline De Luca, maître internationale en mémoire et par ailleurs vétérinaire, a décroché la médaille d’argent au Championnat de France de mémoire 2022. Cette compétition compte une dizaine d ’épreuves au cours desquelles les candidats doivent restituer, par coeur, un maximum de chiffres, de cartes, de mots, de noms associés à des visages, de dates, etc. Lors de cette épreuve, la Sérésienne Céline De Luca a battu huit records nationaux.

10%

Ça peut paraître peu, mais c’est déjà beaucoup: sur les 120 œuvres exposées au Musée des Beaux-Arts de Charleroi, treize sont nées du talent de femmes. Parmi elles, Anna Boch, Gilberte Dumont, Marie Rosen. Ensemble, leurs œuvres pèsent quelque 10% de la collection permanente du musée. Mieux qu’au Louvre, où 25 artistes femmes sont perdues parmi 36 000 peintres. Et mieux qu’au Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers, où l’on ne compte que dix artistes femmes, sur un total de 614. Soit 1,6%.

Henrietta remplace Robert

Le général Robert Lee, chef des confédérés durant la guerre de Sécession, s’efface devant Henrietta Lacks: la statue du premier, fixée à Roanoke, en Virginie, n’a pas survécu à la vague Black Lives Matter. Une statue de Henrietta Lacks prendra le relais. En 1951, des médecins avaient décidé de prélever des cellules cancéreuses, sans son consentement, sur cette jeune femme noire. Ces cellules, très résistantes, avaient permis d’importantes avancées dans la recherche médicale, notamment dans la lutte contre la polio et le sida.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Contenu partenaire