Lizin déshabillée

Rustines et emplâtres maintiennent la bourgmestre Anne-Marie Lizin sur son trône. Mais où va Huy ?

Aux entrées de Huy, de grandes affiches rouges marquent l’arrivée au pays des merveilles.  » La belle ville qui bouge  » sent désormais l’arnaque à plein nez. Plus rien ne bouge dans la cité mosane, sous le contrôle absolu d’Anne-Marie Lizin (PS) depuis plus de vingt-cinq ans. Trop de contre-publicité dans les médias. Le PS a donc placé ses  » locaux  » sous tutelle. Plus d’événements, plus la moindre décision sans le blanc-seing de la direction centrale du parti. La bourg- mestre est priée de la jouer discrète, elle qui adore le bruit.  » Elle crâne « , dit un échevin. Sa statue s’est fissurée. Mais les rustines, la colle et les coups de baguette magique ne font plus illusion. Le culot, les abus de pouvoir, les méthodes autoritaires du  » clan Lizin  » ont fini par éc£urer. Les perquisitions d’octobre 2007, menées au centre hospitalier que Lizin a longtemps présidé ? Elles découlent de dénonciations revanchardes. L’affaire des tracts, lancée fin décembre par un journaliste de la RTBF ? Le fouineur en question, Patrick Remacle, pistait le phénomène depuis six ans. Il est le réceptacle de plaintes ancestrales.

A chaque fois, Anne-Marie Lizin a réagi en montrant les crocs. Elle a assigné en justice ceux qui lui reprochaient d’avoir abusé d’une carte bancaire alimentée par de l’argent public ou d’avoir accepté que des employés communaux, entraînés comme un bataillon, diffusent ses tracts pendant les heures de service. Des montants colossaux sont réclamés à des journalistes. Ceux-ci semblent résister à pareille intimi- dation. La RTBF diffuse, ce vendredi, le long reportage de Remacle, pimenté à souhait (1). Le Soir Magazine vient de publier des factures bancaires qui éclaboussent (jusqu’ici) l’un des bras droits d’Anne-Marie Lizin, Jean-François Ronveaux, secrétaire général de l’hôpital pu- blic, chef du groupe socialiste au conseil communal et codirigeant du Football Club de Huy. Quant à la justice, elle tarde à éclaircir le mystère : des pontes du PS local ont-ils simplement négligé les règles éthiques ou commis des infractions pénales ? Aucune information ne filtre depuis les spectaculaires opérations policières de l’automne.

Ce statu quo sans sanction ni démission(s) arrange plutôt le PS. Le parti d’Elio Di Rupo joue la montre. Il a mandaté sur place un trio de pacificateurs composé de personnalités prudentes, marchant sur des £ufs, parfois liées à l’équipe Lizin. Jusque dans les rangs socialistes, on chuchote qu’il s’agit avant tout de… remettre délicatement le couvercle sur la marmite. Le PS espère atteindre le cap des élections régionales de juin 2009 sans nouveau scandale sur les bras. Il surveille de près l’attitude du MR de Huy : si les libéraux osent tourner le dos à Lizin et priver les socialistes d’un fief emblématique, cela provoquerait une pagaille sans précédent dans une sous-région où  » rouges  » et  » bleus  » ont négocié comme des marchands de tapis, avant et après les élections communales d’octobre 2006. Or les libéraux sont décidément insondables. Didier Reynders et une partie de l’entourage présidentiel, actif à Liège et environs, réclament haut et fort la fin de l’ère Lizin. Mais ce message est brouillé par l’attitude de mandataires locaux, accrochés à leur parcelle de pouvoir, fidèles à l’accord controversé de 2006. Tel Jean-François Hazette, vice-président de l’hôpital de Huy. En pleine instruction judiciaire, ce fils de ministre a laissé entendre dans la presse locale qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat au CHRH (Centre hospitalier régional de Huy).

Un climat de pression et de répression

Pourtant, les rumeurs vont bon train et des documents circulent sous le manteau. Le décompte de certaines dépenses effectuées par Jean-François Ronveaux avec la carte Visa de l’hôpital public, par exemple. Au bowling, le week-end, dans de bons restaurants de la place ou de petites gargotes. Tout cela est-il justifiable ? Anne-Marie Lizin procédait-elle de la même manière ? Depuis près de six mois, les administrateurs de l’opposition Ensemble (CDH, Ecolo et indépendants) réclament toute la clarté auprès de la direction de l’hôpital. Sans succès. Le nom des anciens détenteurs de cartes Visa et les décomptes mensuels restent secrets. Un  » silence coupable  » et une  » inertie condamnable  » qui agacent même la délégation syndicale socialiste de l’hôpital. Celle-ci vient ainsi d’envoyer un brûlot aux dirigeants hospitaliers, réclamant une information complète sur la situation de l’hôpital.  » Un climat de tension, de pression et de répression s’installe progressivement « , dit le syndicat CGSP, évoquant  » les agressions dont sont victimes les agents « .

Jamais, pourtant, la ville de Huy ou le pouvoir ministériel de tutelle n’ont exigé d’audit de cette intercommunale hospitalière.  » Les problèmes ne sont pas nouveaux, résume le député Joseph George (Ensemble). En 1988, Anne-Marie Lizin a franchi le cap des élections en cachant le déficit de l’hôpital, une institution qu’elle a colonisée dès ce moment. Elle n’a jamais hésité à faire sauter l’un ou l’autre fusible au moindre souci.  » Dans son documentaire d’une heure, le journaliste Patrick Remacle, lui aussi, remonte le temps. Témoignages et documents à l’appui, il affirme qu’en 1982, Anne-Marie Lizin aurait débarqué son prédécesseur, le bourgmestre Fernand Hubin, en truquant une élection interne : quelque 200 nouveaux membres du PS auraient été affiliés comme par miracle… en dehors des délais. Mani- pulation, clientélisme constituent les fils rouges de cette enquête au long cours. On y voit Lizin éluder toute question embarrassante, inviter ses pairs à l’applaudir, saluer une électrice qui la remercie  » pour la contravention « . On l’observe tourner autour de la caméra, prête à la briser. Le pouvoir par la force. Parce que  » cette ville nous appartient « , aurait-elle lâché un jour à un ami politique, écarté ensuite et devenu dissident. Du 100 % Lizin. On aime, puis on déteste. l

La Une, ce vendredi 11 avril, 20 h 45. Anne-Marie Lizin, je voudrais vous poser une question…

Philippe Engels

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