La nouvelle drague

Carnets de bord en ligne (blogs), messageries, forums ou SMS sont devenus des outils branchés pour partager ses passions, se faire des amis… ou plus si affinités. En une décennie, les technologies ont bouleversé les jeux de la séduction. Entre le virtuel et le réel s’invente tout un univers de rencontres, avec ses codes, son langage, ses pièges aussi. Décryptage

Post-scriptum

Selon une enquête commandée en France à Ipsos, 87 % des célibataires se connectent de leur domicile sur les sites de rencontres, près de 30 % de leur lieu de travail. Ils obtiennent en moyenne 6 tête-à-tête par an ; 11 % des abonné(e)s confient en avoir décroché 10, voire plus, dans le même temps.

Faites le test : concoctez une annonce, pas mal ficelée, bien orthographiée, profil sympa – célibataire, 35 ans, sportive – et glissez une photo. Les signaux déferlent en vrac dans votre boîte à e-mails :  » Greg a flashé sur vous ! « ,  » Bomek veut « chatter » avec vous « ,  » Gillou22 a laissé un message « . Il y a dix minutes, on n’existait pas et, là, on devient le centre du monde. Pas le temps de répondre à tous ! Bluffant, vertigineux. A 32 ans, Mathilde, une hôtesse de l’air célibataire, s’est inscrite sur Meetic, l’un des leaders des sites de rencontres sur le Web :  » Si vous avez une allure de rugbyman et si vous êtes un c£ur à prendre, je suis là !  » Elle a passé dix-huit heures en un week-end à chatter avec son premier visiteur. Le bon. Depuis quatre mois, ils ne se lâchent plus.  » Il fume, moi pas. Il aime la natation, moi, j’ai la trouille de l’eau, dit-elle avec le sourire. Mais on se complète et je suis vraiment bien avec lui. Nous parlons déjà mariage et bébé !  »

Chacun cherche son  » chatteur « , une âme s£ur avec qui discuter sur le Web, ou plus si affinités. On teste, on papillonne, on aime ou on déteste, avec toujours la possibilité de se débrancher, puis de recommencer sa quête. Il n’est plus tabou ni ringard de recourir à cet entremetteur virtuel qu’est devenu le Net. Créé en 2002, le site Meetic.be compte 12 millions d’inscrits à travers l’Europe. Les connexions entre c£urs à prendre battent aussi leur plein sur Rendez-vous.be, Match.com, Amoureux.com, Affection.org, de 18 h 30 à 20 heures, puis après le dîner, de 21 h 30 à 23 heures.  » Je déambule dans ce supermarché, il y a les rayons vieux, jeunes, gros, maigres, ceux des cadres, des professions libérales, raconte Christiane, 49 ans, divorcée et inscrite depuis cinq ans. On apprend à se vendre, on multiplie les promesses, on affirme qu’on est le meilleur, c’est du marketing !  » Une vraie révolution dans nos rapports amoureux. En France, Internet s’affiche déjà pour 1 personne sur 5 comme le moyen le plus rapide et efficace de rencontrer l’âme s£ur, avant le travail et les amis, selon une enquête Ifop. Aux Etats-Unis, la société MarketWatch affirme que 2 célibataires sur 5 ont essayé de trouver l’amour sur Internetà

Faits pour plaire, être lus

On y écrit comme on parle. Pas d’enrobage poli ni mondain, pas de blabla.  » T’es toujours là, toi ?  » a lancé Virginie, 27 ans, qui avait repéré qu’Adrien, 27 ans, commercial, était toujours en ligne. Au bout d’une semaine de mails, ils se sont rencontrés en juin 2004, leur mariage est prévu prochainement. Début octobre, un autre cybercouple, Sylvain et Sandrine, 29 et 30 ans, se sont dit oui. Pour titiller Cupidon en ligne, la jeune femme a prospecté selon deux critères : la région la plus proche et la date d’anniversaire. Bienvenue dans la relation Azerty – selon l’expression du sociologue Pascal Lardellier, qui désigne ce nouveau type de rencontres nées sur les touches de l’ordinateur.  » C’est branché de surfer sur le Net sentimental, chacun devient son cyberagent matrimonial et met en scène sa propre quête « , explique ce professeur à l’université de Bourgogne, qui a publié un passionnant ouvrage, Le C£ur Net (Belin).

Tout est bon pour doper sa sociabilité : on joue à être son double en mieux. Le timide s’autobaptise  » Sexsymbol  » ; la quinqua divorcée,  » Demoizelle « . En une décennie, les nouvelles technologies, les blogs, SMS, e-mails, chats ont bouleversé les codes de la séduction. Protégé par l’écran, chacun peut affûter son image de marque, livrer son intimité en toute maîtrise, choisir sa prose et sa pose. C’est le principe du blog, carnet de bord en ligne, où se dévoilent au jour le jour ados, fans de rap, randonneurs, cordons-bleus, intellectuels… Selon la société américaine Perseus, on en compte aujourd’hui 31,6 millions dans le monde. Contrairement au journal intime, les blogs sont faits pour plaire, être lus ; c’est une activité qui permet d’acquérir de l’épaisseur sociale.  » Il existe de nombreux classements de popularité, en général estimée au nombre de liens pointant vers un blog, souligne Cyril Fievet, spécialiste du phénomène, coauteur de Blog Story (Eyrolles). C’est l’outil idéal pour fédérer sa tribu autour de soi.  » La relation entre blogueur et lecteur s’apparente à une histoire d’amour : il faut avoir un coup de foudre pour la suivre régulièrement. Tout cyberdiariste qui se respecte veut devenir le plus apprécié, le plus influent, décrocher sa place dans l’élite, la  » blogeoisie « .

Séduire, oui, mais autrement. Par les mots, plutôt que par la voix. Par les  » émoticônes « , les : -) qui symbolisent le sourire, plutôt que ce corps qui rougit, trahit, flageole. Responsable de la recherche en sciences humaines de France Télécom R & D, le sociologue Christian Licoppe affirme que chacun choisit désormais l’écrit ou l’oral selon sa stratégie : conquérir, travailler, se réconcilier.  » L’individu crée avec l’être aimé une présence connectée, par exemple en multipliant les SMS. Les messageries occupent aujourd’hui une place de plus en plus grande, environ 20 % de nos communications.  »

La princesse de Clèves avait un faible pour la plume d’oie. Simone de Beauvoir, pour les pneumatiques. Aujourd’hui, le coup de foudre, le désir, la passion se déclinent en 160 signes – la longueur maximale d’un SMS.  » J’ai vu une ado envoyer 30 SMS par jour à son amoureux : « je suis là », « je mange », « je vais au cours », « je t’aime », etc. C’est devenu le moyen de se rassurer, un antidépresseur virtuel « , souligne le psychanalyste Philippe Scialom, qui a publié Psycho ados (L’Archipel). Plus romantiques, des SMS ont été envoyés à l’être cher, plume d’écrivain à l’appui, via le site SeeMySMS.net. Ils empruntent la prose de Yann Moix ou celle de Christophe Ono-dit-Biot. Pour l’embrasser :  » N’oubliez pas de prendre vos lèvres avec vous, elles veulent connaître les miennes « , signé Marc Lambron. La faire rougir :  » J’ai envie que tu réveilles mes voisins « , de Frédéric Beigbeder. Célibataire de 26 ans, Fabrice, lui, s’est débrouillé sans people. Il a entamé une relation textuelle avec une amie d’ami dont on lui avait dit qu’elle était seule et disponible. Pendant trois semaines, ils n’ont pas arrêté de s’écrire, sans s’être jamais croisés.  » Les SMS sont beaucoup moins intimidants, on peut tricher sur soi-même, confie Fabrice. Une forme de dépendance s’installe et on idéalise l’être aimé.  » Jusqu’à la rencontre, bien réelle : le désenchantement – l’histoire s’est vite terminée. Au fond, Fabrice voulait juste relever un défi, admet-il, tomber une fille par le pouvoir des mots.

La foule n’est plus  » sentimentale « , comme le chantait Souchon, elle est devenue digitale. Si on s’ennuie dans la vie, si on s’enlise dans la ville, bref, si on flippe, alors on clique. De plus en plus, l’attente à la gare, au métro ou au café est comblée par les mobiles ou le PC, mise à profit pour chatter. Une étude révèle que les visiteurs qui débarquent dans une gare ne résistent pas plus de deux minutes avant de dégainer leur mobile.  » L’effet désinhibant du réseau permet de créer une curieuse familiarité entre des gens qui ne peuvent pas se voir, souligne Cécile Moulard, directrice du marketing de Meetic, qui a publié Mail Connexion (Au Diable Vauvert). Ces hommes, ces femmes aiment ces premiers pas sans grand danger, le choix de dire ou de ne pas dire, l’excitation d’ouvrir leurs mails ou leur téléphone et d’y trouver un message.  »

Cueillir une flopée de liens

Réfrigéré par l’anonymat des grandes villes, brisé par un divorce bazooka – 1 mariage sur 3 se termine par une rupture – absorbé par son travail, le timide, le lambda, le célibataire vient cueillir sur le Net une flopée de liens qu’il ne trouve plus dans la vie, à une époque où les rituels traditionnels, bals, mariages, visites de voisinage, se sont raréfiés. Jamais il n’y a eu tant de drôles d’endroits pour une rencontre : café psycho, SpeedDating… Jamais il n’y a eu tant d’occasions, multipliées par les voyages ou la mixité professionnelle, et jamais les célibataires n’ont été si nombreux.  » La drague à l’ancienne se trouve de plus en plus déclassée, ringardisée, car archaïque et lourde ; c’est une scorie du règne des rustres, explique Pascal Lardellier. Le fait est que l’on peut de moins en moins s’adresser à une inconnue sur un ton badin – ce qui ne signifie pas vulgaire – sans encourir les foudres de la loi. Alors on se met à chatter.  »

Quand c’est trop dur, quand l’été se pointe avec ces cohortes de duettistes enlacés, il reste à Sophie, 25 ans, le  » catalogue printemps-été des âmes en quête de l’autre « , dit-elle, soit des milliers de profils en ligne.  » Je ne suis pas Bridget Jones, confie-t-elle, je ne suis pas une vieille fille, ni une ado attardée, ni une névrosée !  » Alors quoi ?  » Une moyenne, dit-elle simplement. Moyenne en tout, moyennement jolie, moyennement intelligente et très moyennement heureuse. Le vide sentimental, l’envie de discuter ou le bouche-à-oreille amènent le célibataire au Net. Pour Sophie, c’est l’aspiration à un bonheur simple, un nid à deux, des enfants. Alors elle s’y attelle sur le Web :  » C’est gratuit, ça prend cinq minutes.  »

Plus efficace que tout ce que Julie, 43 ans, jamais mariée, avait auparavant tenté, clubs de danse, peinture, tennis, chorale, Club Med, agences matrimoniales :  » Grâce au Web, j’ai fait une centaine de rencontres en trois ans, dont quatre sont sorties du lot, dit-elle. Sacré remède contre la déprime !  » Rien à voir avec les boîtes de placement matrimonial –  » Monsieur, excellente éducation, cherche dame de bonne famille « .  » Sur Internet, une femme peut recevoir entre 400 et 800 réponses dans la semaine « , estime Philippe Apter, cofondateur du site Amoureux.com – entièrement gratuit, 250 000 membres actifs. Ils y parlent de tout, théâtre, ciné, bars, comme dans la vie. De leurs envies et de leurs doutes aussi, un peu comme chez le psy. Gestionnaire de stocks à Charleroi, Sandra, 37 ans, s’est vite prise au jeu après son divorce :  » Une fois les enfants couchés, je courais consulter mes messages, c’était comme une drogue !  »

Ici, les règles sont bouleversées, tout est inversé par rapport à la vie réelle. Le clic de souris remplace la poignée de main, l’effet de surprise s’essouffle, puisque le pedigree est affiché dès le début : fumeur ou pas, enfants ou non, hobbys, taille, poids. Sans négliger le sésame, pas impératif, mais indispensable : la photo. Isabelle, 32 ans, a triplé le nombre de ses visiteurs le jour où elle l’a affichée :  » Plus de 100 contacts en huit jours, dit-elle. J’avais mal aux mains à force de rédiger des messages !  » La plupart mènent leur recherche de manière pragmatique, rationnelle, en fonction de critères – végétarien, taille, âge, ville – ne laissant rien au hasard. Les hommes font le premier pas, visitent la fiche de leur dulcinée, sans laisser de message, lui tournent autour : c’est la phase d’approche. Puis ils s’enhardissent, balbutient un texte.  » La question qui revient le plus souvent au départ, et qui agace les femmes, explique Denis, 30 ans, architecte, c’est le fameux ASV : âge-sexe-ville. On tape ces trois lettres pour savoir qui l’on a en face.  »

En face, il y a de tout. Des profs, des chefs d’entreprise, des mères au foyer, des hommes mariés. Des sensibles, des timides, des serial chatters, des pros du copier-coller. Il faut tout décrypter. Le classique  » bonjour « , le  » bjr « , le  » salut « , c’est l’apprentissage de nouveaux rites.  » Généralement, on cherche l’âme s£ur sur la Toile après une déception amoureuse. Et on trouve de tout, dit en souriant Emmeline, la trentaine, secrétaire à la Commission européenne. Le grand lyrique, le paumé désespéré, le dragueur de piscine ou le généreux qui essaie de connaître votre adresse pour vous envoyer des petits cadeaux par voie postale. Même si cela paraît romantique, il ne faut pas trop se leurrer : 80 % des hommes que j’ai rencontrés étaient à la recherche d’un simple plan cul.  »  » On apprend à cerner l’autre à sa façon d’écrire, explique Emmanuelle, 35 ans, une blonde aux yeux clairs, puéricultrice. Certains tapent très rapidement, on repère les habitués, les dragueurs compulsifs, d’autres chattent la nuit quand leur femme dortà  »  » A la longue, reprend Emmeline, des cercles de connaissances se forment en ligne. Les filles s’aperçoivent alors que les mêmes mecs les draguent avec les mêmes techniques. Ils préparent un même message qu’ils envoient systématiquement à toutes les nouvelles filles qui arrivent sur le site de rencontres. Du spam affectif, en quelque sorteà  »

Fous rires, nuits blanches

Tout le monde se prend une claque un jour ou l’autre, essuie un refus :  » Corinne refuse de vous parler !  » Tout le monde tombe aussi de haut, comme Marc, 37 ans, fonctionnaire qui, après plusieurs semaines d’échanges complices avec  » Câline 22 « , rêvait de la rencontrer. Il n’a pas été déçu. Elle affichait quinze ans de plus qu’annoncé et, au lieu de 60 kilos, en pesait 120, mais l’éconduite s’est défendue :  » Quand je suis amoureuse, je maigris !  » Marc lui a quand même demandé ce qu’elle comptait faire au sujet des quinze ans d’écart. Pour sa première rencontre, Alain, 34 ans, employé dans une compagnie d’assurances, a eu encore moins de chance.  » Nous avons dialogué longtemps avant de nous rencontrer pour une sortie au cinéma. Ensuite, nous nous sommes revus plusieurs fois avant que j’annonce à cette institutrice de Liège que je ne souhaitais pas poursuivre notre relation. Là, j’ai eu droit à un harcèlement téléphonique permanent. L’histoire s’est terminée par une tentative de suicide que j’ai pu suivre en direct au téléphone. Je n’ai jamais fait l’autoroute Bruxelles-Liège si vite.  » Mais tout le monde, aussi, a vécu de belles histoires sur le Web, des fous rires délirants, des nuits blanches à livrer son intimité à un inconnu sans peur d’être jaugé, jugé, des crises d’hystérie pour une panne de connexion, et les battements de c£ur le jour de la rencontre.

Là aussi, tout un rituel. Après s’être découvert suffisamment d’affinités, les célibataires quittent le site et passent au salon privé, via les messageries MSN ou Yahoo! qui permettent de bavarder en direct. Si ça se passe bien, ils échangent leurs adresses électroniques et leurs numéros de mobile. Puis vient la rencontre, au café, au resto, toujours dans un lieu public. Pour Laurence, 37 ans, déléguée commerciale, c’était un parc, à 10 kilomètres de Mons.  » J’y suis allée très détendue, dit-elle, fatiguée de ces rendez-vous qui ne menaient à rien.  » Avec lui, cela a marché. Il a 35 ans et deux enfants. Séparé, comme elle. Le coup de foudre dure depuis quatre mois.

Le retour au réel, à la fois redoutable et salutaire, tourne parfois au désenchantement. Invitée à boire un café par l’un de ses chatteurs, Christiane, divorcée de 49 ans, s’est retrouvée comme une candidate à un entretien d’embauche. L’homme lui a parlé de ses exigences, de ses goûts. Il cochait les cases, elle a eu droit à toutes les questions, jusqu’à sa façon de s’épiler.  » Pas très poétique !  » soupire- t-elle. A la fin, Christiane a demandé si elle était prise pour le poste. Malgré tout, cette cadre supérieure affirme que le Net lui a sauvé la vie après son divorce, qu’en pleine traversée du désert elle y a trouvé l’énergie nécessaire.  » J’ai été amoureuse sur le Net, dit-elle, et je m’y suis trouvé trois amis précieux pour la vie.  »

Selon JupiterResearch, l’activité des sites de rencontres a connu une augmentation de 73 % en 2002 et de 77 % en 2003. A cette époque, ces sites étaient même devenus les endroits les plus visités de la Toile après les sites pornographiques. Depuis, le soufflé est un peu retombé. L’augmentation n’était plus que de 19 % en 2004 et la hausse devrait être limitée à 9 % cette année. Après le chat, les pages perso et les forums de drague, il y a aujourd’hui un nouvel endroit où tout est plus grand, plus vaste : la blogosphère. Apparu à la fin des années 1990 aux Etats-Unis, le blog est le dernier outil de publication en vogue sur Internet. Ecrivains, chercheurs, fans de Paris Hilton, politiques en quête de proximité, ados désireux de communiquer, tout le monde s’y met. Le matin, on lisait le journal ; on peut désormais lire ses amis, ou se brancher sur l’intimité du type qui photographie, au réveil, les draps froissés de son lit. Plus votre blog est visité et référencé, plus votre popularité est élevée et plus vous avez de chances de rencontrer l’âme s£ur ou des amis qui partagent votre passion : un moteur de recherche vous attribue une cote de 1 à 10, en fonction de votre influence sur le Web. Il existe de nombreux hébergeurs, comme TypePad, Blogger, 20six, Skynetblogs, Over-Blogà Skyblog, plate-forme de la radio Skyrock, compte plus de 2 millions de blogs, tenus en majorité par des adolescents, et il s’en crée de 5 000 à 10 000 chaque jour.  » Les blogs sont l’outil d’expression le plus facile jamais mis au point sur le Réseau, explique Pierre Bellanger, PDG de Skyrock. La nouvelle génération s’en est emparée pour en faire un formidable réseau social.  » Dédiés à des passions, le rap, le graff, le tuning, ils s’affichent avec une masse de photos et un cybernarcissisme assumé :  » L’ado se met en scène, il transforme une fête, un anniversaire en Une de son propre journal et devient son propre héros « , explique le pédopsychiatre Joseph Naouri, coauteur, avec Philippe Delaroche, du Dictionnaire de l’adolescence (Presses de la Renaissance). L’important, c’est aussi de charmer l’autre, avec de nombreuses injonctions à  » lâcher ses com !  » (écrire ses commentaires). Bref, on aspire à son quart d’heure de gloire sur le blog.

Risque de cyberinfidélité

Quasi inconnu il y a dix ans, et devenu aujourd’hui un eldorado relationnel, Internet, en exportant le travail au domicile et l’intime au travail, a bouleversé le rapport réel-virtuel. On est pris dans la Toile, au sens arachnéen, on drague sur les sites dans l’entreprise, mais, une fois à la maison, on blogue avec son patron : c’est la guerre des temps. De plus en plus, les sociologues, les psys de la famille et les pionniers du réseau réclament un droit à la déconnexion, l’avènement d’une forme de courtoisie digitale. Objectif : en finir avec les ados qui dorment avec leur téléphone portable allumé au fond du lit, à la place du doudou, et renégocier les règles du jeu dans le couple.  » Au travail comme à la maison, nous utilisons le Net au quotidien. Or le réseau se nourrit d’ une véritable économie du sexe, relève Yannick Chatelain, enseignant chercheur en marketing, qui a publié avec Loïck Roche In Bed With the Web (Chiron). La cyberinfidélité risque de toucher de plus en plus de couples.  »

Persuadée d’avoir dégoté l’homme de sa vie grâce au clavier, Christelle, 23 ans, étudiante, s’est aperçue qu’il continuait de se connecter. Elle s’est fait passer pour une autre, lui a donné rendez-vous, à l’aube, à la gare du Midi, très loin de chez lui. Il y est allé pour une fille qui n’existait pas.  » J’ai voulu tester, dit-elle, je n’aurais pas dû !  » Une autre jeune femme, surprenant son mari en train de flirter sur le Net, a créé… un blog consacré à ses déboires amoureux ! Voilà précisément le genre de suspicions que doivent évacuer les premiers couples formés sur le Net : si l’un des deux reste branché, juste branché, juste pour voir s’il ne trouve pas mieux, est-ce déjà de l’adultère ? Une question que Thierry Ardisson pourrait poser, le samedi soir sur France 2, aux invités de Tout le monde en parle :  » Chatter, c’est tromper ?  »

Marie Huret, avec Julien Bordier, Vincent Genot – Illustrations : Catherine Rouziès pour Le Vif/ L

On joue à être son double en mieux. Le timide s’autobaptise  » Sexsymbol  » ; la quinqua divorcée,  » Demoizelle « …

Le vide sentimental, l’envie de discuter ou le bouche-à-oreille amènent le célibataire au Net

On est pris dans la Toile, au sens arachnéen. On drague sur les sites dans l’entreprise et, à la maison, on blogue avec son patron

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