Il était prêt pour la conquête…

Peu à peu, les langues se délient, et l’on découvre à quel point DSK préparait activement sa candidature. Equipe, idées, stratégies… La campagne avait déjà commencé.

C’est un homme fauché en plein vol, à l’aube de son offensive pour conquérir l’Elysée. Le déclenchement des opérations était imminent.  » Une semaine avant son arrestation, un organigramme de campagne avait été arrêté, assure un conjuré exigeant l’anonymat. Une équipe de choc, composée d’une trentaine de personnes. Tous les domaines, même les plus concrets, étaient couverts.  » DSK se sentait prêt.  » Il avait formellement dit à Martine Aubry, depuis peu, qu’il était candidat « , raconte un intime. On en était à la dernière étape : l’atterrissage sur le sol français.  » Il donnait des instructions, il était vraiment dedans « , poursuit ce fidèle.

Sa déclaration de candidature devait avoir lieu entre le 15 et le 28 juin, date du début du dépôt des candidatures à la primaire. Il cherchait, assure l’un de ses soutiens,  » un truc symbolique qui permettrait de faire le lien avec François Mitterrand « . Le député Claude Bartolone lui avait proposé de dévoiler ses ambitions le 21 juin. Soit trente ans après les législatives de 1981, quand une large majorité de Français avaient propulsé la gauche à l’Assemblée nationale.

Il ne restait donc plus que quelques jours à tenir. Ne pas craquer. Garder ses nerfs. A tous ses interlocuteurs, le favori des sondages répétait, telle une supplique :  » Ne faites rien qui puisse me porter préjudice, n’annoncez pas que je suis candidat, sinon je vais me faire virer du FMI. Ce n’est ni dans votre intérêt ni dans le mien.  » Tenu à un strict devoir de réserve en raison de son statut, Dominique Strauss-Kahn était persuadé d’être surveillé de près par le représentant de la Russie au FMI, qu’il pensait prêt à tout pour exploiter le moindre faux pas et faire un cadeau à Nicolas Sarkozy. Vigilance légitime ou paranoïa ?

En tout cas, la campagne devait être préparée le plus loin possible des curieux. Le managing director fixait des rendez-vous à Washington, mais aussi, au gré de ses escales, à Rome, à Bruxelles, à Berlin. Il s’entretenait également avec ses rivaux. A Paris, le matin du 18 novembre 2010, l’ancien ministre de Lionel Jospin avait siroté son café avec Ségolène Royal, sous les regards ébahis des clients. Plus discrètement, un député fut convié dans une chambre de palace, réservée par un collaborateur de DSK.

Mais la plupart des rendez-vous se tenaient dans l’appartement parisien de l’écrivain Dan Franck, entre le quartier de Montparnasse et le jardin du Luxembourg (voir l’encadré). C’est là que Strauss-Kahn  » humait, reniflait, posait des questions  » à ses invités, selon l’un d’entre eux.

Pris par ses fonctions, DSK profitait de ses passages en France pour demander à ses soutiens des notes tous azimuts. Y a-t-il assez de gendarmes en France ? La réforme de l’armée doit être poursuivie ? Les auteurs de fiches étaient légion.

Aux yeux du futur candidat, la primaire ne semblait qu’une étape dans la conquête du pouvoir. Mais une étape où il y avait beaucoup à perdre.  » Dominique craignait que ce débat ne l’oblige à dévoiler des propositions destinées à être présentées durant la campagne elle-même « , raconte Manuel Valls, le député PS d’Evry (Essonne).

 » Je suis devenu écolo, ce sera un axe de ma campagne « 

Pour préparer le second tour, Strauss-Kahn avait également échangé en début d’année avec les écologistes Yannick Jadot et Daniel Cohn-Bendit. Il s’agissait de déminer certains sujets :  » Croyez-moi ou pas, je suis devenu écolo, leur jurait-il. Ce sera un axe de ma campagne, mais ce ne sera pas le seul.  » Avant d’ajouter, cartes sur table :  » Nous aurons un désaccord sur le nucléaire.  » Ce travail de préparation, méthodique et collectif, est tombé à l’eau le 15 mai 2011. C’est peu dire que les strauss-kahniens, et avec eux une partie du peuple de gauche, se sentent depuis orphelins.

MARCELO WESFREID, AVEC ELISE KARLIN

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