NKM tisse ses toiles

Méthodiquement, la jeune ministre française de l’Ecologie construit ses réseaux, entretient ses relations, étoffe son carnet d’adresses. Et pas seulement à droite. Nathalie Kosciusko-Morizet croit en son destin. Présidentiel.

C’est un constat que Nathalie Kosciusko-Morizet aime rappeler.  » Dans beaucoup d’espèces, l’impact de la dégradation de l’environnement est beaucoup plus fort sur les mâles que sur les femelles. C’est le cas des alligators, qui souffrent d’une atrophie du pénis.  » En est-il de même pour l’espèce politique ? Joker.  » Pas d’extension du sujet à la question « , sourit-elle. Dans cette classe politique française toujours réticente à accorder toute leur place aux femmes, la ministre de l’Ecologie veut exister, non par son appartenance à la gent féminine, mais par ses compétences, très peu contestées, qui doivent asseoir son ambition.

Car la jeune femme, du haut de ses stilettos sans fin et de ses – tout juste – 38 ans, voit loin. Très loin. Aujourd’hui n° 4 du gouvernement français, elle vise l’Elysée, met déjà tout en £uvre pour y accéder et s’en cache à peine. Au Vif/L’Express, elle affirme :  » Je n’exclus rien.  » Discrètement mais sûrement, elle se prépare. Elle a commencé à tisser sa toile, à construire ses réseaux, profitant de chaque occasion pour se créer des fidélités ou simplement instaurer des relais.  » Il n’est jamais trop tôt. Ceux qui y sont arrivés y ont pensé quinze ou vingt ans avant « , justifie l’un de ses plus proches conseillers. Pour 2017, à l’UMP, on cite surtout des hommes : le secrétaire général Jean-François Copé, déjà officiellement en lice, ou le Premier ministre François Fillon.  » Les hommes manquent d’imagination. Ils ne projettent pas la femme dans l’avenir politique « , lâche- t-elle. Et toc !

Samedi 9 avril : la ministre est en partance pour les Etats-Unis, direction La Nouvelle-Orléans, pour voir de près quelle a été la réponse américaine au cyclone Katrina de 2005, puis New York pour une visite de travail de deux jours. Dans son  » éminente  » délégation, comme elle aime le répéter à ses interlocuteurs, des parlementaires et l’ambassadeur français chargé des négociations sur le changement climatique, Serge Lepeltier. Mais ceux qu’elle ne met pas en avant ne sont pourtant ni les moins intéressantsà ni les moins puissants. Parmi eux, Michel Cicurel, fringant sexagénaire qui préside le directoire de la Compagnie financière Edmond de Rothschild. Ils se sont rencontrés, il y a quatre ans, à un dîner et il joue depuis au  » prof d’économie « . Le banquier a pour elle une admiration sans bornes :  » Elle est anormalement intelligente. Elle ferait une remarquable présidente.  » Dans un autre genre, elle réserve une place de choix à Serge Orru, directeur général de la branche française de l’organisation écologiste WWF, partenaire du Grenelle de l’environnement, son opus magnum.  » Elle a décidé qu’elle avait un destin et fait tout pour le réaliser, juge l’intéressé. Elle sait s’entourer, mais elle ne peut pas m’acheter. Elle minaude trop !  » Bien essayé, pas encore gagné.

 » Elle est, à mon sens, la meilleure à droite « 

Celle qui avait jeté le trouble dans la majorité en claquant la bise à José Bové et qui assume sa proximité avec Nicolas Hulot ne craint pas le grand écart. Au contraire. La polytechnicienne cultive les amitiés tous azimuts et veut y trouver une singularité par rapport à ceux de sa génération, pas moins ambitieux ou des ténors de la majorité, tel Jean-François Copé, trop  » clanique « .

En vraie politique, elle n’aime pas qu’on lui barre la route et contourne les obstacles. La voilà virée de l’équipe dirigeante de l’UMP par Copé ? Qu’importe. Elle adresse directement des notes à Nicolas Sarkozy, se rapproche de François Fillon et de Xavier Bertrand, le ministre du Travail, tout sauf copéistes. Si, dans son ascension gouvernementale, elle assure n’avoir jamais rien réclamé à Nicolas Sarkozy, avant chaque remaniement, elle se rappelle au bon souvenir des proches du président : Robert Bourgi ou Alain Minc, deux visiteurs réguliers de l’Elysée. Conseiller très écouté, ce dernier a très vite été convaincu qu' » il fallait la promouvoir « .

Jacques Attali aussi est tombé sous le charme, il y a quinze ans, chez des amis communs. L’ex-conseiller spécial de François Mitterrand, dont le soutien est très recherché à gauche comme à droite, a relu les épreuves de son livre Tu viens ? Il ne tarit pas d’éloges :  » Elle est, à mon sens, la meilleure à droite, après l’actuel président. Et de loin.  »

Elle pose aussi des jalons à l’étranger

Se faire un nom en France, voilà l’objectif. Dès qu’elle le peut, elle pose aussi des jalons à l’étranger. Lors de son escapade américaine d’avril, elle rencontre le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, rare honneur accordé à un simple ministre, qui lui vaut une photo à son côté, qu’à coup sûr elle conservera dans son press-book. Elle sollicite également du consulat de New York l’organisation d’un déjeuner de gala avec des leaders d’opinion américains pour les sensibiliser à la lutte contre le changement climatique. Dans l’assistance, le spécialiste de la communication Richard Attias contribue à lui offrir un joli parterre d’hommes d’affaires.

Enfant de la télé, la plus jeune femme du gouvernement ne rate jamais une occasion de se montrer dans les médias. Elle s’appuie sur un staff de communication étoffé : Jérôme Peyrat, ancien conseiller de l’Elysée, vieille connaissance qui a rejoint son cabinet, et deux consultants extérieurs devenus ses coachs, l’ancien journaliste Jean-Luc Mano et un ami de longue date, Stéphane Schmaltz, d’Euro RSCG. Culottée, elle n’hésite pas à appeler Serge Dassault pour se plaindre que son quotidien, Le Figaro, ne lui accorde pas suffisamment de place. Elle obtiendra une longue interview peu de temps après.

Tombée toute petite dans le bain de la politique (son grand-père fut élu dans les Hauts-de-Seine, près de Paris ; son père l’est toujours), elle a bien compris que savoir s’entourer est, au même titre que l’argent, le nerf de la guerre politique. Elle fait donc feu de tout bois. Elle soigne ses relations avec des Young Leaders, ces personnalités françaises et américaines déjà connues ou en devenir, et dont elle rejoint le palmarès annuel en 2005. Louis Dreyfus, ancien directeur général de Libération aujourd’hui à la tête du Monde, ou le normalien Karol Beffa, pianiste et compositeur prodige, ont partagé sa table.  » Elle est très habile à jouer la proximité sans commettre d’impair, elle a une subtilité de positionnement qui lui permet de tisser des liens avec des gens de gauche « , se souvient une participante à l’un de ces rendez-vous parisiens. Le grand écart, toujours.

Ne rien laisser au hasard, on ne sait jamais

Parce qu’une carrière ne se construit pas uniquement à Paris, elle bichonne aussi députés et sénateurs. Elle les reçoit sans compter dans son ministère qui s’y prête bien, puisque les transports constituent un volet essentiel d’une gestion locale. Elle prend soin de se souvenir des oubliés de la politique. Copine avec Rachida Dati, elle l’est aussi avec Isabelle Balkany, amie du chef de l’Etat, qu’elle a appelée après sa défaite surprise aux cantonales. Ne rien laisser au hasard, on ne sait jamais.

Pour comprendre à quel point elle veut arriver au sommet, il ne faut pas seulement regarder comment Nathalie Kosciusko-Morizet s’entoure, il faut aussi l’écouter parler des Français :  » Ils sont extraordinaires. Je suis superamoureuse des Français. Ce n’est pas faire de la politique en soi qui m’intéresse, c’est en faire en France.  » Déclaration d’amour, déclaration de candidature : un jour, elle n’en doute pas, l’une et l’autre se rejoindront.

Benjamin Sportouch

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