La psychanalyse n’a pas besoin de lois !

La psychanalyse se différencie des psychothérapies. Elle ne rejoint pas les pratiques de soin et n’implique pas l’intervention d’un autre sur le comportement psychique de l’individu. Dans une cure analytique, c’est l’individu considéré comme  » sujet « , c’est-à-dire comme responsable de ce qu’il est, qui opère. Pour le psychanalyste (l’analyste), il ne s’agit pas d’intervenir par manipulation du psychisme en vue de faire correspondre le sujet à un standard social, mais de permettre au sujet (l’analysant), en l’amenant à une certaine position de travail (l’association libre), de saisir la part qu’il prend dans le symptôme dont il se plaint. Si quelqu’un a à poser un acte (ici, de parole) en psychanalyse, ce n’est donc que le sujet lui-même. L’analyste ne se positionne qu’en retrait et n’a aucune volonté préalable de modifier quoi que ce soit chez son patient. (…)

Le législateur, en Belgique comme en France et ailleurs, souhaite offrir des garanties aux  » clients  » desdits psychothérapeutes (psychanalystes inclus). Aux yeux du public, quoi de plus normal. N’est-il pas louable que le représentant politique s’inquiète de la sécurité des citoyens ? Il faut à la fois répondre oui et non.

Oui, parce que le public a droit à certaines garanties lorsqu’il entame une démarche de ce type et non parce que la seule garantie qu’on puisse attendre d’un psychothérapeute est son honnêteté, et jusqu’à présent, l’honnêteté n’est pas accrochée au diplôme universitaire ou autre. D’autre part, en admettant que le législateur n’agisse que par souci de protection, force est de constater qu’il n’est que le rouage, inconscient peut-être, de l’imposition d’un pouvoir disciplinaire, et qu’en fin de course il s’agira plus de régenter que de protéger. Chacun est conscient, à moins d’être très naïf, qu’il est impossible de légiférer à l’endroit des psychothérapies, de même qu’il est impossible de mesurer, à l’aune d’une loi, la qualité, l’honnêteté, la sagesse d’un individu, quel qu’il soit. (…)

Nous opposer à toute entreprise de  » légifération  » est de l’ordre d’un devoir citoyen. Ce n’est pas une tentative de nous maintenir  » hors la loi  » mais la volonté affirmée de conserver aux sujets un espace encore de liberté dans une société de plus en plus sous contrôle. (…)

Par rapport aux formations assurées par les diverses écoles de psychothérapie, je ne peux m’exprimer que par rapport à la psychanalyse lacanienne et déjà y récuser ce terme de formation qui contient cet accent de formatage quelque peu déplaisant et incorrect. On ne décide pas de devenir psychanalyste, on s’y  » autorise « , après beaucoup d’hésitations, à un certain moment de son parcours personnel. S’autoriser suppose que l’analyste n’a d’autres garanties que lui-même, qu’il ne peut avoir recours qu’à sa propre conscience pour poser cet acte dans sa vie, personne ne le garantira de son droit à exercer la psychanalyse. On n’est donc jamais psychanalyste au sens professionnel du terme, on est à chaque instant occupé à réitérer cet acte d’auto-investissement, et il faut que cela reste ainsi.

Si, demain, tel diplôme accorde après telle formation universitaire ou autre le titre de psychanalyste, cette fonction perdra toute sa substance. On deviendra psychanalyste comme on devient boucher ou pharmacien, par choix professionnel délibéré. Est-ce trop de répéter que l’exercice de la psychanalyse n’est pas de l’ordre d’un choix anticipé. Le psychanalyste est quelqu’un qui, bien avant que ne le parcoure le frisson que, peut-être, il pourrait lui-même exercer cette pratique, a, confronté à ses propres insuffisances, décidé d’entamer un travail analytique. Il l’a fait pour lui seul et ce n’est que bien plus tard qu’a surgi chez lui ce qu’il est convenu d’appeler le désir de l’analyste. Tout analysant ne devient pas analyste, mais pour celui chez qui en surgit le désir, c’est le début alors d’une formation sans fin. l

Jean-Marie Molle, psychanalyste

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