Le syndrome de Stendhal

L’Italie du romancier romantique illustré par les peintres de son temps. Une idée, un défi, une merveilleuse réussite

C’était au temps où l’herbe poussait entre les pavés de la place Saint-Pierre et où, pour quelques sous, on pouvait se laisser enfermer dans le Colisée pour y passer la nuit à observer la lune. Comme Goethe, Byron, Shelley et tant d’autres romantiques, Stendhal se veut homo italicus car, écrit-il, « être là, c’est être tout simplement ». De ses notes, de ses amours, de ses rencontres avec les grands et les voyous, les blanchisseuses, les chanteurs d’opéra mais aussi à partir de ses errances dans les campagnes, les rues, les places, les musées, les églises et les ruines, naîtront deux textes. Le premier, Rome, Naples et Florence, paraît une première fois en 1817, avec un titre étrangement réducteur puisqu’on y part de Bologne pour atteindre le Vésuve et Paestum.. Le second, Promenades dans Rome, sera imprimé douze ans plus tard. Anecdotes, émerveillements, descriptions, tout est épars, en petites touches où domine l’émotion.

Aujourd’hui, tout cela revit grâce aux 316 tableaux romantiques signés par des artistes, français pour l’essentiel, qui nous accompagnent tout au long des deux somptueux volumes. On y trouve aussi des Belges, des Anglais, des Allemands, des Russes et même quelques Italiens. Certains sont restés célèbres (Corot, Turner, Ingres, Schinkel), d’autres sont tombés dans l’oubli. Qui connaît encore Basoli?

Une enquête gigantesque

En réalité, derrière le faste d’une édition de luxe, se cache un travail de recherches tout à fait original: « Nous avons travaillé à 5 pendant cinq ans, explique l’éditrice Diane de Selliers. Nous voulions suivre Stendhal pas à pas et, pour ce faire, nous avons d’abord établi une liste de toutes les personnalités et de tous leslieux qui apparaissent dans ses deux livres. Titanesque! Puis, nous sommes partis à la recherche des peintures.  » Trois méthodes vont alors se compléter. D’abord, la recherche dans les bibliothèques et, particulièrement, dans celles des grands musées, qui possèdent souvent des catalogues complets de leurs collections: »Par ce biais, nous avons pu retrouver des noms d’artistes oubliés, des oeuvres méconnues qui, à leur tour, encourageaient d’autres enquêtes. » La deuxième méthode, en plein développement, exploite les possibilités de l’Internet (surtout via les sites personnels) qui facilitent aussi l’accès aux agences d’archives photographiques. « Enfin, il y eut les hasards, fruits des rencontres lors de nos visites sur place, qui nous ont révélé des collections inédites et la chance de retrouver des sites inchangés. « 

Restait alors, après consultation des spécialistes de l’oeuvre stendhalienne, à choisir parmi les 6 000 oeuvres ainsi répertoriées, entamer les campagnes photographiques, prendre des accords avec les musées de plus en plus gourmands. Puis, mettre en page le tout. Le résultat est de très, très haute cuisine.

Guy Gilsoul, Voyages en Italie, de Stendhal, illustrés par les peintres du romantisme. Editions Dia

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