Irak  » 2008 est l’année cruciale « 

L’ONU a subi un énorme traumatisme dès son arrivée en Irak, après l’intervention américaine, avec l’attentat qui a coûté la vie, le 19 août 2003, à son premier envoyé spécial à Bagdad, Sergio Vieira de Mello, et à 22 autres personnes. A quel point ce traumatisme pèse-t-il encore sur votre action ?

E Aucun de nous n’a oublié. Nous prenons des précautions et nous tentons d’éviter une répétition de ces actes. Cela dit, il faut aller de l’avant. Par devoir, car il en va de la mission de l’ONU, mais aussi par fidélité à la mémoire de Sergio. Quelque 350 fonctionnaires internationaux travaillent dans le pays, à Bagdad, à Arbil, à Bassoraà Les uns et les autres se déplacent, naturellement, en fonction des besoins. Et je n’oublie pas les 640 fonctionnaires irakiens de l’organisation. Sans eux, les enfants n’auraient jamais pu être vaccinés. Pour nous comme pour ce pays, 2008 est une année cruciale.

Pourquoi ?

E Il y a des périodes, dans l’Histoire, où il faut tenter de tourner la page. En Irak, le moment est venu. Des élections locales devraient avoir lieu d’ici peu, ainsi qu’un référendum à Kirkouk, dans le Nord. La loi sur le pétrole devrait être adoptée en 2008, également, ce qui pourrait avoir des effets économiques importants. Enfin, les Irakiens, en dépit de leurs positions politiques différentes, sont unanimes à souhaiter récupérer leur souveraineté dès cette année.

Les conditions de sécurité permettent-elles l’organisation d’élections ?

E Il y en a déjà eu trois, dans des conditions de sécurité plus mauvaises que celles qui règnent aujourd’hui. L’essentiel consiste à établir des règles du jeu. Les Irakiens ont compris que la violence aveugle ne menait à rien.

Kofi Annan, ex-secrétaire général de l’ONU, n’a jamais caché son hostilité à l’intervention américaine en Irak. Cela pèse-t-il sur votre action ?

E Non, pas du tout. Le temps est venu de regarder vers l’avenir.

Peut-on faire quoi que ce soit en Irak sans l’Iran ?

E Non, mais la remarque vaut pour tous les pays voisins. Ils sont tous importants. Nous préparons une réunion au Koweït, d’ici à quelques semaines, afin d’examiner, en compagnie de représentants d’Etats de la région, les moyens de réduire la tension.

En Irak, on annonce le retour d’anciens du parti Baas de Saddam Hussein au sein de l’administration. Qu’en attendez-vous ?

E Nous cherchons à ouvrir la porte à ceux qui n’étaient pas politisés et qui ne sont pas des criminels de guerre. Il faut £uvrer pour la réconciliation et le partage des pouvoirs.

Les Etats-Unis paient aussi quelque 87 000 supplétifs sunnites afin d’épauler leurs soldats, en particulier dans la lutte contre Al-Qaeda. Par toutes ces mesures, au fond, l’ONU, le gouvernement irakien et les Américains eux-mêmes ne cherchent-ils pas à revenir sur les erreurs commises dans les semaines qui ont suivi la chute de Saddam ?

EMoi, je suis arrivé il y a trois mois. Je suis comme un médecin qui découvre le malade et établit un diagnostic. Si le patient a été mal soigné auparavant, cela ne me regarde pas. Je me concentre sur ce que je dois faire aujourd’hui plutôt que de revisiter sans cesse le passé. l

Propos recueillis par Marc Epstein et Pierre Ganz

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