Chronique

Gérald Papy

C’est la hess de Gérald Papy : Macron puni par où il a péché (chronique)

Gérald Papy Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Rédacteur en chef adjoint au Vif
Rédacteur en chef adjoint au Vif © National

La France va enfin apprendre l’art du compromis. Il n’est pas plus mal qu’elle abandonne une gouvernance jupitérienne pour renouer avec un système parlementariste. Et puis, la composition de l’ Assemblée nationale est désormais bien plus en phase avec la sociologie de la population…

Tout cela est vrai. Tout cela est fondé. Tous ces enseignements des élections législatives françaises des 12 et 19 juin sont bien réels et peuvent être vus comme des opportunités. En même temps, tous ces arguments semblent être invoqués pour se consoler, en réalité, de la conjecture extrêmement compliquée, autrement dit de l’effarant foutoir que provoque la perte de majorité absolue avec un déficit de près de cinquante voix (événement inédit sous la Ve République) par un président aisément réélu, hors période de cohabitation, deux mois plus tôt (autre événement inédit sous la Ve République…).

Difficile, en effet, de voir une issue à cette crise politique – pas encore crise de régime, mais elle n’est pas exclue – tant les contours d’une méthode pour permettre au gouvernement de faire avancer des projets sont impossibles à dessiner. Le parti Les Républicains ayant écarté, pour le moment, l’idée d’une collaboration structurelle avec la macronie, il ne reste plus guère que la recherche de majorités au cas par cas avec tel ou tel partenaire pour escompter gouverner. Avec les risques de marchandages peu glorieux, d’incohérences et de préjudices à la crédibilité auxquels peut conduire ce mode de fonctionnement. Sauf à tabler sur la mise en œuvre de la «nouvelle méthode» promise par Emmanuel Macron après sa réélection, qui aurait alors valeur de solution miracle.

Au moins, la composition de l’ Assemblée est plus en phase avec la sociologie de la population.

A vrai dire, le doute s’est installé sur la faculté du président français à bouleverser le système politique hexagonal à son profit comme il l’a longtemps fait. Il est difficile de ne pas considérer qu’il est en grande partie responsable du désarroi dans lequel sont plongés ses troupes et ses électeurs. Pour avoir refusé de bâtir un parti digne de ce nom afin d’appuyer sa politique une fois passé le tsunami de La République en marche aux législatives de 2017, pour avoir construit ses seules oppositions aux extrêmes, ce qui a contribué à les crédibiliser, pour avoir promis monts et merveilles à la droite puis à la gauche par opportunisme, pour s’être privé d’assise idéologique, pour avoir réagi tardivement à l’élan de l’union de la gauche et négligé la menace de l’extrême droite, il lui sera beaucoup reproché.

Il est tentant de décréter que la situation actuelle consacre la faillite du «en même temps» cher à Emmanuel Macron. Un constat qui pourrait être également dressé en politique internationale où son double rôle de parte- naire militaire de l’Ukraine et de médiateur auprès de la Russie n’a pas, jusqu’à présent, produit de résultats et, pour certains, n’est tout simplement pas compris. Pareil diagnostic est pourtant hâtif. La conjoncture intérieure française est tellement incertaine qu’elle pourrait aussi bien sceller la fin du paradigme, en cas d’entente à droite avec les Républicains, ou son apogée, en cas de majorités au cas par cas. Mais dans toutes les hypothèses, la «magie Macron», cette capacité à se réinventer ou à en donner l’illusion, aura vécu.

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