La  » coopérative  » comme alternative au livret ?

Le rendement des livrets d’épargne n’a jamais été aussi bas. Une opportunité d’investissement direct dans  » l’économie réelle  » existe pourtant au travers des sociétés coopératives. Explications.

Ceux qui ont aujourd’hui plus de 50 ans se souviennent encore de cette époque bénie où les banques se disputaient littéralement l’épargne des Belges, allant même parfois – comme au Crédit lyonnais Belgium – jusqu’à offrir un rendement de 9 % l’an sur les livrets. Mais voilà longtemps déjà que les retraités ont appris à ne plus compter sur le rendement de leur livret d’épargne pour mettre un peu de beurre dans leurs épinards. Et aujourd’hui, au vu du rendement offert par nos principales grandes banques (BNP Paribas Fortis, ING et Belfius), il leur faut encore un peu plus déchanter.

En effet, avec un taux de 0,05 % à peine (hors prime de fidélité), soit dix fois moins que ce dont on pouvait bénéficier voici quelques années encore sur un simple compte à vue, autant dire que les livrets ne rapportent plus rien ! C’est un fait : les 260 milliards d’euros déposés par les épargnants belges sur les livrets d’épargne ne font plus saliver les banquiers comme jadis. La faute à la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) qui, dans les faits, permet aux banques de se financer à des conditions défiant toute concurrence et qui applique même un taux d’intérêt négatif aux banques qui lui confient leurs excédents de liquidités !

La recherche de solutions

Face à des rendements aussi chiches des livrets d’épargne, les commerciaux des banques essaient de convaincre leurs clients d’abandonner cette forme de placement au profit de fonds composés d’obligations ou d’actions. Reste que ces produits sont grevés de droits d’entrée qui amputent d’autant et d’emblée le capital investi. Sans compter les frais de gestion portés en compte. Enfin, tout le monde n’est pas convaincu non plus par les arguments déployés par les commerciaux, d’autant plus que la garantie publique (100 000 euros par client et par banque) offerte sur les livrets d’épargne reste un élément qui pèse encore lourd lorsqu’il est question d’abandonner cette forme de placement au profit d’une autre, de surcroît plus exposée aux risques.

De longue date, notre droit des sociétés permet pourtant aux épargnants de se retrouver associés dans des structures dites  » coopératives « . Dans les faits, il s’agit de souscrire à des  » parts de coopérateurs « , bref, d’entrer – nominativement – au capital d’entreprises et de les accompagner ainsi dans une perspective de long terme. Parmi les exemples les plus connus, citons ici le cas de la banque Crelan (qui est le résultat de l’intégration dans une structure commune du Crédit Agricole et de Centéa), entièrement détenue par d’innombrables épargnants belges via les sociétés coopératives Agricaisse et CrelanCo. Pour les entreprises qui recourent au  » capital coopératif  » pour se financer, il s’agit aussi de se doter de moyens financiers stables et  » imperméables  » aux aléas des marchés financiers. Le management peut donc travailler sans être constamment sous la pression des analystes financiers ou celle de la perspective de publication des résultats trimestriels, bref, du diktat des visions de court terme.

Le recours au  » capital coopératif  » est aussi une alternative au financement par la dette (qu’il faut rembourser), à l’entrée en Bourse ou à la mise à contribution des actionnaires existants (augmentation de capital). Le financement coopératif est en tout cas le choix que vient tout juste de faire l’électricien belge EDF-Luminus, en portant sur les fonts baptismaux la société coopérative EDF Luminus Wind Together. Le mois prochain, une fois le dossier validé par la FSMA (l’Autorité des services et marchés financiers), cette nouvelle coopérative fera alors un appel public à l’épargne, permettant ainsi à tout un chacun d’entrer dans cette nouvelle structure, à raison de 125 euros par part sociale.

Avec les moyens ainsi collectés, EDF-Luminus Wind Together rachètera les parcs à éoliennes de Tessenderlo et de Berloz. Selon les initiateurs du projet, l’objectif de rendement offert aux coopérateurs est d’atteindre les 4,4 % l’an. Du côté d’EDF-Luminus, la revente – avec plus-value – de ces deux parcs à la coopérative fera remonter du cash pouvant être réinvesti dans d’autres projets de développement ou de verser des dividendes aux actionnaires actuels (Publilec, Socofé, Ethias, Nethys et le groupe français EDF). Ces derniers avaient renoncé en octobre dernier à une entrée d’EDF-Luminus en Bourse…

Au tour d’Ethias ?

La crise financière de 2008 avait fait trembler l’assureur Ethias sur ses bases. Il n’avait d’ailleurs pu être sauvé des abîmes que grâce à l’intervention rapide de l’Etat fédéral, de la Région wallonne et de la Région flamande. Par la suite, le non-redressement de Dexia (dont Ethias était l’un des actionnaires de référence) et les exigences de solvabilité des autorités de contrôle nationale (FSMA) et européenne (BCE) avaient finalement amené l’assureur public liégeois à devoir émettre des obligations à long terme pour renforcer ses moyens permanents. Etait-ce là le  » plan B  » des dirigeants d’Ethias ? En tout cas, le management de cette compagnie d’assurances avait plus que jeté les bases d’une plate-forme de financement coopératif. La société coopérative EthiasCo avait en effet été créée dès juillet 2013 et de gros moyens (plus d’un million d’euros) ont d’ores et déjà été investis dans le développement d’un logiciel de gestion des parts de coopérateur.

Le but d’EthiasCo ? Prendre une participation durable dans le capital d’Ethias, aux côtés de ses actionnaires actuels. Si une décision de juin 2014 de la Commission européenne ne permet toujours pas, à ce jour, à EthiasCo d’agir en ce sens, l’outil est cependant bel et bien prêt. Et, dès le veto européen levé, les particuliers pourront alors investir dans EthiasCo par tranches de 1 000 euros et les personnes morales par tranches de 50 000.

Par Jean-Marc Damry

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