Une expo controversée

Le logement social et ses locataires s’affichent jusqu’au 1er juin au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. L’exposition aurait pu être passionnante. Mais son coût et son but politique prêtent le flanc à la critique

L’opinion publique est-elle encore capable de s’indigner face à une situation largement insatisfaisante ? Cette exposition est un moyen de sensibiliser le public au logement social, de susciter le débat « , explique Pascale De Visscher, attachée de presse d’Alain Hutchinson (PS). Le secrétaire d’Etat au Logement à la Région de Bruxelles-Capitale a pris l’initiative de l’exposition, organisée jusqu’au 1er juin 2003 au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Une approche historique et scientifique du logement social, vecteur d’émancipation pour les moins favorisés : l’idée semblait attractive. Malheureusement, l’exposition ne l’est pas.

Problème de forme : la principale source d’informations de l’exposition est un  » Mur du temps « . Il met en parallèle l’actualité mondiale, belge et bruxelloise, ainsi que les options politiques qui ont influencé le développement urbain de Bruxelles. Fouillée, la rétrospective se déroule sur près de 60 mètres, offrant au regard plus de 1 000 documents d’époque (photos, affiches…). Mais sa présentation est trop dense, elle manque de relief et l’ensemble est plutôt rébarbatif.

Problème de fond aussi : le choix des organisateurs est clairement posé dès le départ, il s’agira d’une exposition-débat. Les témoignages, souvent anecdotiques, des habitants des cités sociales sont omniprésents ; une salle entière de l’exposition est transformée en espace de discussion. La place laissée au didactique est réduite, compacte ; le visiteur avide d’informations multipolaires (architecture, histoire…) risque d’être déçu.

Problème de sensibilité enfin : pour saisir l’opinion des Bruxellois sur le logement social, une enquête a été réalisée auprès de 600 personnes, habitants et non-habitants des cités. Un écran géant accueille le visiteur. Les principaux résultats du sondage y défilent, ainsi que les témoignages d’une partie des Bruxellois interrogés.

Etrange panel, pourtant, où presque tous les locataires sociaux qui apparaissent à l’écran sont francophones, alors que quelque 70 % des  » habitants de Bruxelles non-habitants des cités sociales  » interrogés sont néerlandophones. Le commissaire général de l’exposition Pierre Franqueville, dont la société française EPC a remporté l’appel d’offres, avoue  » avoir choisi les intervenants en fonction de leur facilité d’élocution et être peu au fait des sensibilités linguistiques belges « .

Les organisateurs n’en font pas mystère, leur intention est plus politique que didactique.  » Le public est aussi un électeur pour le politique « , reconnaît Pascale De Visscher. Pierre Franqueville ajoute :  » L’objectif est de sensibiliser une opinion publique à un problème politique.  » Et là, l’initiative du ministre Hutchinson, prise à un mois des élections, est forcément discutable. Le coût de l’exposition est évalué à 1,5 million d’euros (60 millions de francs). Indécent quand on sait que des milliers de familles bruxelloises attendent un logement social et qu’un nombre élevé d’habitations sont insalubres ?  » Ne mélangeons pas tout, dit-on au cabinet Hutchinson, nous ne puisons pas dans le budget du logement social, mais dans celui de la communication de la Région de Bruxelles.  »

Le budget annoncé, par le même ministre, pour la rénovation de 17 000 logements sur quatre ans est de 200 millions d’euros. Le budget de l’exposition aurait donc permis d’en rénover 127. Un logement social neuf coûte en moyenne 100 000 euros (on pourrait donc loger 15 familles supplémentaires, soit 75 personnes). Une goutte d’eau face aux 15 000 familles en attente ? Sans doute, mais cela laisse songeur…

Nathalie Rucquoy

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