Un siècle d’audace commerçante

Entre la petite épicerie de Châtelineau et la chaîne de distribution, quatre générations se sont succédé.

Année 1900. Germain Mestdagh quitte Bruges pour s’installer près de Charleroi, attiré par la prospérité de cette région où fleurissent charbonnages et industries. Avec son épouse Marie, il ouvre un magasin au numéro 28 de la rue Saint-Antoine, à Châtelineau. Il y recycle son expérience d’horticulteur dans la vente de fruits et de légumes, associée à celle de poissons séchés et de denrées coloniales (café, épices…).

Un siècle plus tard, trois de ses arrière-petits-enfants, Eric, son frère John et leur cousin Carl, dirigent un groupe qui emploie 2 200 personnes.  » Faire partie de la famille ne nous a pas empêchés de débuter au bas de l’échelle, affirme Eric Mestdagh, administrateur délégué. Après des études en sciences économiques et une première expérience professionnelle en Flandre, j’ai ainsi commencé à travailler dans l’entreprise comme « femme de charge », avant de gravir les échelons.  » Une initiation imposée qui lui permet, aujourd’hui, de cerner les implications concrètes de chaque décision prise au siège du groupe.

En plus de cent ans, chaque génération de Mestdagh a apporté sa pierre à l’essor de l’entreprise. L’aïeul de la famille a rapidement développé l’alimentation en gros après l’ouverture de son premier magasin, mais c’est à son fils, Germain senior, que revient l’idée du premier supermarché en libre-service, installé à Gilly.

Une véritable révolution que ce concept importé des Etats-Unis où la crise des années 1930 avait poussé certains commerçants à proposer leurs produits dans des entrepôts, pour limiter les coûts.  » Quand notre grand-père a imposé ce système, il s’est fait insulter, rappelle Carl Mestdagh. Il citait souvent l’exemple d’une dame qui travaillait comme femme de ménage et qui lui avait déclaré que pour elle qui était au service de ses patrons, le magasin représentait le seul endroit où elle se faisait servir. Au niveau des mentalités, le libre-service représentait un vrai bouleversement. « 

L’audace se transmet à la génération suivante qui, lasse des déménagements successifs, décide de voir les choses en grand et construit le siège de Gosselies au début des années 1970, en misant sur le futur tracé de l’autoroute A 54.  » Aujourd’hui, notre défi est de développer une stratégie qui nous permette de nous différencier d’une concurrence de plus en plus rude « , lance Eric Mestdagh. L’accord conclu en 1995 avec Promodès et le lancement en Belgique de l’enseigne Champion font partie de cette stratégie. Payante, semble-t-il : chaque année, le nombre de magasins augmente de trois à cinq unités.

E. S.

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