L’échec à l’école

Avec tous nos moyens matériels et pédagogiques, comment expliquer l’échec scolaire?

Jean-Louis Faixhe, Mons

Nombre de gens pensent que l’échec scolaire est la face sombre de la démocratisation. Cette accusation est de principe; elle est donc la plus forte. D’autres mettent en cause une pédagogie inadaptée, des enseignants qui n’ont plus le coeur à l’ouvrage, une société qui décourage l’effort, etc. Ce sont là davantage les conséquences du phénomène que ses causes.

En démocratie, tous sont égaux devant la loi, peuvent voter, ont des droits, dont celui à l’éducation. L’exercice de ces droits ne consiste pas seulement à recevoir quelque chose, il suppose de chacun une réponse appropriée, un savoir-faire en quelque sorte. Autrement dit, pour en profiter, il faut baigner dans une culture qui nous y prépare (par exemple, la culture du débat) et disposer des moyens qui en facilitent l’accès. Si je suis illettré, si je n’ai pas d’endroit pour habiter, si la misère est pour moi omniprésente, je ne serai pas à même de profiter de mes droits. La démocratie sociale tente de pallier ces manques.

L’instruction est un cas particulier dans la mesure où elle concerne ceux qui ne sont pas encore autonomes ni matériellement, ni culturellement. C’est à la famille d’y suppléer. C’est à la collectivité de se substituer à celle-ci quand elle est défaillante. Si le milieu familial ne prépare pas l’enfant à la discipline scolaire – par inadaptation culturelle ou par manque de moyens – alors c’est aux pouvoirs publics de prendre le relais en permettant à l’école de compenser ces lacunes.

Cela suppose des moyens appropriés et permanents. Cela implique donc, dès l’enseignement primaire, un encadrement tel que ceux qui ne bénéficient pas d’un soutien familial adéquat le trouvent au sein de l’institution éducative. Elle ne doit mégoter ni sur les moyens matériels (enseignants, cadre de vie, discipline …), ni se laisser distraire par des faux-fuyants culturels. Son objectif est clair: tous doivent, à 18 ans, disposer d’une formation qui leur ouvre l’accès à l’activité d’un être adulte vivant dans le cadre de notre société démocratique.

Quand l’enseignement primaire obligatoire a été instauré, certains se sont récriés en disant que tous les enfants n’avaient ni l’aptitude ni le besoin d’un tel apprentissage. Les mêmes querelles ont repris pour l’enseignement moyen puis secondaire. Ce sont de pauvres motifs. Comment un régime, qui prétend offrir à tous l’égalité des chances, pourrait-il négliger ce qui en constitue le socle?

L’éducation coûte cher, mais refuser d’en payer le prix, c’est renoncer à être citoyens d’un Etat démocratique.

Jean Nousse

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